Bien-être animal et productivisme : l’exemple du cochon

Maltraitance d’un animal que la plupart d’entre nous ne connaissons pas

– Toutes les queues sont coupées, aussi, j’ai l’impression ?
– Oui, on les coupe quand ils sont petits, ça leur fait une petite douleur, mais bon, c’est comme nous quand, bébé, on nous fait des vaccins. Et puis, gentiment, on cautérise.
– Pourquoi vous faites ça ?
– Parce que, les cochons, c’est très joueur, et comme ils ne savent pas avec quoi jouer, ils se mordent la queue. Ils peuvent attraper des germes, dans 0,2 à 0,3 %.
– Mais c’est interdit par l’Union européenne ?
– Non, la directive dit qu’il faut que ce soit « justifié ».
– Mais si on coupe 100 % des queues pour éviter 0,2 % des germes, à ce moment là, c’est justifié tout le temps !
[…]
On a le même dialogue, à peu près, sur les dents, qui sont meulées. Et encore sur la castration, qui se déroule à vif, sans anesthésie.

Le cochon est un animal intelligent. Il aime fouiller le sol, l’explorer, comme son ancêtre le sanglier. Il vit en groupe, normalement, fort sociable. On pourrait, pour prouver ça, s’appuyer sur les recherches menées à l’Université de Pennsylvanie. Un jeu vidéo est placé devant un cochon, avec un joystick sous son groin : très vite – bien plus vite que le chien – le porc comprend que, pour gagner, il doit déplacer le petit rond bleu dans le carré bleu.
On pourrait mentionner, encore, les expériences à l’Université de Cambridge. Placé devant un miroir, après des hésitations, le cochon reconnaît son reflet, joue avec lui. Ce qui n’arrive, chez l’homme, qu’entre douze et dix-huit mois. Ce qui n’arrive jamais chez le gorille ou le chat, par exemple, qui prennent éternellement cette image d’eux pour un intrus.
[…]

Le productivisme comme règle prioritaire

Les espagnols, ils paient leurs salariés 500 € dans les abattoirs, les Allemands pareil, c’est trois fois moins cher qu’en France. […] Installer une station de lisier, ici, c’est 7 centimes de plus par kilo. Tandis que les Danois, eux, par exemple, ils exportent douze millions de porcelets, surtout vers la Pologne, ils les font naître, et puis ils les engraissent là-bas, pour éviter les problèmes environnementaux. L’élevage moyen, là-bas, comme en Allemagne, c’est mille truies, nous c’est deux cents…
[…]
L’amendement Le Fur […] que change-t-il ? Auparavant, pour installer une porcherie de plus de 450 cochons, une enquête publique était nécessaire. Depuis le 1er janvier 2014, ce seuil est relevé à 2 000 bêtes.

Courts extraits d’un dossier « cochon » publié dans le journal Fakir de juillet 2015.

Une production agricole de qualité existe

Le film documentaire Herbe illustre très bien deux orientations opposées de la production agricole. D’un coté la production extensive et naturelle et de l’autre, la production agro-industrielle qui est intensive, productiviste, chimique, modifiée génétiquement et fortement irriguée. À l’inverse, la production extensive et naturelle permet une forte productivité et l’accès à l’autonomie.

Alors que des fermes se sont engagées depuis plusieurs années dans une agriculture autonome, durable et performante, la majorité de la profession refuse cette approche. La majorité des agriculteurs s’inscrivent au contraire dans le sillon de l’industrie agro-alimentaire promue par le complexe pétro-chimique de transnationales, telle Monsanto ou Exxon et Mobile Oil des Rockefeller.
Elle a pour objectif de vendre plus d’engrais et de pesticides qui proviennent en large partie de la production de pétrole. Cette orientation s’est fortement accélérée durant ce que l’on a appelé la révolution verte au cours de la période 1944-1970. Mais cette dernière devrait plutôt être qualifiée de révolution industrielle de l’agriculture, dans la mesure où il ne s’agit que de la couleur verte des plantes et non pas du vert de l’écologique.
Cette approche est encore renforcée par le fait que les ingénieurs agronome sont formés dans cette optique. D’ailleurs, les lobbies de l’industrie font pression de diverses manières, afin que les ingénieurs soient formés ainsi.

