Refusons l’allongement de la durée de vie des centrales nucléaires

Avec 58 réacteurs nucléaires, la France compte un septième des réacteurs actuellement en fonctionnement dans le monde. Moins de 30 pays disposent de réacteurs nucléaires. Sur la planète, cette source d’énergie ne représente qu’à peine 3% de l’énergie finale consommée et baisse d’année en année. Malgré la énième catastrophe « impossible » de Fukushima, la France n’a pas changé d’un iota sa politique énergétique.

Sur les 58 réacteurs français, 21 ont plus de 30 ans et auraient déjà du faire l’objet d’un arrêt. L’âge moyen du parc nucléaire est de 27 ans. Malgré les réserves de plus en plus marquées de l’Autorité de Sureté Nucléaire, EDF semble prêt à tout pour obtenir une décision visant à prolonger la durée de vie des réacteurs et ainsi repousser à plus tard un démantèlement coûteux. Mais parce que trop n’est jamais assez, le lobby nucléaire est déjà en train de fourbir ses armes afin d’obtenir une prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires à 50 ans… tout en évoquant déjà un arrêt (définitif ?) à 60 ans. A moins que… à moins qu’une catastrophe ne vienne écourter ces folles hypothèses !

En effet, le nombre d’accidents se multiplie d’année en année. Entre la fin des années 90 et aujourd’hui, le nombre d’incidents est passé de 300 à près de 900 ! Selon un rapport de l’Institut de Radioprotection et de Sureté Nucléaire (IRSN) rapporté par le journal TerraEco, « Il apparaît que les mécanismes de vieillissement sont à l’origine d’une part importante des événements ayant conduit à des défaillances matérielles. Celles-ci peuvent être difficiles à détecter et avoir des conséquences significatives ».

Pire, la privatisation larvée du secteur énergétique amène l’opérateur historique à compresser les coûts et reporter certains investissements. De fait, la course aux profits se réalise au détriment de la sécurité des biens et des personnes. Les travailleurs du nucléaire que certains n’hésitent plus à appeler de la « viande à rems » tellement ils sont exposés aux radiations, souffrent dans leur chair de cette option libérale. La cascade d’intermédiaires et l’intervention d’intérimaires, véritables soutiers du nucléaire créent de fait les conditions d’un nucléaire « low cost » où la sécurité est une variable d’ajustement comme une autre. Enfin, dans les années à venir, une part conséquente des salariés du nucléaire va partir à la retraite; départ se traduisant nécessairement par une perte importante de « savoir-faire », essentiel à l’heure du démantèlement, déterminant en cas de crises majeures.

Un démantèlement nucléaire coûteux… des provisions insuffisantes !
Dans le petit milieu du nucléaire, chacun sait aujourd’hui qu’EDF est aux abois et est très loin d’avoir provisionné les sommes nécessaires à un démantèlement des réacteurs.

L’opérateur historique cherche à reporter la date d’un éventuel démantèlement afin de cacher le plus longtemps possible le véritable coût du nucléaire. Le seul exemple de démantèlement que la France ait connu se situe à Brennilis en Bretagne. « Petit » réacteur de 70MW, le coût de ce démantèlement, encore loin d’être achevé, a été multiplié par 25 par rapport aux évaluations initiales. Qu’en est-il des provisions prévues par EDF pour démanteler les 58 réacteurs nucléaires ? La Cour des Comptes a, à de nombreuses reprises, fait part d’incertitudes importantes sur les coûts à venir, en particulier vis-à-vis du démantèlement.

