La technocratie, nouvelle classe dominante

La classe montante depuis la fin du 19ème siècle, toujours plus éminente dans les années 30, triomphante après-guerre, à l’ère technologique du nouveau capitalisme, c’est la technocratie, dont l’ascension a été analysée par trop d’ouvrages pour les citer ici. La technocratie se définit comme la classe de l’expertise et de l’efficacité, de la rationalité maximale. L’État est technocratique. L’entreprise est technocratique. Pour accéder au pouvoir aujourd’hui, un homme d’État doit être un technocrate ou suivre l’avis de ses technocrates. Idem pour l’héritier ou le chef d’entreprise qui veut diriger sa société.
La technocratie est la classe des spécialistes – y compris les professions libérales : médecins, juristes, journalistes – qui se déploie du bas en haut de l’échelle, des techniciens, ingénieurs, cadres, chercheurs, administrateurs, directeurs, managers, bureaucrates, énarques, du public et du privé, du civil et du militaire, simples salariés ou gratifiés de toutes sortes d’avantages, de primes, jusqu’à de colossales parts d’actionnaires pour les plus opulents technarques du privé.
La technocratie, comme jadis l’aristocratie, est divisée. La haute technocratie n’hésite pas à sacrifier quand il le faut quelques milliers d’ingénieurs de HP ou d’Alcatel-Lucent au bien supérieur de l’entreprise ou de l’économie, c’est à dire au bien collectif de la classe technocratique, mais celle-ci, alliée à la vieille bourgeoisie capitaliste, présente un front uni vis-à-vis des autres classes (paysans, ouvriers, artisans, boutiquiers, employés etc.), qu’elle remplace d’ailleurs par des machines. Et les licenciés, adeptes de la même rationalité que leurs licencieurs, en feraient autant à leur place, quitte à reconnaître le bien-fondé de leur licenciement, moyennant de justes indemnités.
La rationalité technique, valeur suprême de l’idéologie technocratique, informe toute la société au point d’en chasser la délibération politique. Techniquement parlant, il n’y a jamais qu’une seule meilleure solution. Aussi voit-on dépérir le pouvoir des parlements et des gouvernements dans les sociétés technocratiques, au profit des experts et des technocratie. Idéalement, une société technocratique ne connait pas de partis. La technocratie dirige et se dirige directement, en pilotage automatique, sans la médiation d’un parti, derrière le décor – de plus en plus troué, ruiné, béant – des vieilles institutions démocratiques, maintenues provisoirement, pour la forme.

Extrait d’un long article intitulé « Homme-machine, monde-machine » du collectif pièces et main d’œuvre dans le journal La décroissance de mars 2014.

Pourquoi la démocratie se meurt ?

Il y a deux moyens de tuer la démocratie : la trahison des peuples, ce qui les détourne des urnes, et l’autoritarisme, qui impose sans débat des mesures arbitraires.
Lui, bouffi-bouffon président, a d’abord trahi. Il continue. Annonces dévotes faites au patronat, dénonciation sarkozienne des prétendus « abus sociaux » : la barre déjà bien vissée à droite toute, le pédalant capitaine accélère.
Avec de bonnes semelles pour écraser ces trouffions de prolos sacrifiés sur l’autel d’une raison barbare qui voudrait, depuis trente ans, que le bonheur des peuples passe irrémédiablement par leur massacre économique et leur disqualification sociale. Mort-vivant tu seras puisque tu ne votes plus pour moi. C’est bien fait pour toi.
Lui, bouffi-bouffon président, avec à sa botte les deux assemblées parlementaires, a désormais le culot de nous annoncer une pluie de décrets et ordonnances. La nouvelle est presque passée inaperçue dans le tintamarre dieudonnesque. Plus fort que le coup d’état permanent, l’abus de pouvoir érigé en système de gouvernement. La droite marteau l’avait annoncé pour son retour au pouvoir. La gauche collabo anticipe les désirs de son Kapital de maître. Rangez vos croquenots, ravalez vos slogans de manifestants et restez bien couchés dans votre niche : interdiction de grogner, sinon vous n’aurez même plus d’os à ronger.
Décréter, ordonner, imposer, interdire : il faut habituer le peuple à courber l’échine sous l’arbitraire de mesures prétendument « urgentes ». Première mesure d’urgence, la lutte contre l’antisémitisme : le combat est évidemment légitime, mais comme mesure d’urgence on fait mieux. Surtout quand il est mené par un Manu manant de Valls bardé d’un beau brevet de salopardise. Minable entrepreneur de la désintégration des Roms. Abominable maire inquiet de la couleur de peau des habitants de sa ville, exigeant, comme à la foire aux esclaves, d’avoir sur les marchés son lot de « Blancs, de Whites et de Blancos ». Misérable dénonciateur de « l’antisémitisme des quartiers populaires » (elle est pas belle la stigmatisation amalgamante ?). Ach, le peuple, gross problem !
Et voilà qu’après l’interminable saga du mariage pour tous l’année démarre sur le feuilleton Dieudo. Overdose d’enfumage sur fond de saloperies redoublées par lui, le président bouffi d’énarchie, qui s’en va technoparadant vers une des plus grosse euro-gamelles électorales (…) Il s’en fout. Il a gagné son brevet de pantouflage pour bons et loyaux services rendus à l’oligarchie dominante.