Or, ce mode de production fondé sur le pétrole et la mécanisation va devenir de plus en plus coûteux du fait de la raréfaction du pétrole. Il a déjà un coût très important en terme simplement financier, car les agriculteurs de ce type doivent emprunter aux banques privées. Ces prêts vont leur permettre d’acheter de gros tracteurs, de grands systèmes de traites automatisées, de fabriquer de très grosses exploitations agricoles …
… ce qui oblige les agriculteurs à travailler de très longues journées à un faible salaire, afin de rembourser leurs emprunts…

À l’inverse, les paysans qui ont choisi de nourrir leur troupeau avec de l’herbe…
Ainsi dans ce film on constate que les salaires mensuels de ce type de paysans sont relativement proches de ceux de l’agriculture industrialisée, mais par contre leur salaire horaire est considérablement plus élevé, car ils travaillent environ 30 à 50 % de temps en moins !
(…)
Le suivi des 27 exploitations par l’Inra, et, d’une manière très pointue, des 17 fermes laitières reconverties, montre que ces dernières ont amélioré leur revenu ; le travail y est plus agréable, et la pollution azotée est diminuée de 2/3. Quant aux pesticides, il a été impossible d’en trouver trace (…)

Mais depuis cette étude qui s’étend de 1993 à 1998, le Cedapa a fait tâche d’huile. En 2002 en Côtes d’Armor, ce sont plus de 400 éleveurs, dans le Grand Ouest plus de 3000, qui se sont reconvertis.

Extraits d’un article de Thierry Brugvin dans le mensuel Les Zindigné(e)s de juin 2015.

L’agroécologie, l’agriculture qui peut nous sauver

Vandana Shiva : La Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (UNCTAD) a récemment envoyé une alerte aux gouvernements du monde.
Elle affirme que, s’ils ne réagissent pas pour apporter une vraie protection aux petites exploitations, les populations seront dépassées par une crise d’une ampleur trop importante pour les gouvernements. Le devoir des dirigeants n’est pas de mettre la planète à la disposition des entreprises, mais d’assurer la bonne gestion des graines, des sols, de l’eau, etc.
Ils doivent s’assurer que l’alimentation est produite dans de bonnes conditions pour l’environnement et la société. Les gouvernements devraient avoir l’obligation de défendre les fermiers et de leur donner la priorité, du fait du rôle nourricier des agriculteurs.
Les décideurs doivent abandonner la grille de lecture qui présente le spéculateur comme celui qui crée de la croissance. En bout de chaîne, le fermier est le grand perdant alors que, quand la crise va frapper, c’est le premier que nous irons voir pour trouver des solutions. Les agriculteurs devraient avoir une juste rémunération de leur travail, une vie moins précaire et une reconnaissance des dirigeants pour leur rôle fondamental.
(…)
Je distinguerai tout d’abord deux sortes de firmes : d’une part celles qui favorisent la protection de l’environnement et de la société, et d’autre part celles qui se comportent comme des prédateurs, pillent la planète et exploitent les populations. Cette distinction doit désormais être prise en compte pour nous assurer que les entreprises responsables, engagées et éthiques sont bien celles qui prospèrent. Les sociétés qui se comportent comme des criminels doivent être traitées comme tels. Il existe suffisamment de lois pour cela, elles doivent être appliquées !

Les entreprises du secteur agroalimentaire ont une large part de responsabilité, car leurs choix sont lourds de conséquences. La plupart imposent à travers leurs politiques d’achat des méthodes agricoles chimiques et intensives. Ces techniques impliquent l’utilisation massive d’engrais et de pesticides et une consommation d’eau colossale, qui représente au niveau mondial 70 % des prélèvements d’eau douce dans les rivières, les lacs et les aquifères. Ces méthodes appauvrissent les sols et diminuent le rendement des exploitations à l’échelle d’une génération.

Tout cela, alors même que nous savons qu’en dix ans à peine, les petits agriculteurs peuvent doubler la production alimentaire des régions vulnérables en recourant à l’agroécologie : un ensemble de méthodes qui ne font pas appel aux produits chimiques et préservent les ressources en eau, protègent la biodiversité et les sols, et luttent efficacement contre le réchauffement climatique. Pourtant, l’industrie ne fait rien ou presque pour promouvoir ces avancées.

Extraits d’un entretien entre Vandana Shiva et Lionel Astruc dans le journal Les Zindigné(e)s d’avril 2015.