Faute d’avoir pu mobiliser les ressources nécessaires, EDF a obtenu de l’Etat, un décret sur mesure ! A l’article 3 du décret n° 2010-1673 du 29 décembre 2010, l’Etat autorise l’exploitant de centrales nucléaires à provisionner des actifs en vue de démanteler les centrales nucléaires à l’arrêt. Profitant de ce décret, EDF a transféré la moitié du capital du Réseau de transport d’électricité (RTE) gérant les milliers de kilomètres de lignes à haute et très haute tension à un fonds dédié au démantèlement des centrales nucléaires. Si EDF manque de ressources financières pour démanteler les réacteurs, l’opérateur historique n’aura plus les lignes THT…

Un amortissement plus long… des bénéfices immédiats

Le fait d’allonger de dix ou vingt ans la durée de vie des centrales permet à l’opérateur d’abuser d’un artifice comptable vieux comme le monde en augmentant, en parallèle, le temps d’amortissement des réacteurs. Ce tour de passepasse comptable permettrait d’accroître le bénéfice d’EDF de 800 millions d’euros par an.

L’Etat, propriétaire d’EDF à hauteur de 84% pourrait ainsi tout à la fois profiter de cette manne financière tout en mettant sur le marché quelques pourcents du capital d’EDF dont l’action pourrait bondir de 10% selon certains analystes financiers à la suite de cet allongement d’amortissement !

Cette vision de courte vue fait abstraction du coût d’une éventuelle catastrophe nucléaire. L’IRSN a estimé qu’une catastrophe du type Fukushima pourrait coûter de 760 milliards à 5800 milliards d’euros dans les conditions les plus défavorables. De plus, un allongement de la durée de vie des centrales aurait également pour effet de faire exploser le coût de maintenance.

Ce n’est qu’un débat… continuons le combat !

Malgré un débat national sur la transition énergétique, malgré deux conférences environnementales, le Gouvernement semble prêt à prendre une décision aussi lourde de conséquences sans que cette question n’ait fait l’objet de discussions poussées ni d’évaluations sérieuses.

Comme de mauvaise coutume, les débats et concertations ne semblent avoir vocation qu’à entretenir l’illusion d’une démocratie vivante alors même que les décisions pesant sur l’avenir énergétique du pays restent prises par EDF.

Si le Gouvernement prenait cette décision, il mettrait un terme définitif à toute possibilité de dialogue. Il est en effet impossible d’affirmer et répéter que la France baissera, d’ici à 2025, la part du nucléaire de 75% à 50% tout en construisant un EPR de 1600 MW à Flamanville, en prolongeant la durée de vie des réacteurs à 50, voire 60 ans et en réduisant le soutien de l’Etat au développement des énergies renouvelables. Le débat national sur la transition énergétique a acté le principe d’une division par deux de la consommation énergétique du pays d’ici à 2050. Il est grand temps de mettre en musique cet objectif de sobriété et cesser d’investir dans des centrales nucléaires aussi coûteuses que dangereuses.

Extrait d’une campagne de l’association Agir pour l’environnement au cours de l’année 2013.

Le succès du livre numérique

En France, le chiffre d’affaires « officiel » des ventes de téléchargements de fichiers type PDF ou équivalents sur terminaux numériques totalise 1.8 % du marché – représenté par l’ensemble des ventes de l’édition française. C’est déjà fort peu de chose quand on met çà en relation avec le matraquage phénoménal, publicitaire, médiatique et institutionnel, mobilisé pour promouvoir ces téléchargements et les ventes de ces terminaux. Mais le point essentiel et qui permet de vraiment prendre la mesure des choses, c’est que 80 % de ces achats de téléchargements sont le fait des bibliothèques publiques. Bref, le prétendu « livre numérique » représente moins de 0.4 % du marché – hors marché publics – , autrement dit… rien.
Il est également à noter que ces achats publics ne correspondent à aucune demande des lecteurs fréquentant les bibliothèques, et n’y trouvent aucun preneur. Le centre national du livre et les divers organismes de tutelle, ou interprofessionnels, sont très avares de statistiques. Il m’a fallu sérieusement enquêter pour établir le ratio de 80 % d’achats publics pour les téléchargements de fichiers, et de même pour découvrir que les marchés publics représentent globalement 18 % du marché de la librairie. Bien que confirmés par les fonctionnaires du ministère de la Culture, ces ratios ne sont publiés nulle part, et pour cause, ils sont édifiants.
Cependant, ce qui est manifeste, puisque c’est Madame la ministre qui l’affirme, c’est que, si on les laisse faire, les pouvoirs publics ont instruction d’y consacrer une part majeure des budgets initialement – et démocratiquement – attribués au soutien du livre et de la librairie, alors même que tout cela en est l’antithèse destructrice. Les effets désastreux de cette politique sont pour l’instant occultés par le bide total du numérique en dépit de son subventionnement massif. Bide qui s’est encore confirmé en fin d’année, où les ventes de téléchargement ont été quasi nulles.

