Liberté de la presse

La France a voté à différents moments de son histoire des lois pour garantir la liberté de la presse vis-a-vis des pouvoirs politique et économique.
Problème : cet arsenal législatif n’a jamais été vraiment appliqué pour la protéger des appétits de la finance.

[…]

D’abord, les « lois scélérates » de 1895-1894, votées en période d’attentats anarchistes, restreignent sérieusement la liberté de ceux qui professent des opinions d’extrême gauche. Ensuite, évidemment, la Première Guerre mondiale donne au gouvernement l’occasion de s’asseoir pendant quatre ans sur la liberté de la presse. Mais, surtout, c’est une autre forme de censure qui se
développe, une sorte de censure privatisée : celle exercée par des patrons de presse de plus en plus puissants, dirigeant leurs journaux comme des entreprises capitalistes.

[…]

Dans l’entre-deux-guerres, la presse française accélère sa financiarisation : le maître de forges et parlementaire François de Wendel devient actionnaire de plusieurs titres prestigieux comme
Le journal des débats et Le Temps. Parfumeur millionnaire, également engagé en politique, François Coty rachète Le Figaro en 1922 et en fait un journal encore plus à droite qu’il ne l’était
jusque-là. Enfin,Jean Prouvost, grand patron de l’industrie textile du Nord, s’emploie à bâtir un empire de presse […]

Par ailleurs, les éditions Hachette disposent d’un quasi-monopole dans la distribution des journaux. À gauche, on dénonce cette collusion du monde de la presse et du monde de l’argent qui, de toute évidence, permet de diffuser essentiellement des idées de droite. Il faut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que soient prises des mesures garantissant la liberté de la presse vis-à-vis des « puissances d’argent ». En 1944, trois ordonnances du Gouvernement provisoire de la République visent ainsi à assurer l’indépendance de l’information par la rupture de la presse avec les milieux financiers en interdisant par exemple à la même personne de posséder plusieurs quotidiens et à un directeur de publication de tirer l’essentiel de ses revenus d’une activité industrielle ou commerciale.

Dans Combat, journal issu de la Résistance, Camus explique qu’il s’agit là d’un impératif politique après quatre années qui ont vu la presse vénale se jeter dans les bras de l’occupant par « appétit de l’argent ». Trois ans plus tard, l’Assemblée nationale vote la loi Bichet, qui vise clairement Hachette, en ce sens qu’elle entend mettre fin à la situation hégémonique dont jouit cette entreprise en termes de distribution des journaux, comme le souligne son premier article : « La diffusion de la presse imprimée est libre ». La loi Bichet est fondée sur la solidarité entre les éditeurs, qui se regroupent librement dans des coopératives de presse, elles-mêmes chargées d’une diffusion équitable dans les kiosques. Elle défend ainsi le pluralisme de l’information contre la tentation monopolistique de certains groupes. Il n’est donc pas surprenant que le président Macron envisage depuis quelque temps d’abroger cette loi de liberté, au nom du libéralisme économique.

D’ailleurs, le libéralisme économique n’est-il pas le pire ennemi de la liberté de la presse ? Très vite après la publication des ordonnances de 1944, les grandes féodalités financières ont repris leurs droits : dès 1947, le journal de Camus, Combat, est racheté pour moitié par un homme d’affaires, Henri Smadja. Plusieurs grands groupes de presse, démantelés après la guerre, comme Prouvost, se reconstituent rapidement. En somme, ces ordonnances n’ont jamais été effectivement appliquées, comme le montre l’exemple de Robert Hersant : condamné à la Libération pour faits de collaboration,
il parvient en quelques décennies à fonder un gigantesque empire de presse […]

Et la loi dite « anti-Hersant », préparée par le gouvernement socialiste en 1984, qui devait limiter les concentrations financières dans la presse, ne fut pas davantage appliquée.

Extraits d’un article de Stéphane Mazurier, historien, dans Siné mensuel de septembre 2018.
Sur le même sujet : l’indépendance des médias.