Extrait d’un article de Pierre Concialdi dans le journal Siné mensuel de février 2014.

Le PS doit-il fusionner avec l’UMP ?

La langue française, dans sa version académique comme dans les fortes images de sa variante argotique, dispose de tout le vocabulaire nécessaire pour qualifier la défaite historique du PS au premier tour de ces élections municipales, où les gagnants sont, dans l’ordre : l’abstention, le Front national et la droite classique.
Sans compter bon nombre de repris de justice, voyous en col blanc et gibiers de potence divers, dont les scores remarquables témoignent de ce que les chances d’un Sarkozy au jeu de bonneteau électoral restent bien intactes pour l’avenir.
Donc une claque pour ceux que, du fait d’une paresseuse habitude, on persiste à appeler « la gauche », « les socialistes » — comme si ces gens-là avaient quoi que ce soit à voir avec les grands anciens du mouvement ouvrier.
Les maires PS encore un peu honnêtes et dévoués qui subsistent ça et là dans le paysage peuvent remercier MM. Hollande et Ayrault pour leur politique d’austérité, leurs mensonges et trahisons diverses dans à peu près tous les domaines, leur mépris affiché, sous des airs bonasses, des classes populaires. Ils leur doivent leur défaite, acquise ou annoncée, et pour ceux qui sauvent quand même leur écharpe, un affaiblissement notable : mais après tout, même ceux-là n’ont que ce qu’ils méritent, puisqu’ils ont soutenu la politique des sus-nommés.
Défaite « au premier tour », dis-je : car nous savons d’expérience que le second corrige parfois la tendance première. Nous verrons.
Pour ma part, j’invite à la confirmer sans céder à tous les chantages que nous allons entendre s’exprimer d’ici dimanche prochain, à commencer par l’usage immodéré du croquemitaine FN.
Pas de rémission pour le PS ! Pas d’alliance avec lui ! Que chacun persiste dans son être : l’abstention pour les abstentionnistes et le vote à gauche (la vraie) partout où il reste possible.

Un article de Bernard Langlois sur le site Politis le 24 mars 2014.

Souveraineté et libre-échange

Dépassé dans les principaux scrutins de 2012, le front de gauche échoue face au front national. Pour Aurélien Bernier, auteur en cette année d’élections européennes et municipales de « La Gauche radicale et ses tabous » (Seuil), les défaites se succéderont tant que les revendications de souveraineté, de protectionnisme, de rupture avec l’Union européenne seront laissées à l’extrême droite.