Extrait de propos de Dominique Mazuet recueillis par Nicolas Norrito dans le journal CQFD de février 2013.

Dette, 5000 ans d’histoire.

« Dette, 5000 ans d’histoire » est un livre de David Graeber.

Cette somme court de l’invention du crédit en Mésopotamie à la crise des subprimes, cite Rabelais ou le Rigg-Veda (les hymnes sacrés de l’Inde) et offre une puissante réflexion historique et morale, l’humour en prime. Surprise, c’est un succés : 100 000 exemplaires vendus aux États-Unis, autant en Allemagne. Car David Graeber, anthropologue, prof d’économie à l’université de Londres et instigateur d’Occupy Wall Street, démontre comment l’adage « Chacun doit payer ses dettes » a deux poids et deux mesures. Dans certains États américains, une personne endettée peut aujourd’hui être jetée en prison alors que sa banque est renflouée par des fonds publics. Et quand les créanciers et le Fonds monétaire international étranglent la Grèce ou le Portugal, Washington relève son plafond de la dette – de 5 000 milliards de dollars en 1996 à 16700 milliards en 2013. Parmi les créanciers, Pékin ne réclame pas (encore) ses intérêts, le déficit américain servant à acheter « made in china »
(…)
En 1971, la querre au Vietnam est un gouffre financier ? Le président Nixon dévalue en enterrant la convertibilité en or du dollar. Depuis, la monnaie est totalement dématérialisée, mais cela n’a rien d’inédit, rappelle David Graeber. N’en déplaise à l’économiste Adam Smith, selon lequel le troc a précédé la monnaie et le crédit, on sait qu’en 2400 avant notre ère les prêts à intérêts étaient si répandu au Proche-Orient que des amnistie étaient régulièrement décrétées pour effacer les dettes du peuple, synonymes d’asservissement. Or, les premières pièces connues datent de -600. En Grèce ou en Inde, les États font battre monnaie pour payer leurs soldats, et font émerger l’économie de marché pour entretenir l’armée. Les conquêtes apportent du butin et surtout des prisonniers, qui remplacent au pays les « asservis pour dettes ».
L’anthropologue voit dans ce triptyque guerre-monnaie-esclavage un moteur de l’histoire. Hernan Cortès conquiert le Mexique pour honorer ses créanciers; puis les conquistadors usent de l’esclavage et du péonage – un travailleur détenu doit payer à son patron des dettes contractées pour pouvoir vivre sur place, système toujours en vigueur dans les ateliers-bagnes asiatiques ou les chantiers du Qatar… « C’est le scandale secret du capitalisme : à aucun moment il n’a été organisé essentiellement autour d’une main d’œuvre libre », juge David Graeber.
Mais « les insurrections paysannes, du Chiapas au Japon, ont régulièrement revendiqué l’effacement des dettes au lieu de se concentrer sur des problèmes structurels comme le système des castes ou même l’esclavage ». Pour ce partisan d’un jubilé de la dette, la crise écologique et sociale doit entraîner une vraie remise en cause du sens de l’économie, via, par exemple, la semaine de 20 heures.

Présentation de l’ouvrage par Simon Barthélémy dans le magazine Terra eco de novembre 2013.

