Ces salariés qui coûtent trop cher…

Selon le document « Approche de la compétitivité française » (cosigné en juin 2011 par le MEDEF, l’UPA, la CGPME, la CFDT, la CFTC et la CGC), notre pays est en troisième place sur le podium des dividendes versés aux détenteurs du capital des entreprises.
En trente ans, la rémunération des actionnaires a été multipliée par cinq.
Il y a trente ans, pour 100 euros de salaires, les entreprises versaient 7 euros de dividendes, aujourd’hui elles en versent 34, soit cinq fois plus.
Il y a trente ans, pour 100 euros de valeur ajoutée, les entreprises versaient 5 euros de dividendes, aujourd’hui elles versent 23 euros, soit cinq fois plus.
Tout va super bien pour les riches en France en 2013 : ils ne sont pas près de s’en aller, ils sont plus nombreux que jamais… Ils affluent : la France est le troisième pays importateur de capitaux. Pendant que nos salaires de base sont bloqués, la France s’est hissée au troisième rang mondial pour le nombre de milliardaires par tranche de 10 millions d’habitant (7,6), derrière le Luxembourg (24,2) et Hong Kong (10,5).
La France totalise même 287 000 nouveaux millionnaires de plus en dollars entre 2012 et 2013, en un an de gauche, passant ainsi de 1,92 à 2,21 millions de millionnaires, toujours selon le rapport mondial « Wealth Report 2013 » de la banque Crédit suisse, publié le 9 octobre 2013.

Extrait d’un article de Gérard Filoche dans Siné Mensuel de janvier 2014

Évolution de l’écologie politique au cours des 40 dernières années

À ses début, l’écologie politique n’hésitait pas à tenir un discours que les conseillers en communication actuels jugeraient « négatif », face à la destruction de la planète et de l’homme par la quête de croissance infinie.
Lorsqu’en 1974 René Dumont déboule aux élections présidentielles, son message frappe : « si nous maintenons le taux d’expansion actuelle de la population et de la production industrielle jusqu’au siècle prochain, ce dernier ne se terminera pas sans l’effondrement total de notre civilisation », alerte-t-il en s’appuyant sur le rapport du club de Rome. Raréfaction des ressources naturelles, du pétrole, des minerais, destruction de la biodiversité, pollution de l’air, de l’eau, des sols, bouleversement climatique, pillage du tiers monde : l’agronome détaille la catastrophe sans esquiver, sans chercher à caresser dans le sens du poil le spectateur habitué à des élans enjoués sur le thème des lendemains qui chantent. Non, lui appelle à « une mobilisation générale de survie ». C’est « l’écologie ou la mort ». Il parle d’en finir avec la croissance sans limites, avec le « cancer de l’automobile », la « folie nucléaire », la « surconsommation des pays riches », l’urbanisation délirante. Il invite à reconvertir la production, à redistribuer les richesses, à nous auto-limiter. Ses propositions subversives ne font pas dans le consensus ouaté : suppression de la publicité, taxation massive des consommations somptuaires, de l’automobile, suppression de places de stationnement…
Imaginons l’un des candidats aux présidentielles de 2012 déclarer : « il faut élever le coût d’utilisation de la voiture privée à un niveau tel qu’on ait un gros avantage pécuniaire à prendre le train, même s’il s’agit de 4 ou 5 personnes : une sortie en voiture doit devenir un grand luxe. »
(…)
Comme l’explique René Dumont à la gauche keynésienne : « le programme commun propose une hausse généralisée du niveau de vie, oubliant que ce niveau de vie résulte en partie du pillage du tiers-monde, du sous-paiement de ses ressources rares. »
(…)
lors de leur assemblée générale fondatrice de 1984, les Verts fustigeaient une gauche qui « n’a pas d’autre projet que de gérer le capitalisme ». Les textes d’orientation du nouveau parti brillaient par leur intransigeance : « Les modèles de société que nous offrent tant l’Est que l’Ouest, tant la droite que la gauche, sont fondés sur le même postulat du développement ininterrompu des forces productives »
(…)
les Verts puis Europe Écologie ont définitivement opté pour une ligne « libérale-libertaire » revendiquée par Lalonde dès 1981, mais aussi Daniel Cohn-Bendit ou Noël Mamère. Et qui s’exprime si bien dans leur soutien sans faille à la construction ultralibérale d’une Union-européenne-marché-sans-entraves et dans leur volonté d’en finir avec toute souveraineté nationale. Bien loin de la remise en cause fondamentale de la société de consommation et des appels à l’austérité, ils ne se contentent plus que de timides aménagements du capitalisme, d’un effacement de l’écologie dans l’économie triomphante et d’un réformisme propre sur lui qui ne heurte personne.

