Dette, protectionisme, lutte des classes, la bataille des idées.

Dans l’aquoibonisme ambiant, je tenais à rappeler çà : qu’on avance. Qu’on a déjà avancé. Jamais aussi vite qu’on le voudrait, évidemment. Mais que de chemin parcouru, en une poignée d’années ! Et je tenais à le rappeler maintenant. Pourquoi maintenant ?

Parce que nous ne sommes pas, pas encore, au cœur de la tempête. Nous vivons comme un palier dans la crise, un temps suspendu. Des choses bougent, dans les têtes, dans les urnes, mais sans fracas pour l’instant, comme en souterrain.

Profitons-en. Que nos armes soient affûtées pour les prochaines secousses. Que nous ne rations pas le coche, cette fois. Car que s’est-il produit, en 2008, après la chute de Lehman Brothers ? Nos adversaires eux-mêmes, les libéraux, déclaraient leur système coupable, pourri, pervers, et promettaient qu’ils ne recommenceraient plus. Ils ont recommencé. Cinq ans plus tard, tel un phénix renaissant de ses cendres, leur système coupable, pourri, pervers, est à nouveau debout. Mais la faute à qui ? Parce qu’ils étaient trop forts ou parce que nous étions trop faibles ? Un boulevard était ouvert, mais nos idées n’étaient pas mûres, et sans force politique pour les porter, et nous avons défilé, par trois fois, par millions, au printemps 2009, avec ce slogan creux, insignifiant : Nous ne paierons pas leur crise.

C’est la mère des batailles, les idées. Si on la perd, ou qu’on ne la mène pas, si les esprits ne sont pas conquis et prêts à conquérir, difficile, derrière, de se lancer dans les luttes sociales, dans l’affrontement électoral – ou alors sur des bases fragiles, étriquées.

Extrait d’un dossier « La bataille des idées » signé François Ruffin dans le journal Fakir n°62 de septembre 2013.

Silence médiatique sur un rapport de l’OCDE

Le 16 juillet dernier, l’OCDE a publié ses « Perspectives de l’Emploi 2013 ».
Où l’on découvre que la rigidité ou la flexibilité des législations du travail au sein de ses États membres n’a absolument aucune corrélation avec leur niveau de chômage. (…)

L’OCDE s’est livrée à une analyse des taux de chômage de ses différents membres (total, longue durée, jeunes, senior, etc), mais aussi des différentes protections de l’emploi dans ses États membres.(…)

Sur les 5 pays au taux chômage le plus bas dans l’OCDE, l’Autriche (4,35% de chômage) est plus protectrice que la moyenne OCDE sur les 4 critères; la Norvège (3,2%) est plus protectrice que la moyenne OCDE sur 3 des 4 critères; et la Corée du Sud (3,2%) est plus protectrice que la moyenne OCDE sur 2 des 4 critères (sur les licenciements individuels et le travail temporaire). Seuls la Suisse (4,2%) et le Japon (4,35%) sont plus souples que la moyenne.

La Norvège, qui est en situation de plein-emploi, a l’un des niveaux les plus élevés de réglementation contre le travail temporaire (après la France, le Luxembourg et la Turquie).
L’Allemagne figure parmi les pays les plus protecteurs de l’emploi (*); elle est même plus protectrice que la France contre les licenciements collectifs ou individuels ! Le tout avec un taux de chômage plus bas (5,5% contre 10,3%) !

En matière de protection des travailleurs contre les licenciements individuels ou collectifs, les pays les plus « flexibles » sont anglo-saxons, avec pourtant des résultats en matière de chômage à peine meilleurs que la moyenne (8% en 2012) ! Nouvelle Zélande (chômage à 6,9%); Etats-Unis (chômage à 8,1%); Canada (chômage à 7,2%); Royaume Uni (chômage à 7,9%).

Extraits d’un billet du blog sarkofrance publié le 16 août 2013.
L’auteur du blog parle d’un silence au sujet de ce rapport. Personnellement, j’écoute beaucoup la radio et je n’ai pas entendu parler une seule fois de ce rapport.

La pensée unique vue par Emmanuel Todd

Il n’y a rien dans la pensée unique, qui est en réalité une non-pensée, ou une pensée zéro. Cette pensée zéro se contente de hurler l’inévitabilité de ce qui est ou de ce qui advient. Aux États-Unis, elle clame l’inévitabilité de l’ultra-libéralisme. En France, celle de la monnaie unique et du libre-échange. (…) Le trait central et unificateur de la pensée zéro est une glorification de l’impuissance, une célébration active de la passivité que l’on doit bien désigner par un terme spécifique : le passivisme. (…) Même la monnaie unique, à l’origine projet positif quoique mal pensé, n’apparaît plus à la veille de sa réalisation que comme un « machin qui arrive », qu’on ne peut empêcher, qu’on accepte sans même croire au moindre de ses avantages économiques. On s’y soumet désormais, comme au libre échange, par passivisme.(…)

Les bonnes intentions d’une classe fortement éduquée s’investissent dans la défense des valeurs morales, dans l’hostilité à la peine de mort, dans le refus du racisme, et dans un attachement sans faille à la liberté d’expression. Ses bons revenus et sa bonne intertion sur le marché du travail s’expriment par le passivisme : acceptation du libre-échange et de la politique du franc fort, indifférence ou ou tolérance aux souffrances des milieux populaires.

Extraits d’un entretien entre François Ruffin et Emmanuel Todd paru dans le journal Fakir n°61.

Au cours de cet entretien, Emmanuel Todd explique, entre autres choses, pourquoi la sortie de l’Euro et une remise en cause du libre-échange sont incontournables et pourquoi le passivisme a colonisé les esprits d’une majorité de nos concitoyens. Un long entretien (quatre pages) riche et instructif.