L’éditocratie se mobilise

En avril-mai dernier, la mobilisation contre la réforme des universités et le système Parcoursup s’est amplifiée de manière spectaculaire avec l’occupation de nombreuses facultés. Contre ce mouvement d’une ampleur sans précédent ces dix dernières années, la fine fleur de l’éditocratie n’a pas manqué de se mobiliser. Pour les tauliers des médias, les étudiants seraient en réalité instrumentalisés par une « minorité agissante » issue de l’ « ultragauche ». Et bien évidemment, ils se mobiliseraient pour de mauvaises raisons, voire sans raison du tout. Retour sur les plus belles manifestations de morgue et de mépris médiatiques à l’égard des mobilisations étudiantes.

Difficile d’échapper à cette interview de Georges Haddad, président de l’université Paris-I, dont les propos ont fait les titres de nombreux articles de presse, et ont été repris dans les journaux télévisés des grandes chaînes et sur les chaînes d’info en continu. Face à un Jean-Pierre Elkabbach visiblement terrifié par l’occupation de Tolbiac, Haddad évoque, sur le ton d’un reportage de Bernard de La Villardière, « la violence, la drogue, le sexe » qui régneraient dans la fac occupée.

Le caractère alarmiste et outrancier de l’entretien prête évidemment à sourire. Il a d’ailleurs été tourné en dérision par les occupants de Tolbiac dans une vidéo pastiche de reportage sur l’occupation de la fac. Cet entretien témoigne néanmoins de la tonalité des commentaires des tauliers des grands médias à l’égard des mobilisations étudiantes.

[…]

Mais d’où vient ce chiffre de 800 à 1200 membres de « l’ultra-gauche » qui noyauteraient les mobilisations étudiantes ? Une simple recherche en ligne nous conduit à deux articles, du Figaro (14 avril) et du JDD (16 avril), qui évoquent tous deux ces chiffres issus… d’une note des Renseignements territoriaux (ex-Renseignements généraux). Quelle source plus fiable que la police pour se renseigner sur les méfaits de « l’ultragauche » – comme l’a récemment démontré le fiasco du procès de Tarnac ?
Le JDD, en pointe en matière de journalisme de préfecture, reprend à son compte la note des Renseignements territoriaux pour qui « il n’y a guère de doute, l’ultragauche est à la manœuvre dans onze
de la quinzaine d’universités occupées, fer de lance de la contestation contre la réforme de l’accès à l’enseignement supérieur ».

[…]

L’indigence journalistique de ces « analyses » est sidérante. De journalisme et d’analyse il n’est d’ailleurs pas vraiment question, puisque aucune de ces sommités médiatiques ne fonde ses propos sur un quelconque travail d’enquête qui les aurait menés à quelques stations de métro de leurs studios, rencontrer des étudiants ou des enseignants qui auraient pu leur exposer leur point de vue et leurs raisons de rejeter la réforme. Étudiants et enseignants mobilisés sont d’ailleurs systématiquement absents des plateaux télévisés où les éditocrates devisent gaiement de l’irresponsabilité des mobilisations universitaires.

Extraits d’un article de Médiacritique(s), magazine trimestriel d’Acrimed de juillet-septembre 2018.

L’exemple allemand

Puis un reportage enthousiaste est dédié à l’exemple allemand de privatisation des petites lignes.

Le journaliste évoque des trains « spacieux, modernes », une clientèle « soignée » par des sociétés privées qui reprennent même l’exploitation des lignes non rentables (par altruisme, on imagine). Les témoignages des passagers interrogés sont unanimes, et livrent un bel échantillon de pédagogie libérale : « quand il y a de la compétition, ça marche mieux parce que chacun fait plus d’effort ! » explique une première dame. Un second passager : « et comme ça les prix restent abordables car quand il y a un seul opérateur, il peut fixer les prix comme il l’entend ». Le journaliste témoigne : « les prix restent raisonnables, le service ne change pas ». En ce qui concerne les cheminots, explique la voix-off, c’est également le cas. Le conducteur interrogé est catégorique « il y a jamais eu de problème […] en général les conditions de travail dans le privé ne sont pas moins bonnes ».

Mais, s’émeut le journaliste – car il y a un mais – « l’Allemagne est loin d’avoir libéralisé totalement ses chemins de fer, sur les grandes lignes la Deutsche Bahn est toujours en situation de quasi-monopole ». Et d’interroger le patron d’un opérateur privé qui s’en indigne. On apprend tout de même, à la fin du reportage, que l’Etat allemand verse tous les ans 8 milliards d’euros aux régions pour subventionner les opérateurs privés, sans quoi ces derniers ne pourraient pas être rentables.