Extrait d’un long article de Pierre Thiesset dans le journal La décroissance de novembre 2013.
Ce long article décrit l’évolution de l’écologie politique et de son discours depuis les années 70 jusqu’à aujourd’hui.

Les Français payeront l’addition pour les camions

Les routes ne sont pas gratuites. Elles sont payées par les Français et usées par les camions. En outre le « tout camion » pollue et réchauffe le climat. Cette taxe, juste écologiquement et socialement, si elle n’entre pas en vigueur va entrainer une augmentation des impôts locaux pour payer l’entretien des routes passées sous l’autorité des collectivités locales. Elle est aussi un signal pour les poids lourds de toute l’Europe : venez traverser la France, c’est pas cher pour vous !

Le cadeau fiscal ne résoudra rien et enfonce le pays dans la crise.

Le cadeau fiscal coûtera plus d’un milliard par an à l’Etat, en manque à gagner, 800 millions de plus si le contrat avec le prestataire est rompu. Par ailleurs, la crise profonde que traversent certains secteurs agricoles ne saurait trouver de solution si nous sommes incapables de favoriser une production (notamment agricole) de proximité, faiblement émettrice de gaz à effets de serre et de pollutions atmosphériques.
Le moins disant environnemental et social, payant le plus mal ses salariés et polluant le plus, continue d’être l’alpha et l’oméga d’un dogme productiviste qui saigne nos territoires et notre économie. Tant pis pour les conséquences tant que le prix est le plus bas possible et qu’on ne paye pas pour son outil de travail (la route)…

Nous n’aurons pas les moyens de la transition écologique

Pour mémoire, rappelons que le gouvernement avait promis que la baisse du budget du ministère de l’écologie de 7% serait compensée par la TKPL. Sans elle qui le financera ?…
On ne peut continuer à faire comme avant en espérant que ça change. La transition écologique nécessite des investissements et il nous semble naturel que ceux qui sont les principaux responsables de la crise écologique soient aussi ceux qui financent prioritairement la sortie de crise au profit de tous ceux (dont de nombreuses entreprises, exploitants agricoles…) qui essayent de construire la France de demain. A moins de remettre en cause le principe pollueur-payeur et d’assumer un état de fait : aujourd’hui c’est pollué-payeur !

Extrait de la newsletter d’octobre 2013 de l’association France Nature Environnement.

La France championne du cumul des mandats

La limitation du cumul des mandats, c’est l’engagement 48 de François Hollande sur le renforcement des pouvoirs du Parlement. (…) Le non-cumul des mandats est un des éléments clé pour refonder le lien à la politique et restaurer la confiance avec les citoyens.
Aujourd’hui, 58 % des députés et 59 % des sénateurs détiennent en plus de leur mandat de parlementaire une fonction exécutive locale de direction d’une collectivité territoriale ou d’un EPCI ; 468 députés et 264 sénateurs cumulent plusieurs mandats ; 8 députés sur 10 détiennent plus d’un mandat, contre une moyenne de 20 % dans le reste de l’Europe. Pour le dire autrement, seuls 105 députés et 84 sénateurs se consacrent entièrement à l’exercice de leur mandat parlementaire.
La proportion du cumul de fonctions locales avec celle de parlementaire européen est moins répandue, mais atteint la proportion de 48,6 %, soit deux fois plus que les Allemands, et quatre fois plus que les Italiens. Les chiffres du cumul dans les autres grandes démocraties européennes méritent d’être évoquées : 24 % seulement en Allemagne, 20 % en Espagne, 7 % en Italie, 3 % au Royaume-Uni.