Évolution de l’écologie politique au cours des 40 dernières années

À ses début, l’écologie politique n’hésitait pas à tenir un discours que les conseillers en communication actuels jugeraient « négatif », face à la destruction de la planète et de l’homme par la quête de croissance infinie.
Lorsqu’en 1974 René Dumont déboule aux élections présidentielles, son message frappe : « si nous maintenons le taux d’expansion actuelle de la population et de la production industrielle jusqu’au siècle prochain, ce dernier ne se terminera pas sans l’effondrement total de notre civilisation », alerte-t-il en s’appuyant sur le rapport du club de Rome. Raréfaction des ressources naturelles, du pétrole, des minerais, destruction de la biodiversité, pollution de l’air, de l’eau, des sols, bouleversement climatique, pillage du tiers monde : l’agronome détaille la catastrophe sans esquiver, sans chercher à caresser dans le sens du poil le spectateur habitué à des élans enjoués sur le thème des lendemains qui chantent. Non, lui appelle à « une mobilisation générale de survie ». C’est « l’écologie ou la mort ». Il parle d’en finir avec la croissance sans limites, avec le « cancer de l’automobile », la « folie nucléaire », la « surconsommation des pays riches », l’urbanisation délirante. Il invite à reconvertir la production, à redistribuer les richesses, à nous auto-limiter. Ses propositions subversives ne font pas dans le consensus ouaté : suppression de la publicité, taxation massive des consommations somptuaires, de l’automobile, suppression de places de stationnement…
Imaginons l’un des candidats aux présidentielles de 2012 déclarer : « il faut élever le coût d’utilisation de la voiture privée à un niveau tel qu’on ait un gros avantage pécuniaire à prendre le train, même s’il s’agit de 4 ou 5 personnes : une sortie en voiture doit devenir un grand luxe. »
(…)
Comme l’explique René Dumont à la gauche keynésienne : « le programme commun propose une hausse généralisée du niveau de vie, oubliant que ce niveau de vie résulte en partie du pillage du tiers-monde, du sous-paiement de ses ressources rares. »
(…)
lors de leur assemblée générale fondatrice de 1984, les Verts fustigeaient une gauche qui « n’a pas d’autre projet que de gérer le capitalisme ». Les textes d’orientation du nouveau parti brillaient par leur intransigeance : « Les modèles de société que nous offrent tant l’Est que l’Ouest, tant la droite que la gauche, sont fondés sur le même postulat du développement ininterrompu des forces productives »
(…)
les Verts puis Europe Écologie ont définitivement opté pour une ligne « libérale-libertaire » revendiquée par Lalonde dès 1981, mais aussi Daniel Cohn-Bendit ou Noël Mamère. Et qui s’exprime si bien dans leur soutien sans faille à la construction ultralibérale d’une Union-européenne-marché-sans-entraves et dans leur volonté d’en finir avec toute souveraineté nationale. Bien loin de la remise en cause fondamentale de la société de consommation et des appels à l’austérité, ils ne se contentent plus que de timides aménagements du capitalisme, d’un effacement de l’écologie dans l’économie triomphante et d’un réformisme propre sur lui qui ne heurte personne.

Extrait d’un long article de Pierre Thiesset dans le journal La décroissance de novembre 2013.
Ce long article décrit l’évolution de l’écologie politique et de son discours depuis les années 70 jusqu’à aujourd’hui.

Initiative citoyenne européenne contre l’écocide

L’initiative citoyenne européenne (ICE) est un outil de démocratie directe permettant aux citoyens de l’UE de proposer l’examen d’une directive.
Signer une ICE a le même pouvoir que voter. Nous avons besoin de votre vote pour que la Commission européenne étudie notre proposition.
Si au moins 1 million de citoyens européens issus de 7 pays différents la soutienne, la directive sera discutée au niveau européen.
Contrairement à une pétition ordinaire, l’ICE a le pouvoir juridique d’influencer la politique. C’est pourquoi certaines informations telles que votre adresse et votre date de naissance sont demandées. Dans certains pays, comme en France, il vous sera aussi demandé un numéro d’identité.