Le « modèle allemand » de privatisation du rail a décidément du succès auprès des journalistes de télévision. Le JT de TF1 du 19 février lui dédie également un reportage. Cette fois-ci, c’est la dimension comptable qui l’emporte. « La Deutsche Bahn a renoué avec les bénéfices » annonce Gilles Bouleau non sans admiration. De manière fort originale, le reportage se déroule… dans un train. On y vante les mérites de l’ICE [7], « un train rapide sur une ligne entièrement nouvelle ». Rien de bien nouveau sous le soleil pourtant, puisque l’ICE allemand n’est autre que l’homologue du TGV français… Mais l’information la plus importante, ce sont les résultats de la Deutsche Bahn, et ses bénéfices quatre fois supérieurs à la SNCF, « le résultat d’une profonde mutation ».

Le porte-parole de la compagnie confirme, enthousiaste : « Notre objectif est de faire du profit […] nous devons gagner de l’argent avec nos activités commerciales ». Cependant – à la différence du reportage de France 2 – le syndicaliste interrogé évoque des conditions de travail plus difficiles pour les cheminots. Enfin, apprend-on en fin de reportage, la Deutsche Bahn demeure en dessous de la SNCF pour ce qui est du nombre de passagers. En d’autres termes, la SNCF transporte plus de personnes pour moins de profit. La différence entre une logique privée et (ce qu’il reste d’) une logique de service public peut-être ?

Extrait d’un article de Frédéric Lemaire et Pauline Perrenot sur le site d’Acrimed sur la réforme de la SNCF.

Le pouvoir des médias

[…] la plupart des grands médias et des producteurs d’information (pris collectivement) se trouvent dans des situations d’interdépendance étroite à l’égard des pouvoirs politique et économique vis-à-vis desquels ils ne sont donc pas en position de jouer le moindre rôle de contre-pouvoir :

  • À la fois associés et rivaux des responsables politiques pour la définition et le cadrage légitime du débat public, les éditocrates les plus en vue, adeptes d’un journalisme de commentaire et de prescription, apparaissent comme de véritables acteurs de la vie politique ; comme tels, ils ne sauraient prétendre à incarner le rôle d’arbitres impartiaux du débat public.
  • Alors que l’élite des grandes rédactions fraye avec bonheur jusqu’à se confondre avec les élites politiques et économiques, et alors que la profession recrute presque exclusivement parmi les classes moyennes et supérieures, le choix et la mise en perspective des informations produites dans les médias dominants reflètent inévitablement des visions du monde et des préoccupations socialement très situées.
  • La structure capitalistique de la plupart des médias les place dans une situation de dépendance économique et donc éditoriale vis-à-vis de leurs propriétaires qui se trouvent être
    le plus souvent des représentants de grands intérêts privés ; les grandes entreprises médiatiques finissent par constituer un secteur parmi d’autres du grand Monopoly capitaliste.

Enfin, force est d’admettre que le journalisme d’investigation et particulièrement le journalisme d’enquête sociale qui pourraient donner quelque consistance à l’idée de contre-pouvoir, sont loin de constituer l’ordinaire de la production journalistique. Les prendre pour modèles c’est oublier qu’ils s’épanouissent essentiellement aux marges de la profession.

Médias et propagande démocratique

La propagande n’existe pas que dans les dictatures. Dans les démocraties, elle ne prend pas le même caractère systématique et orchestré – et ne se renforce pas en s’appuyant sur la répression, voire la violence politique -, mais elle est non moins omniprésente. Le contrôle des contenus médiatiques est devenu un enjeu de luttes au sein des pouvoirs économiques et politiques. Une lutte si intense et un enjeu si stratégique que l’industrie des relations publiques, qui fournit armes et munitions, est devenue un secteur économique majeur. Et c’est ainsi que des armées de communicants
et de « spin doctors », d’attachés de presse et de publicitaires, ainsi que les récits qu’ils bâtissent, sont devenus les filtres qui s’interposent désormais entre les journalistes et la réalité.
La porosité de ces professions avec le journalisme est à cet égard particulièrement significative et inquiétante.