Nucléaire et transparence

La France est un mauvais élève en matière de suivi épidémiologique des cancers, et l’omniprésence du nucléaire n’y est pas pour rien. À ce jour, seuls 19 départements totalisant 20 % de la population française sont couverts par 14 registres généraux des cancers, regroupés en association au sein de réseau français des registres de cancer, FRANCIM (France Cancer Incidence et Mortalité).
En 2013, une étude épidémiologique venait enfin démontrer les lourds impacts sanitaires de Tchernobyl sur la population de la Corse, avec par exemple une probabilité accrue de 28,3 % pour les hommes exposés au nuage radioactif de contracter un cancer de la thyroïde.
Voilà 28 ans que la Corse revendiquait la création d’un registre des cancers. L’État s’y est toujours refusé, mais le lancement par la Région d’un Registre des cancers vient d’être enfin décidé par le Conseil Exécutif Territorial.

Article paru dans le magazine Sortir du nucléaire de novembre 2014.

Le ministère de l’Agriculture dissimulateur ?

L’État est-il en train d’étouffer un nouveau scandale sanitaire de première ampleur ? En tout cas, il ne facilite pas (c’est le moins qu’on puisse dire !) les démarches des agriculteurs, de plus en plus nombreux à développer des cancers et autres maladies dus à l’utilisation des pesticides.
(…)
C’est d’abord contre l’État et notamment le ministère de l’Agriculture qu’ils (les agriculteurs) doivent batailler. Car la plupart des produits responsables des pathologies développées ont été retirés du marché.
Or, c’est l’État qui organise la collecte de l’ensemble des produits sur le territoire. Sous son contrôle, la société Adivalor récupère les bidons, usagés ou non, et toute trace de l’existence du produit. « Chaque mois, des produits sont retirés du jour au lendemain, explique Patrick, viticulteur dans le Bordelais. On nous dit que le produit n’est plus autorisé à la vente et qu’il faut rendre nos stocks, sans plus d’explications. C’est totalement opaque. » Une collecte obligatoire régie par le décret 2002-540 du 18 avril 2002 et l’article L541-2 du code de l’environnement.
Ainsi il est interdit et pénalement répréhensible de conserver ne serait-ce que des bidons vides ou des étiquettes des produits retirés du marché.
Cette disposition complique un peu plus la recherche de preuves d’empoisonnement pour les victimes, qui doivent alors demander au ministère de l’Agriculture de leur fournir les documents sur la composition chimique des produits. Et la tâche est ardue. Du coté des fabricants, tous les documents sur les produits retirés ont soit miraculeusement disparu, soit sont protégés par le secret commercial, soit ne sont pas archivés.

En décembre 2012, Stéphane Le Foll, le ministre de l’Agriculture, s’était engagé à faciliter ces démarches. Une simple demande écrite à la Direction générale de l’alimentation (DGAL) devait ouvrir l’accès aux dossiers d’autorisation de mise sur le marché et aux étiquettes commerciales des produits incriminés. Plus d’un an après, il n’en est rien. Le Ministère n’a dans aucun cas facilité l’accès aux dossiers. L’avocat des victimes, maître Lafforgue, a dû saisir la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada) dans plusieurs dossiers. À chaque fois, la Cada a émis un avis favorable à la communication des documents par le ministère de l’Agriculture. Et dans aucun des cas, il ne s’est exécuté.

Extraits d’un article de Geoffrey Livolsi dans Siné mensuel de mars 2014.

Ferme-usine des 1000 vaches : non !

Une ferme de 1000 vaches n’a aucune justification alimentaire ni économique. En outre, elle contribue à aggraver la surproduction en faisant baisser les cours, ce qui fragilisera encore plus les élevages à taille humaine : ce gigantisme est donc néfaste aux éleveurs laitiers herbagers respectueux des attentes sociales et environnementales.
Le but principal de cette usine à vaches n’est de toute façon pas de produire du lait ou de la viande, mais des déjections (lisier). Ce lisier doit en effet permettre de faire tourner une unité de méthanisation , de façon à produire de l’électricité en profitant des subventions à la méthanisation !
La motivation du groupe Ramery n’est pas agricole ni alimentaire mais financière : il s’agit pour cet industriel du BTP de placer son argent dans un processus industriel qui lui permettra de capter des aides publiques pour le faire fructifier.
Nos impôts iraient donc indirectement enrichir un « chasseur de primes » dont le bien-être animal est le cadet des soucis.
Ce type d’entreprise ne mérite pas l’appellation d’élevage, tant les conditions concentrationnaires empêchent tout respect des fondamentaux physiologiques des animaux. (…)
Les vaches seront donc nourries à base d’aliments concentrés dont la matière première est importée du Brésil et contribue à la déforestation, à la pauvreté et la fragilité alimentaire de ses populations.
N’oublions pas, par ailleurs, que le soja brésilien est très massivement OGM et/ou très fortement traité aux pesticides. Qui plus est, il est aberrant de prétendre produire de l’électricité… en mettant en oeuvre un système dont le bilan énergétique est très négatif, compte tenu du transport à longue distance des aliments du bétail et des émissions de CO2 qu’il engendre.