La Décroissance : Dans votre ouvrage, vous montrez que l’abandon par la gauche de la revendication de la souveraineté a ouvert un boulevard au Front national. Pourtant cette souveraineté est-elle un gage suffisant pour une politique écologiste ? Les États-Unis ou le Japon maîtrisent leur monnaie et prennent des mesures protectionnistes pour favoriser leurs intérêts nationaux, mais ils visent tout autant que l’Union européenne la puissance et la croissance économique…

Aurélien Bernier : On pourrait ajouter les Britanniques, qui sont un peu dans le même cas puisqu’ils maîtrisent leur monnaie et que leur position par rapport à l’Europe évolue selon leurs intérêts. Le protectionnisme peut tout à fait être de droite et servir le capitalisme. Donc à la question « le protectionnisme est-il un gage suffisant pour mener une politique écologiste ? », la réponse est non. Il n’y a pas de solution magique à tous les problèmes, comme la sortie de l’euro. Mais il s’agit d’un préalable indispensable, parce que je pense que le libre-échange est le verrou politique qui empêche tout processus démocratique de transformation (même s’il existe d’autres verrous, comme le verrou culturel bien sûr).

C’est avec le libre-échange que le pouvoir a été transféré aux multinationales et que la terrible pratique du chantage aux délocalisations a été permise. La première fonction du libre-échange a été, au départ, de conquérir de nouveaux marchés et de s’approprier des matières premières à bas prix. Cet ordre commercial est né du productivisme, qui a changé de nature avec la mondialisation, avec la réorganisation de la production au niveau international : le libre-échange est devenu un moyen de contourner la souveraineté populaire et politique.
Les entreprises peuvent produire dans des pays à bas coûts, avec très peu de contraintes environnementales et sociales, et faire pression sur les pays où les réglementations sont plus contraignantes, pour les bloquer ou les raboter. Par exemple, quand Arcelor fait du chantage sur la réglementation environnementale de l’union européenne, en menaçant de fermer ses sites si on ne lui attribue pas assez de droits à polluer, il obtient satisfaction : les gouvernements donnent les droits à polluer qu’il réclame. Et ce n’est qu’un cas parmi d’autres. Le libre-échange permet ainsi un nivellement par le bas.
La menace des délocalisations est encore plus grave que le phénomène des délocalisations en tant que tel : elle empêche d’envisager des politiques sociales et environnementales trop contraignantes.

Si on imagine une gauche radicale et écologiste qui arrive au pouvoir, ce qui est sûr c’est qu’elle n’aurait aucun moyen de transformer le mode de production et de consommation sans rompre avec l’ordre commercial international, et avec l’ordre juridique et monétaire de l’Union européenne qui impose le productivisme et le libre-échange.

Extrait d’un article du journal La décroissance de février 2014.

Sortir de l’euro

Pour le chef de file de Debout la République, Nicolas Dupont-Aignant, l’absence de véritable confrontation entre représentants politiques sur le sujet (l’Euro) est aussi due au fait que l’euro est devenu un dogme, une croyance : on assimile l’euro à l’Europe et l’Europe à la paix. On est donc sommé d’y croire… Dupont-Aignan note d’ailleurs que l’argumentaire des proeuro a changé. Comme si la foi des fidèles commençait à s’éroder : Ce n’est plus « l’euro, çà marche », mais « si on en sort, c’est la catastrophe ». (…) Et va plus loin : les banques, elles aussi, ont intérêt à étouffer le sujet : « il ne faut pas sous-estimer leur poids dans cette histoire. D’ailleurs, beaucoup de gens dans les milieux d’affaires, au sein de l’oligarchie, beaucoup d’économistes sont pour la sortie de l’euro. Mais ils ne peuvent pas le dire publiquement, sinon les banques mettraient fin à leurs contrats. »
(…)
Du coté de la gauche de la gauche, on sait aussi enterrer discrètement les débats. A en croire Jacques Généreux, l’économiste en chef du parti de gauche, « les dirgeants comunistes n’ont pas voulu entendre parler de rupture avec l’euro. Ils ne voulaient pas fâcher les socialistes et perdre des postes en échange, confie-t-il à Marianne, c’est pourtant ce qu’on aurait dû mettre dans le programme du front de gauche. On aurait dû écrire noir sur blanc : si les négociations avec nos partenaires de l’union pour refonder le projet européen n’aboutissent pas, s’il n’est pas possible de redonner de l’autonomie à la banque de France sans sortir de l’euro, alors oui, in fine, nous n’hésiterons pas à sortir de l’euro. » Mais « Méluche » n’a jamais eu l’occasion de défendre ce que Généreux appelle « la stratégie du coup de force », ses propres alliés communistes ayant réussi à lui tordre le bras ! « C’était un défaut majeure de notre programme à la présidentielle », regrette Généreux.