Extrait d’une intervention du député Sergio Coronado au parlement en juillet 2013.

Comment refouler l’ordre marchand ? Avec de l’audace !

Les néolibéraux ont si bien enraciné l’idée qu’il n’y avait pas d’alternative qu’ils en ont persuadé leurs adversaires, au point que ceux-ci en oublient parfois leurs propres propositions…
Rappelons-en quelques-unes en conservant à l’esprit que plus elles semblent ambitieuses aujourd’hui, plus il importe de les acclimater sans tarder. Et sans jamais oublier que leur rudesse éventuelle doit être rapportée à la violence de l’ordre social qu’elles veulent défaire.
Cet ordre, comment le contenir, puis le refouler ? L’extension de la part du secteur non marchand, celle de la gratuité aussi, répondrait d’un coup à ce double objectif.
(…)
Il conviendrait peut-être de définir démocratiquement quelques besoins élémentaires (logement, nourriture, culture, communications, transports), de les faire financer par la collectivité et d’en offrir à tous la satisfaction. Voire, comme le recommande le sociologue Alain Accardo, d’étendre rapidement et continûment le service public jusqu’à la prise en charge gratuite de tous les besoins fondamentaux à mesure de leur évolution historique, ce qui n’est économiquement concevable que moyennant la restitution à la collectivité de toutes les ressources et toutes les richesses servant au travail social et produites par les efforts de tous. Ainsi, plutôt que de solvabiliser la demande en augmentant fortement les salaires, il s’agirait de socialiser l’offre et de garantir à chacun de nouvelles prestations en nature.
(…)
Un tel programme comporterait un triple avantage. Politique : bien que susceptible de réunir une très large coalition sociale, il est irrécupérable par les libéraux ou par l’extême droite. Ecologique : il évite une relance keynésienne qui, en prolongeant le modèle existant, reviendrait à ce qu’une somme d’argent soit injectée dans les comptes en banque pour être redirigée vers la consommation marchande par la police publicitaire (Le plan B n°22, Paris, février-mars 2010). Il privilégie aussi des besoins qui ne seront pas satisfaits par la production d’objets inutiles dans les pays à bas salaires, suivie de leur transport en conteneurs d’un bout à l’autre de la terre. Un avantage démocratique enfin : la définition des priorités collectives (ce qui deviendra gratuit, ce qui ne le sera pas) ne serait plus réservée à des élus, à des actionnaires ou à des mandarins intellectuels issus des mêmes milieux sociaux.
(…)
Le garrot imposé à la collectivité se desserrera d’autant plus vite que celle-ci recouvrera les recerttes fiscales que trente ans de néolibéralisme ont dilapidées. Pas seulement lorsqu’on a remis en cause la progressivité de l’impôt et s’est accomodé de l’extension de la fraude, mais quand on a créé un système tentaculaire dans lequel la moitié du commerce international de biens et de services transite par des paradis fiscaux . Leurs bénéficiaires ne se résument pas à des oligarques russes ou à un ancien ministre français du budget : ils comptent surtout des entreprises aussi dorlotées par l’État (et aussi influentes dans les médias) que Total, Apple, Google, Citigroup ou BNP Paribas.

Quelques extraits d’un long article de Serge Halimi dans Le Monde Diplomatique de septembre 2013.

EELV demande un changement de cap

En demandant au gouvernement un « changement de cap » et en proposant d’autres politiques publiques, le Conseil fédéral d’EELV a pris ses responsabilités. En se prononçant de manière quasi-unanime, en sachant rechercher le bon équilibre au nom de l’intérêt général de notre mouvement, il y a ajouté la manière.