Analysant la « fabrication du consentement« ; dans les démocraties, Noam Chomsky montre quels « filtres » (et non quelles conspirations) conditionnent la production de l’information et comment la réduction du pluralisme aboutit à une représentation consensuelle, aseptisée et épurée de l’information, quand elle n’est pas strictement propagandiste. Le poids et la force des sources institutionnelles (privées et publiques, capitalistes et étatiques) tendent à co-construire l’information dans les contextes routiniers. En cas de crise sociale ou de conflit militaire, notamment, le recours à des techniques de propagande et de désinformation contribue à transformer les médias en simples relais des pouvoirs constitués, sans qu’il soit nécessaire pour le comprendre de recourir à l’explication par des manipulations intentionnelles et concertées, dont il serait par ailleurs naïf de nier l’existence.

Extraits d’un dossier sur le pouvoir des médias dans Médiacritique(s), magazine trimestriel d’Acrimed (avril-juin 2018).

Idées reçues sur mai 68

Première idée reçue : la France de 1968, prise dans le tourbillon des « Trente Glorieuses », se porterait bien économiquement.

Certes, on vit dans une société bien différente de celle de l’immédiat après-guerre qui avait souffert de toutes les pénuries. Là, on a un taux de croissance qui est confortable, plutôt stable, de
l’ordre de 5 % par an. Mais derrière cette croissance se cachent des inégalités sociales très profondes. 5 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, 2 millions avec des salaires de
l’ordre de 400 ou 500 francs par mois, à peu près l’équivalent en euros aujourd’hui. La moitié des logements n’ont ni eau courante ni toilettes. Beaucoup de familles habitent dans une ou deux
pièces à six, à huit. Il y a entre 470 O00 et 500 000 demandeurs d’emploi. Évidemment par rapport aux chiffres actuels, ça paraît faible. Mais beaucoup d’entreprises ferment dans le textile, la métallurgie, la mécanique. On commence à dire que les conditions de production françaises ne sont plus assez compétitives, concurrentielles, dans un monde où le marché commun se met en œuvre, où
le libre-échange se diffuse à l’échelle internationale. L’ANPE est créée en 1967. On ne crée pas une agence nationale pour l’emploi s’il n’y a pas de problème de chômage. La même année est créé le
poste de secrétaire d’État à l’emploi occupé par jacques Chirac ! Ses détracteurs l’appellent Monsieur chômage…
On lit sur les banderoles de la CGT et même de la CFDT le 1er mai 68 : « Défense de l’emploi », « Non aux licenciements »…

Les jeunes étaient moins bien payés, Pourquoi ?

Pour les jeunes, il y a l’abattement d’âge, c’est à dire qu’ils ne touchent qu’un pourcentage du salaire des travailleurs adultes à travail égal. Concrètement, on a 16 ans et on gagne 60 % du salaire d’un adulte, à 17 ans 70 %… Ces très bas salaires pour les jeunes vont d’ailleurs être une des étincelles de la mobilisation, avant même mai 68.

Autre idée reçue : tout commence à Paris.

Les premiers pavés n’ont pas été lancés au quartier Latin mais à Quimper, en octobre 67, avec de grandes manifestations paysannes. À Caen en janvier-février 68, il y a des grèves très importantes
de jeunes ouvriers, surtout dans les entreprises sous-traitantes de l’automobile. Les patrons avaient « délocalisé » en province, hors des bastions ouvriers traditionnels de la région parisienne,
notamment dans l’Ouest. Ils espéraient que cette main-d’œuvre d’origine rurale serait plus servile, et les salaires sont beaucoup moins élevés à travail égal par rapport à la région parisienne.
Ce sont ces jeunes-la qui vont se mobiliser les premiers dans une grève très dure où les rejoignent des paysans, des étudiants et des salariés du secteur tertiaire.

Caen, c’est aussi une place forte de la jeunesse communiste révolutionnaire qui vient prêter main-forte aux grévistes. À tel point que le préfet du Calvados rédige des rapports quasiment chaque
jour envoyés au ministère de l’Intérieur pour alerter sur cet alliage de groupes sociaux qui se rencontrent à la faveur de la grève, une situation qu’on pourrait, prévient-il, retrouver à l’échelle nationale.
Pendant les événements, outre les régions très industrialisées, j’ai découvert avec surprise que, par exemple, dans les Vosges, il y avait des grèves avec occupation dans de nombreuses industries textiles, parfois implantées en milieu rural, avec dix ou vingt salariés.