Écocide : La destruction partielle ou totale d’un écosystème sur un territoire donné, les dommages massifs générés par l’action humaine ou toute autre cause, ayant pour résultat d’empêcher les habitants du territoire concerné d’en jouir en toute quiétude.

Le compte à rebours est lancé pour recueillir 1 million de votes au niveau européen d’ici janvier 2014.
Vous aussi, participez à l’Initiative « Arrêtons l’écocide en Europe » !
www.endecocide.eu

Comment refouler l’ordre marchand ? Avec de l’audace !

Les néolibéraux ont si bien enraciné l’idée qu’il n’y avait pas d’alternative qu’ils en ont persuadé leurs adversaires, au point que ceux-ci en oublient parfois leurs propres propositions…
Rappelons-en quelques-unes en conservant à l’esprit que plus elles semblent ambitieuses aujourd’hui, plus il importe de les acclimater sans tarder. Et sans jamais oublier que leur rudesse éventuelle doit être rapportée à la violence de l’ordre social qu’elles veulent défaire.
Cet ordre, comment le contenir, puis le refouler ? L’extension de la part du secteur non marchand, celle de la gratuité aussi, répondrait d’un coup à ce double objectif.
(…)
Il conviendrait peut-être de définir démocratiquement quelques besoins élémentaires (logement, nourriture, culture, communications, transports), de les faire financer par la collectivité et d’en offrir à tous la satisfaction. Voire, comme le recommande le sociologue Alain Accardo, d’étendre rapidement et continûment le service public jusqu’à la prise en charge gratuite de tous les besoins fondamentaux à mesure de leur évolution historique, ce qui n’est économiquement concevable que moyennant la restitution à la collectivité de toutes les ressources et toutes les richesses servant au travail social et produites par les efforts de tous. Ainsi, plutôt que de solvabiliser la demande en augmentant fortement les salaires, il s’agirait de socialiser l’offre et de garantir à chacun de nouvelles prestations en nature.
(…)
Un tel programme comporterait un triple avantage. Politique : bien que susceptible de réunir une très large coalition sociale, il est irrécupérable par les libéraux ou par l’extême droite. Ecologique : il évite une relance keynésienne qui, en prolongeant le modèle existant, reviendrait à ce qu’une somme d’argent soit injectée dans les comptes en banque pour être redirigée vers la consommation marchande par la police publicitaire (Le plan B n°22, Paris, février-mars 2010). Il privilégie aussi des besoins qui ne seront pas satisfaits par la production d’objets inutiles dans les pays à bas salaires, suivie de leur transport en conteneurs d’un bout à l’autre de la terre. Un avantage démocratique enfin : la définition des priorités collectives (ce qui deviendra gratuit, ce qui ne le sera pas) ne serait plus réservée à des élus, à des actionnaires ou à des mandarins intellectuels issus des mêmes milieux sociaux.
(…)
Le garrot imposé à la collectivité se desserrera d’autant plus vite que celle-ci recouvrera les recerttes fiscales que trente ans de néolibéralisme ont dilapidées. Pas seulement lorsqu’on a remis en cause la progressivité de l’impôt et s’est accomodé de l’extension de la fraude, mais quand on a créé un système tentaculaire dans lequel la moitié du commerce international de biens et de services transite par des paradis fiscaux . Leurs bénéficiaires ne se résument pas à des oligarques russes ou à un ancien ministre français du budget : ils comptent surtout des entreprises aussi dorlotées par l’État (et aussi influentes dans les médias) que Total, Apple, Google, Citigroup ou BNP Paribas.

Quelques extraits d’un long article de Serge Halimi dans Le Monde Diplomatique de septembre 2013.