Extraits d’un article de Gérald Andrieu dans Marianne du 31 janvier 2014.

Vers 2009, influencé par la lecture d’économistes « mainstream » comme Xavier Timbeau et Patrick Artus, j’admets que l’Allemagne est sur une trajectoire nationaliste et utilise l’euro pour détruire ses partenaires. Nous devons sortir de ce rapport monétaire sadomasochiste avec l’Allemagne.
(…)
Une sortie de l’euro provoquerait certes une désorganisation temporaire mais, surtout, des effets économiques bénéfiques et rapides, avec en prime une révolution sociale, le nettoyage d’élites mal formées, vieillissantes, archaïques, quelque chose de comparable à ce qui s’est passé en 1945.
(…)
Vu de Washington, de Tokyo ou de Berne, la zone euro est le trou noir de l’économie mondiale, l’un des deux grands facteurs dépressifs planétaires, l’autre étant l’excédent commercial chinois. Les Etat-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon font des politiques de relance monétaire et regardent d’un air navré l’euro, cette construction archaïque, qui interdit toute relance monétaire à la France.
(…)
Le verrouillage de la question monétaire par les oligarchies partisanes crée un sentiment d’impuissance. Le Front national, dont la fonction est en fait de sécuriser le système, souille toutes les solutions économiques raisonnables. Mais les élections européennes nous offrent un puissant moyen d’action. L’idéologie européiste a mis en place une institution bidon, le Parlement européen, feuille de vigne du pouvoir réel. Le Parlement se prétend incarnation de la démocratie au moment même où la machine européenne devient la domination implacable des petites nations du Sud par les nations plus puissantes situées au Nord. Les députés européens ne servent à rien, même s’ils sont eux-même très motivés pour être élus : une mandature de cinq ans çà ne rien faire, rémunérée 10000 € par mois (impôts déduits, primes intégrées) leur permettra d’acheter un appartement ou une maison de campagne. Les citoyens français peuvent refuser d’entrer dans ce jeu dégradant. S’abstenir, ce sera voter à la fois contre les partis européistes et contre le FN. Au-dessus d’un certain niveau, le taux d’abstention vaudra référendum. Le ridicule tuera l’idéologie.

Extraits d’un entretien d’Aude Lancelin, journaliste pour Marianne, avec Emmanuel Todd dans Marianne du 31 janvier 2014.

Les chantres de la monnaie unique (…) ont menti aux Européens : ni la croissance ni l’emploi n’ont été au rendez-vous, sauf en Europe rhénane. (…) une monnaie unique dans une zone où les économies ont des niveaux de productivité différents aboutit progressivement à la capture de la production de richesses par la zone la plus développée. (…) L’euro a ruiné l’Europe du Sud : elle est incapable de vivre avec une monnaie forte, son industrie ou son tourisme en pâtissent trop. La prétendue reprise espagnole s’effectue avec un jeune sur deux au chômage ! L’Italie et la France crèvent à feu continu d’une surévaluation de l’euro par rapport aux grandes monnaies du monde et ne peuvent plus compenser leur écart de productivité avec l’Europe rhénane par des dévaluations. Dans quelques années nous serons « à poil ». Et lorsque les citoyens comprendront que les élites européennes les ont ruinés avec l’euro au profit de l’Europe du Nord, ils se révolteront, mais il sera trop tard… (…) Combien de millions de chômeurs devrons-nous accepter avant qu’un politique n’ait enfin le courage de tuer cette funeste monnaie ?

Extraits d’un entretien d’Emmanuel Lévy, journaliste pour Marianne, avec Philippe Villin dans Marianne du 31 janvier 2014.