Cela nous amène au troisième lieu commun : 68 ne serait qu’un petit mouvement d’étudiants.

L’événement est défiguré partout par le discours médiatique un peu hégémonique – même s’il est en train de changer – qui dit que tout ça était une petite révolte de fils à papa qui ne savaient
pas très bien ce qu’ils voulaient, qui jouaient à la révolution mais qui, ensuite, se sont bien tranquillement rangés. On a occulté pendant des décennies la grève générale, le mouvement social, les occupations d’usines, de bureaux, de magasins, de ports, de gares, de théâtres, de lycées, d’universités…
Il y a eu cette occultation tout simplement pour éviter que ça ne se reproduise.

Début d’un entretien avec Ludivine Bantigny dans Siné mensuel de mai 2018.

Médias aux ordres

Le vendredi 30 mars 2018, des milliers de Palestinien-ne-s se rassemblent pour dénoncer le blocus imposé par Israël à Gaza. Des snipers de l’armée israélienne exécutent, là, seize manifestant-e-s.
Cela porte un nom : c’est une tuerie de masse. C’est, aussi – et cela vaut d’être souligné, car c’est au nom, précisément, de l’avulsion d’une « menace terroriste » qu’elle a été faite -, du terrorisme, d’après l’une des définitions que le dictionnaire donne de ce mot : « Emploi systématique par un pouvoir ou par un gouvernement de mesures d’exception et/ou de la violence pour atteindre un but politique. »
Cette exaction, envisagée sous l’aune des pratiques désormais ordinaires de cette armée – qui avait par exemple tué dans Gaza, en 2008-2009, puis en 2014, deux milliers de civil-e-s – , n’est pas étonnante.

Le compte-rendu qu’en ont fait la presse et les médias français, par contre, surprend un peu – non par lui-même, mais parce qu’il est tout de même assez rare que les journalistes hexagonaux donnent à voir si nettement leur (ancienne déjà, mais toujours plus) écœurante propension à exonérer le gouvernement israélien de ses forfaitures par une atténuation délibérée de leur extrême gravité.
Puisqu’en effet, ce qui s’est passé à Gaza ce 30 mars s’est d’abord résumé, selon ces si rigoureux professionnels, à des « heurts », puis à de « violents affrontements » – qui par une minuscule
concession au réel sont tout de même devenus, au fil des heures, et au fur et à mesure que le bilan du massacre s’alourdissait, un « face-à-face meurtrier », puis à la fin des fins un « vendredi meurtrier », sans qu’à aucun moment donc, les véritables meurtriers ne soient clairement désignés.

Car bien sûr – il est vertigineux d’avoir à le rappeler – , quand des tireurs d’élite assassinent froidement des manifestant-e-s pacifiques, il n’est pas question d’ « affrontements », ni de « heurts » : il s’agit d’un massacre (doublé, au cas présent, d’une violation délibérée du droit humanitaire). Ce n’est pas un « face-à-face », qui a tué seize Gazaoui-e-s : ces Palestinien.ne.s ont été exécuté-e-s par des soldats israéliens, dont le ministre de tutelle – l’extrémiste de droite Avigdor Lieberman – a ensuite assuré, par un surcroît de mépris haineux, que ces tueurs « méritaient une médaille ».

Mais pourquoi se contiendrait-il, quand il est assuré que des journalistes occidentaux devenus experts ès euphémismes s’appliqueront à nier avec lui qu’un meurtre soit un meurtre ?

Article de Sébastien Fontenelle dans CQFD d’avril 2018.

Macron Super-menteur !