Les médias dominants et l’écologie

Personne n’aime à être un messager de malheur. Déjà en 442 avant J.-C., Sophocle avait tout pigé, lui qui, dans Antigone, soulignait à quel point être porteur de mauvaise nouvelles n’augurait pas la longévité. (…) Dans les grands qutidiens, les espaces dévolus aux questions écologiques se sont réduits à peau de balle. A la radio ou à la télé, on compte moins encore de chroniques environnementales, là où se déversent pourtant des torrents de billets culturels, politiques ou people tous plus ineptes et redondants les uns que les autres. Aucune place n’est faite aux idées nouvelles, celles qui ambitionnent de repenser le système pour qu’il survive à l’anthropocène. Les médias dominants – perfusés à la pub – n’aiment pas l’écologie. Et elle le leur rend bien. Le problème, c’est que pour l’instant, elle a perdu la bataille. Snif.

Billet de Bridget Kyoto dans Terraeco d’octobre 2013.

Traité sur les semences : Une résolution en faveur du droit des agriculteurs.

La Via Campesina se félicite de l’adoption ce 28 septembre 2013, par le Comité Directeur du Traité international des Nations unies sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture, appelé communément « Traité sur les semences », d’une résolution appelant les États à appliquer et soutenir les droits des agriculteurs et des agricultrices sur leurs semences.

Cette résolution a été adoptée grâce à la mobilisation unanime des groupes de pays d’Amérique Latine et Caraïbes, d’Afrique et du Proche-Orient, de nombreux pays asiatiques et européens, et malgré l’opposition d’une poignée de pays industriels. Après avoir rappelé l’énorme contribution des agriculteurs à la conservation et au développement des semences, le comité directeur accueille aussi favorablement la participation des organisations paysannes et de la société civile à ses travaux. En reconnaissant que les brevets et certificats d’obtention végétale peuvent « interagir » avec les droits des agriculteurs, il avoue à mots cachés qu’ils s’y opposent dans de nombreux pays.

Cette résolution contraste avec la violence des lois nationales et les droits de propriété intellectuelles qui criminalisent les semences paysannes. Par exemple, en Colombie, le décret 970, avant son abrogation récente pour 2 ans, avait abouti à la destruction massive de tonnes de semences paysannes devenues ‘illégales’ par application de cette loi. Des projets de lois semblables sont préparés en Afrique de l’Est, au Chili ou en Europe. Par ailleurs, le Traité offre à l’industrie le cadre juridique lui permettant d’accéder gratuitement à toutes les semences sélectionnées par des générations de paysans, mais ne se donne aucun moyen financier pour remplir ses autres tâches, notamment en matière de droits des agriculteurs dont l’application est de la responsabilité des états. Pendant que les banques de semences publiques sont détruites par les guerres ou ou se concentrent en raison de l’absence de financement, de nombreux droits de propriété intellectuelle sont accordés sur les caractères ou les gènes des graines encore conservées qui deviennent ainsi inaccessibles.

Les agriculteurs renouvellent dans leurs champs l’intégrité de l’immense diversité dont ils ont hérité de leurs parents pour la transmettre aux générations futures. Ils sont les garants du droit à l’alimentation de nos enfants. Mais ils ne peuvent pas accomplir cette tâche si leurs droits de conserver, d’utiliser, d’échanger et vendre leurs semences, de protéger leurs connaissances et de participer aux prises de décision ne sont pas respectés et protégés.