Après une première année d’exercice du pouvoir, le constat ne souffre plus guère d’ambiguïté : la politique actuellement mise en oeuvre est beaucoup trop tournée vers des vieilles recettes pour pouvoir sortir notre pays – et l’Europe – des crises qu’il traverse. L’absence d’une analyse pertinente sur le caractère systémique des difficultés et l’incapacité à s’exonérer d’une lecture productiviste, financière et « croissantiste » du monde expliquent l’insuffisance, voire l’inutilité des réponses proposées. Membres actifs de la majorité parlementaire, présents au gouvernement, soucieux d’oeuvrer à une véritable transition, les écologistes n’entendent ni se taire ni se soumettre à des choix qu’ils n’approuvent pas.

Nous n’ignorions rien, en décidant il y a un an d’entrer au gouvernement, du poids des contraintes et du temps nécessaire à mettre en œuvre le changement. Nous avons collectivement considéré que la situation de notre pays. L’urgence, la gravité et l’approfondissement des fractures et leur risque d’irréversibilité, la radicalisation des crises exigeaient de nous de prendre nos responsabilités et notre part à l’action commune. Quelles que soient les difficultés, les conservatismes à affronter, il valait mieux être acteurs que simples spectateurs – au mieux commentateurs avisés – d’une politique conduite par d’autres.

Aucune poussée d’urticaire ni panique passagère, donc, dans la motion adoptée ce samedi. Mais, précisément parce que nous sommes pleinement engagés dans la majorité, parce que nous souhaitons sa réussite et refusons de spéculer sur son échec, le rappel, clair, que le changement n’aura pas lieu sans ambition, sans imagination, sans volonté, sans un nouveau cap. C’est parce que nous sommes soucieux d’initier ces transitions que nous formulons des propositions positives pour réorienter concrètement l’action du gouvernement en France et en Europe. Nous les ferons vivre, sans ultimatum, sans arrogance, au sein de la majorité comme dans le débat public.

Par le travail de nos groupes au Parlement, nous joindrons les actes à la parole. C’est ainsi que les écologistes seront entendus : cohérents et rassemblés. Et c’est ainsi, aussi, que nous continuerons d’être utiles : en participant au gouvernement et à la majorité parlementaire, mais également en continuant nos échanges et notre travail avec la société, en étant présents sur les mobilisations, en nous saisissant de tous les espaces démocratiques pour y porter les analyses et les solutions écologistes. Avec exigence et détermination.

Lettre de Pascal Durand, secrétaire national Europe Ecologie – Les Verts envoyée le 29 mai 2013 aux adhérents et sympathisants d’EELV.

Une lettre qui résume assez bien, d’après moi, l’impasse dans laquelle nous mène le parti socialiste.

Dette, protectionisme, lutte des classes, la bataille des idées.

Dans l’aquoibonisme ambiant, je tenais à rappeler çà : qu’on avance. Qu’on a déjà avancé. Jamais aussi vite qu’on le voudrait, évidemment. Mais que de chemin parcouru, en une poignée d’années ! Et je tenais à le rappeler maintenant. Pourquoi maintenant ?

Parce que nous ne sommes pas, pas encore, au cœur de la tempête. Nous vivons comme un palier dans la crise, un temps suspendu. Des choses bougent, dans les têtes, dans les urnes, mais sans fracas pour l’instant, comme en souterrain.

Profitons-en. Que nos armes soient affûtées pour les prochaines secousses. Que nous ne rations pas le coche, cette fois. Car que s’est-il produit, en 2008, après la chute de Lehman Brothers ? Nos adversaires eux-mêmes, les libéraux, déclaraient leur système coupable, pourri, pervers, et promettaient qu’ils ne recommenceraient plus. Ils ont recommencé. Cinq ans plus tard, tel un phénix renaissant de ses cendres, leur système coupable, pourri, pervers, est à nouveau debout. Mais la faute à qui ? Parce qu’ils étaient trop forts ou parce que nous étions trop faibles ? Un boulevard était ouvert, mais nos idées n’étaient pas mûres, et sans force politique pour les porter, et nous avons défilé, par trois fois, par millions, au printemps 2009, avec ce slogan creux, insignifiant : Nous ne paierons pas leur crise.

C’est la mère des batailles, les idées. Si on la perd, ou qu’on ne la mène pas, si les esprits ne sont pas conquis et prêts à conquérir, difficile, derrière, de se lancer dans les luttes sociales, dans l’affrontement électoral – ou alors sur des bases fragiles, étriquées.