Quatre priorités pour EELV en 2014

Le Bureau Exécutif d’EELV a souhaité identifier 4 priorités d’action pour 2014. Cette « feuille de route » a été débattue, amendée et adoptée au Conseil Fédéral des 8 et 9 février.

La 1ère des priorités est la loi de transition énergétique. Nous attendons de cette loi qu’elle fixe les modalités concrètes de la nouvelle stratégie énergétique de la France passant par la réduction de la part du nucléaire de 75 % à 50 % en 2025, la fermeture définitive de Fessenheim avant 2017, la baisse de la consommation d’énergie de 50 % d’ici 2050 et la réduction d’au moins 80 % des émissions de gaz à effet de serre de la France en 2050 comparée à leur niveau de 1990. Cette loi, pour nous, doit être le point de passage vers un nouveau modèle de développement. Enjeu de formidables pressions de la part d’acteurs qui ne veulent évidemment pas voir leur rente de situation remise en cause, cette loi ne tombera pas du ciel. Rien n’est gagné, tout reste à faire.

La 2nde priorité est la réforme de la fiscalité, ou plutôt le début de la transition écologique de la fiscalité. Elle passe par la prise en compte dans le projet de loi de finances 2015 des premiers piliers vers plus de justice et d’écologie : fiscalité écologique, mise à contribution des flux financiers, meilleure progressivité de l’impôt doivent être au cœur de cette réforme. Bien entendu, nous voulons que la France agisse pour l’adoption avec d’autres Etats européens d’une taxe sur les transactions financières en Europe.

La 3ème priorité est la tenue d’une conférence dédiée à la santé environnementale afin de relancer le Plan National Santé Environnement. Elle devra permettre d’adopter des mesures fortes à mettre en œuvre immédiatement sur les perturbateurs endocriniens, les pesticides, l’agriculture biologique, la place de la voiture en ville, les ondes électro magnétiques… Face à la crise sanitaire actuelle, autre visage de la crise écologique, la mise en œuvre d’une véritable politique nationale de santé environnementale est une urgence.

Enfin, face à la crise de l’aspiration démocratique, le repli sur soi et la revitalisation des mouvements conservateurs et réactionnaires la 4ème priorité est la relance de la réforme institutionnelle autour de deux piliers :

  • favoriser la participation de tous à la vie politique grâce à l’adoption du droit de vote des résidents étrangers et l’instauration d’une dose significative de proportionnelle pour les scrutins nationaux de 2017,
  • rapprocher les centres de décisions des territoires par un véritable acte III de la décentralisation dès 2014 qui simplifiera le mille- feuille administratif et favorisera un redécoupage territorial plus cohérent et efficace de notre pays.

Ces quatre priorités vont donner lieu à un plan d’action et une stratégie de communication pour l’ensemble du mouvement. Nous travaillerons avec chacune des forces mobilisées dans la société sur ces sujets (ONG, syndicats, professionnels, entreprises, parents d’élèves, associations familiales, associations de consommateurs…). Il nous revient de susciter la dynamique nécessaire avec tous ceux qui veulent aller dans le même sens. Au travail.

Texte d’Eric Loiselet, membre du bureau d’EELV, dans la lettre d’information envoyées aux adhérents et sympathisants d’EELV.

C’est promis, à la fin de l’année, si rien n’a bougé, je ne serai plus « sympathisant EELV ».