La Via Campesina veillera à ce que cette nouvelle résolution sur les droits des agriculteurs et agricultrices ne reste pas sans lendemain comme les précédentes. Avec ou sans le Traité, avec ou contre les lois nationales, la Via Campesina continuera à appliquer concrètement les droits des paysans et des paysannes sur leurs semences car il s’agit de la première marche de la souveraineté alimentaire.

extrait d’un article paru le 30 septembre 2013 sur le site viacampesina.org

Dérèglement climatique : les raisons de l’inaction

Malgré les alertes des scientifiques du GIEC, le réchauffement climatique ne suscite pas de réaction politiques à la hauteur des dangers. Trois raisons à cela : l’aveuglement court-termiste des responsables politiques, la persistance des inégalités et la croissance comme condition de survie dans un monde dominé par la concurrence.
(…)
La première raison tient au fait qu’à chaque rapport du GIEC, on pousse quelques cris puis nous revenons à nos problèmes quotidiens, le chômage, le pouvoir d’achat, la reprise. (…) Or, le temps de la politique est un temps court. Les prochaines élections, c’est demain. (…)

La seconde raison tient aux inégalités. Inégalités au sein de nos pays, inégalités entre pays. Le discours écologique appelant à consommer moins n’est pas audible dans une société aussi inégalitaire que la nôtre, où les plus riches gaspillent sans compter et où les plus pauvres n’accèdent pas aux standards permettant de vivre dignement. Même constat entre pays. Les pays émergents ne voient pas pourquoi ils n’auraient pas, eux aussi, le droit de se développer, et considèrent que c’est aux pays riches de réduire d’abord leurs émissions de gaz à effet de serre. D’où la difficulté à dégager un accord international pour répartir les efforts à fournir par chacun. Et, en l’absence d’accord, pourquoi donc faire des efforts tout seul, puisque ceux-ci ne serviront à rien ou presque, si les autres continuent à polluer tant et plus…

Et puis, il y a une troisième raison, qui tient à la dynamique même de notre société, une société où la concurrence l’emporte encore sur la coopération, concurrence entre firmes, concurrence entre pays. Dans ce contexte, continuer à croître, à produire toujours plus est perçu par les entreprises comme une condition de la survie et, par leurs salariés, comme la garantie de conserver leur emploi. Mais ce n’est pas seulement une affaire d’intérêts économiques. Car continuer à croître, c’est aussi une exigence pour les Etats. C’est le grand paradoxe de la situation : la croissance étant le support de leur puissance, les Etats voient dans sa poursuite la garantie de pouvoir accéder demain à des ressources en voie de raréfaction. Dit clairement, si l’Inde et la Chine construisent des porte-avions, c’est aussi pour pouvoir nous disputer demain les dernières gouttes de pétrole du Moyen-Orient…

Extraits d’un article de Philippe Frémeaux du 02 octobre 2013 sur le site alternatives-economiques.fr

Pétition en ligne : méfiance !

Certaines critiques pointent du doigt le business florissant du clicktivisme. Appel à dons, partenariats avec le monde économique, lobbying politique, le terreau dans lequel ces plate-formes ont plongé leurs racines rappelle que la bonne conscience des uns peut faire la fortune des autres.
Auteur d’une étude sur Avaaz, Dominique Guillet, membre de l’association Kokopelli, notait :

les cadres chez Avaaz ne sont pas rémunérés avec des cacahuètes virtuelles : le fondateur et directeur exécutif, Ricken Patel, a ainsi touché, en 2010, le modeste salaire de 183 264 dollards (…) tandis que le directeur de campagne, Ben Wikler, a touché 111 384 dollards. Cette même année 2010, Avaaz a déclaré sur sa feuille de revenu : 921 592 dollards de frais de campagne et de consultance. Tout cela pue l’arnaque financière et le copinage archi-dollarisé.

Refroidi par l’expérience, un ancien bénévole d’Avaaz témoignait de son coté :

C’est une mentalité à l’américaine : c’est à dire une vision de réussite et où on voit le monde comme génial, sensass, cool, géant (…). Les textes sont très polis, sans polémiques ni critique trop sévère, pour avoir un maximum de signatures et ne pas froisser les politiques.

Une issue de secours, peut-être : le site petitionpublique.fr propose une pétition pour l’abolition définitive du moyen d’expression barbare et stupide que reprèsente une pétition.

Extrait d’un article de Sébastien Navarro dans le journal CQFD de février 2013.