Extrait d’un dossier « La bataille des idées » signé François Ruffin dans le journal Fakir n°62 de septembre 2013.

Silence médiatique sur un rapport de l’OCDE

Le 16 juillet dernier, l’OCDE a publié ses « Perspectives de l’Emploi 2013 ».
Où l’on découvre que la rigidité ou la flexibilité des législations du travail au sein de ses États membres n’a absolument aucune corrélation avec leur niveau de chômage. (…)

L’OCDE s’est livrée à une analyse des taux de chômage de ses différents membres (total, longue durée, jeunes, senior, etc), mais aussi des différentes protections de l’emploi dans ses États membres.(…)

Sur les 5 pays au taux chômage le plus bas dans l’OCDE, l’Autriche (4,35% de chômage) est plus protectrice que la moyenne OCDE sur les 4 critères; la Norvège (3,2%) est plus protectrice que la moyenne OCDE sur 3 des 4 critères; et la Corée du Sud (3,2%) est plus protectrice que la moyenne OCDE sur 2 des 4 critères (sur les licenciements individuels et le travail temporaire). Seuls la Suisse (4,2%) et le Japon (4,35%) sont plus souples que la moyenne.

La Norvège, qui est en situation de plein-emploi, a l’un des niveaux les plus élevés de réglementation contre le travail temporaire (après la France, le Luxembourg et la Turquie).
L’Allemagne figure parmi les pays les plus protecteurs de l’emploi (*); elle est même plus protectrice que la France contre les licenciements collectifs ou individuels ! Le tout avec un taux de chômage plus bas (5,5% contre 10,3%) !

En matière de protection des travailleurs contre les licenciements individuels ou collectifs, les pays les plus « flexibles » sont anglo-saxons, avec pourtant des résultats en matière de chômage à peine meilleurs que la moyenne (8% en 2012) ! Nouvelle Zélande (chômage à 6,9%); Etats-Unis (chômage à 8,1%); Canada (chômage à 7,2%); Royaume Uni (chômage à 7,9%).

Extraits d’un billet du blog sarkofrance publié le 16 août 2013.
L’auteur du blog parle d’un silence au sujet de ce rapport. Personnellement, j’écoute beaucoup la radio et je n’ai pas entendu parler une seule fois de ce rapport.

La pensée unique vue par Emmanuel Todd

Il n’y a rien dans la pensée unique, qui est en réalité une non-pensée, ou une pensée zéro. Cette pensée zéro se contente de hurler l’inévitabilité de ce qui est ou de ce qui advient. Aux États-Unis, elle clame l’inévitabilité de l’ultra-libéralisme. En France, celle de la monnaie unique et du libre-échange. (…) Le trait central et unificateur de la pensée zéro est une glorification de l’impuissance, une célébration active de la passivité que l’on doit bien désigner par un terme spécifique : le passivisme. (…) Même la monnaie unique, à l’origine projet positif quoique mal pensé, n’apparaît plus à la veille de sa réalisation que comme un « machin qui arrive », qu’on ne peut empêcher, qu’on accepte sans même croire au moindre de ses avantages économiques. On s’y soumet désormais, comme au libre échange, par passivisme.(…)

Les bonnes intentions d’une classe fortement éduquée s’investissent dans la défense des valeurs morales, dans l’hostilité à la peine de mort, dans le refus du racisme, et dans un attachement sans faille à la liberté d’expression. Ses bons revenus et sa bonne intertion sur le marché du travail s’expriment par le passivisme : acceptation du libre-échange et de la politique du franc fort, indifférence ou ou tolérance aux souffrances des milieux populaires.

Extraits d’un entretien entre François Ruffin et Emmanuel Todd paru dans le journal Fakir n°61.

Au cours de cet entretien, Emmanuel Todd explique, entre autres choses, pourquoi la sortie de l’Euro et une remise en cause du libre-échange sont incontournables et pourquoi le passivisme a colonisé les esprits d’une majorité de nos concitoyens. Un long entretien (quatre pages) riche et instructif.