Mandela : hommages de circonstances

La présence de représentants israéliens officiels aurait été une gifle au peuple sud-africain et à la mémoire de Madiba. Car l’état hébreu et son président actuel ont été de loin les alliés les plus fidèles du régime d’apartheid et ce, jusqu’à la dernière minute. Même quand la mojorité des pays occidentaux comprenait que les jours de l’apartheid étaient comptés et retournaient leur veste, Tel-Aviv continuait à soutenir Prétoria, ses services de sécurité à travailler main dans la main avec les tortionnaires d’Afrique du Sud, ses entreprises à contourner le boycott économique international, en particulier dans le domaine de l’armement, et son armée à maintenir des liens privilégiés avec les forces armées sud-africaines.
Récemment, la journaliste d’investigation israélienne Ilana Dayan consacrait son émission « Ouvda » à un producteur de cinéma, et accessoirement agent du Mossad, qui racontait comment il avait reçu des sommes colossales de la CIA pour organiser une campagne internationale de réhabilitation du régime d’apartheid et de mise en valeur de son rôle civilisateur en Afrique. L’alliance entre Israël et le régime d’apartheid ne répondait pas seulement à des intérêts mercantiles et à des besoins stratégiques : elle s’appuyait sur une idéologie commune et la perception d’être, l’un comme l’autre, un état civilisé et démocratique (sic) au coeur d’un environnement barbare qui menacerait le monde libre (re-sic).
Les porte-parole israéliens ont tenté de justifier le fait qu’ils se joignaient aux louanges de la communauté internationale pour celui qu’ils avaient considéré jusqu’au dernier moment comme un dangereux terroriste par le fait qu’il avait « prôné la non-violence » et fait marche arrière dans son opposition au régime sioniste et son soutien inconditionnel à la lutte de libération nationale du peuple palestinien. Double mensonge, car Mandela a non seulement défendu et mené la lutte armée contre l’État d’apartheid, mais expliqué que c’était le droit, voire le devoir, du peuple palestinien d’utiliser tous les moyens à sa disposition pour mettre fin au régime colonial israélien (…)

Extrait d’un article de Siné Mensuel de janvier 2014.

Faire avancer une écologie radicale et responsable

Si la première partie du quinquennat de François Hollande a déçu les Françaises et les Français, elle nous a aussi déçus, nous, écologistes. C’est pourquoi, il nous incombe encore plus qu’hier de parler haut et fort, de peser dans les institutions, de convaincre nos partenaires de la majorité de faire les bons choix.

Assumer de participer à une majorité gouvernementale, c’est aussi assumer de dire à cette majorité qu’elle doit engager une nouvelle étape, qu’elle doit prendre dès maintenant la voie d’une politique plus écologique et plus solidaire.

A l’aube d’une nouvelle année électorale et dans un monde en proie aux doutes, il est de notre responsabilité de donner à nos concitoyen-n-e-s une vision, un horizon désirable et de redonner confiance. Nous devrons faire la preuve que nous pouvons à la fois affronter les défis climatiques et développer l’emploi, que nous pouvons à la fois dénoncer le culte de la croissance et sortir de l’austérité budgétaire. Nous devrons mettre à l’agenda politique un programme de transition énergétique respectueux de nos ressources naturelles, créateur d’emploi, de solidarités, de progrès.

Rassemblons-nous autour de ce projet pour faire avancer une écologie radicale et responsable, une écologie des solutions, qui soit à l’œuvre au gouvernement comme dans la société. Je vous donne rendez-vous aux élections municipales et européennes de 2014 pour faire gagner l’écologie.

Extrait d’un courrier d’Emmanuelle Cosse, secrétaire nationale d’Europe Écologie Les Verts, envoyé aux adhérents et sympathisants en décembre 2013.

Après le « changement de cap » demandé en mai 2013 par Pascal Durand, ancien secrétaire national Europe Ecologie – Les Verts, E.E.L.V veut parler haut et fort, et faire avancer une écologie radicale ! On y croit, on y croit…

Ces salariés qui coûtent trop cher…

Selon le document « Approche de la compétitivité française » (cosigné en juin 2011 par le MEDEF, l’UPA, la CGPME, la CFDT, la CFTC et la CGC), notre pays est en troisième place sur le podium des dividendes versés aux détenteurs du capital des entreprises.
En trente ans, la rémunération des actionnaires a été multipliée par cinq.
Il y a trente ans, pour 100 euros de salaires, les entreprises versaient 7 euros de dividendes, aujourd’hui elles en versent 34, soit cinq fois plus.
Il y a trente ans, pour 100 euros de valeur ajoutée, les entreprises versaient 5 euros de dividendes, aujourd’hui elles versent 23 euros, soit cinq fois plus.
Tout va super bien pour les riches en France en 2013 : ils ne sont pas près de s’en aller, ils sont plus nombreux que jamais… Ils affluent : la France est le troisième pays importateur de capitaux. Pendant que nos salaires de base sont bloqués, la France s’est hissée au troisième rang mondial pour le nombre de milliardaires par tranche de 10 millions d’habitant (7,6), derrière le Luxembourg (24,2) et Hong Kong (10,5).
La France totalise même 287 000 nouveaux millionnaires de plus en dollars entre 2012 et 2013, en un an de gauche, passant ainsi de 1,92 à 2,21 millions de millionnaires, toujours selon le rapport mondial « Wealth Report 2013 » de la banque Crédit suisse, publié le 9 octobre 2013.