Extraits d’une campagne de l’association Agir pour l’environnement lancée début février 2014.

Abandonnons l’élevage industriel !

L’affaire des lasagnes de « boeuf » produites à base de cheval illustre parfaitement les errements d’une industrie agroalimentaire qui a rompu tous liens avec le vivant. Les animaux sont considérés comme des « sous-produits », le consommateur n’est qu’un porte-monnaie et l’environnement qu’une variable d’ajustement.

La consommation mondiale de viande a plus que quintuplé en à peine 50 ans. Cette boulimie de produits carnés est un cas d’école qui soulève de multiples questions en lien avec la sauvegarde de notre planète et la survie de ses habitants. L’élevage et la pêche ont aujourd’hui des conséquences dramatiques pour les humains, les animaux et l’environnement. En plus de raisons morales, culturelles ou économiques, de nombreux arguments écologiques et sociaux plaident pour une nette modération de la consommation de viande.

Recherchant la rentabilité à court terme, l’industrie agroalimentaire exploite et maltraite des animaux d’élevage. Mais nous sommes toutes et tous victimes de l’élevage industriel à des degrés divers : les pays du Sud, qui voient une grande partie de leurs terres monopolisées ; les consommateurs, qui ingèrent une nourriture de mauvaise qualité dont la consommation excessive prédispose à l’obésité et à diverses pathologies; les éleveurs, qui doivent supporter des conditions de travail très difficiles pour un revenu de plus en plus précaire.

Sur le plan environnemental, l’eau, l’air et les sols ne peuvent supporter de si grandes concentrations d’animaux ; la biodiversité animale et végétale se réduit sous le poids d’une standardisation agricole extrême ; la production des produits animaux requiert énormément d’eau et d’énergie et rejette quantité de gaz à effet de serre.

Des solutions existent mais vont à l’encontre d’intérêts économiques bien établis. Face à l’inertie des pouvoirs publics, de plus en plus de citoyens, personnalités et organisations se mobilisent afin de réclamer une alimentation plus diversifiée et moins carnée et favoriser un élevage respectueux du bien-être des animaux et de l’environnement.

Extrait d’une campagne de l’association Agir pour l’environnement pour soutenir un modèle d’agriculture durable et extensif.

Perturbateurs endocriniens – Campagne de l’association Agir pour l’environnement

Cancers hormono-dépendants (sein, prostate, testicules…), diabète et obésité, troubles cardiovasculaires, troubles de la reproduction,féminisation des foetus mâles, asthme… Ces syndromes ou maladies peuvent être provoqués par la présence de perturbateurs endocriniens dans notre vie quotidienne. Les PE induisent des effets similaires sur la faune sauvage par le biais de la contamination de l’environnement : pollution des rivières et des océans, rejets urbains et industriels, pesticides agricoles, déchets dispersés, substances dangereuses émises par les décharges et les incinérateurs…

Leur diversité et leur usage massif entraînent une exposition permanente à ces produits que l’on peut retrouver dans les cosmétiques, les ustensiles et emballages alimentaires, les jouets, les aliments ou encore comme contaminants de l’air intérieur. Cependant, il est très difficile pour le consommateur de faire des choix éclairés étant donné qu’aucun étiquetage n’est obligatoire et que la composition des produits est complexe à déchiffrer.

Si la France se situe aujourd’hui parmi les pays européens en pointe sur cette question, la Stratégie Nationale sur les Perturbateurs Endocriniens (SNPE) prête une oreille attentive aux arguments des lobbies industriels.

Il est grand temps de mettre cette problématique au coeur du débat public afin de pousser les décideurs politiques à opter pour des mesures concrètes permettant une réduction de notre exposition aux PE. Les industriels peuvent et doivent utiliser des produits ou des techniques de substitutions qui ne soient pas nocifs, ni pour l’environnement, ni pour la santé humaine.

Extrait de la lettre envoyée par l’association Agir pour l’environnement dans le cadre de sa campagne au sujet des perturbateurs endocriniens.