Extrait d’un article de Gérard Filoche dans Siné Mensuel de janvier 2014

Évolution de l’écologie politique au cours des 40 dernières années

À ses début, l’écologie politique n’hésitait pas à tenir un discours que les conseillers en communication actuels jugeraient « négatif », face à la destruction de la planète et de l’homme par la quête de croissance infinie.
Lorsqu’en 1974 René Dumont déboule aux élections présidentielles, son message frappe : « si nous maintenons le taux d’expansion actuelle de la population et de la production industrielle jusqu’au siècle prochain, ce dernier ne se terminera pas sans l’effondrement total de notre civilisation », alerte-t-il en s’appuyant sur le rapport du club de Rome. Raréfaction des ressources naturelles, du pétrole, des minerais, destruction de la biodiversité, pollution de l’air, de l’eau, des sols, bouleversement climatique, pillage du tiers monde : l’agronome détaille la catastrophe sans esquiver, sans chercher à caresser dans le sens du poil le spectateur habitué à des élans enjoués sur le thème des lendemains qui chantent. Non, lui appelle à « une mobilisation générale de survie ». C’est « l’écologie ou la mort ». Il parle d’en finir avec la croissance sans limites, avec le « cancer de l’automobile », la « folie nucléaire », la « surconsommation des pays riches », l’urbanisation délirante. Il invite à reconvertir la production, à redistribuer les richesses, à nous auto-limiter. Ses propositions subversives ne font pas dans le consensus ouaté : suppression de la publicité, taxation massive des consommations somptuaires, de l’automobile, suppression de places de stationnement…
Imaginons l’un des candidats aux présidentielles de 2012 déclarer : « il faut élever le coût d’utilisation de la voiture privée à un niveau tel qu’on ait un gros avantage pécuniaire à prendre le train, même s’il s’agit de 4 ou 5 personnes : une sortie en voiture doit devenir un grand luxe. »
(…)
Comme l’explique René Dumont à la gauche keynésienne : « le programme commun propose une hausse généralisée du niveau de vie, oubliant que ce niveau de vie résulte en partie du pillage du tiers-monde, du sous-paiement de ses ressources rares. »
(…)
lors de leur assemblée générale fondatrice de 1984, les Verts fustigeaient une gauche qui « n’a pas d’autre projet que de gérer le capitalisme ». Les textes d’orientation du nouveau parti brillaient par leur intransigeance : « Les modèles de société que nous offrent tant l’Est que l’Ouest, tant la droite que la gauche, sont fondés sur le même postulat du développement ininterrompu des forces productives »
(…)
les Verts puis Europe Écologie ont définitivement opté pour une ligne « libérale-libertaire » revendiquée par Lalonde dès 1981, mais aussi Daniel Cohn-Bendit ou Noël Mamère. Et qui s’exprime si bien dans leur soutien sans faille à la construction ultralibérale d’une Union-européenne-marché-sans-entraves et dans leur volonté d’en finir avec toute souveraineté nationale. Bien loin de la remise en cause fondamentale de la société de consommation et des appels à l’austérité, ils ne se contentent plus que de timides aménagements du capitalisme, d’un effacement de l’écologie dans l’économie triomphante et d’un réformisme propre sur lui qui ne heurte personne.

Extrait d’un long article de Pierre Thiesset dans le journal La décroissance de novembre 2013.
Ce long article décrit l’évolution de l’écologie politique et de son discours depuis les années 70 jusqu’à aujourd’hui.