Il se veut pourfendeur des fake news et des contrevérités, mais n’arrête pas de les aligner : droit international, réforme de l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF), de la Contribution sociale généralisée (CSG), de la taxe d’habitation, dotations aux petites communes, etc, etc. En quatre heures d’entretien audiovisuel, Emmanuel Macron a fait un festival. Le président biaise et ment, les « fact-checkers » fact-checkent. Sans aucune leçon à tirer ? Un coup de sang de notre chasseur de faux :
Entre TF1 d’un côté et BFMTV-RMC-Mediapart de l’autre, Emmanuel Macron a accordé les 12 et 15 avril près de quatre heures d’entretien à des médias au cours desquelles chacun a pu l’entendre parler :

1) de la légitimité des frappes occidentales en Syrie,

« Nous sommes intervenus dans un cadre très précis, et je veux le dire à nos concitoyens. Un : dans le cadre strict, justement, de cette légitimité internationale… [1] »

2) de la réforme de l’Impôt de solidarité sur la fortune,

« Donc c’est pas de l’injustice, c’est une politique d’investissement [2] »
« Mais on a enlevé l’impôt sur la fortune pour tout ce qui était investi dans l’économie ! [3] »

3) des entrepreneurs qui ont fui l’Impôt de solidarité sur la fortune,

« Nous avions des centaines de milliers d’entrepreneurs qui vendaient leur entreprise et qui, parce qu’on les taxait à l’impôt sur la fortune, alors même qu’ils voulaient réinvestir dans le pays, s’en allaient. [4] »

4) mais aussi, de la hausse de la Contribution sociale généralisée pour les retraités,

« Oui, on leur a demandé un effort, mais pour pouvoir, justement, réussir à baisser les cotisations sociales salariales de tous les travailleurs de France [5] ! »

5) des exonérations de la taxe d’habitation,

« La taxe d’habitation, aujourd’hui, il y a déjà près du tiers de la population qui est exonérée, les plus modestes ne la paient pas. [6] »

6) des économies demandées à l’hôpital public,

« Il n’y aura pas d’économies sur l’hôpital dans le quinquennat, je vous rassure. [7] »

7) des dotations financières aux petites communes,

« Pour la première fois – je m’étais engagé à le faire – toutes les petites communes, TOUTES, elles ont eu leurs dotations maintenues. Donc faut pas raconter non plus des carabistouilles à nos concitoyens, hein [8] ! »

8) des classes rurales qui seront ouvertes à la rentrée,

« À la rentrée prochaine, on aura 32 000 élèves en moins qui rentrent en CP, 32 000 ! On peut pas faire comme si de rien n’était. Et pourtant, on va ouvrir près de 5 000 classes. On va en ouvrir un peu plus de 3 000 pour dédoubler dans les zones les plus difficiles, dont certaines sont à la campagne, hein ! Il y a des classes dites en Zone d’Éducation Prioritaire, qui sont ici dans l’Orne en semi-rural. Mais on va ouvrir 1 000 classes dans le rural [9] ! »

9) des élèves de CM2 qui ne savent ni lire, ni écrire,

« Quand on a un cinquième des gens qui ne savent pas lire, ou écrire, ou compter en CM2, on ne peut pas prétendre après aller au bout. [10] »

10) on l’a enfin entendu sur la réforme du droit d’asile,

Edwy Plenel — « Vous faites que le demandeur d’asile sera devant un écran, au lieu d’être dans une relation humaine avec la personne qui jugera de son sort.

Emmanuel Macron — Ce que vous dites est faux.

Edwy Plenel — Non c’est vrai.

Emmanuel Macron — Le demandeur d’asile sera toujours d’abord face à un fonctionnaire de préfecture, puis face à l’OFII et l’OFPRA. Ce ne sera jamais un écran, c’est faux ! [11] »

Alors, est-ce que :

1) Les occidentaux avaient toute la légitimité pour frapper en Syrie ?

Et bien non, c’est faux. Les États-Unis, le Royaume-Uni et la France n’ont opéré dans aucun « cadre strict », comme l’a dit Emmanuel Macron, et en vertu d’aucune « légitimité internationale ». Europe 1 l’a expliqué : les trois pays n’avaient pas de mandat de l’ONU [12].
2) La réforme de l’Impôt de solidarité sur la fortune a-t-elle consisté à sortir de l’impôt sur la fortune ce qui était investi dans l’économie ?

Et bien non, c’est faux. France 2 en a fait un « Œil du 20 heures » : les yachts et les voitures de luxe ne sont plus taxés. Et il n’y a rien qui oblige les imposés à l’Impôt de solidarité sur la fortune d’hier à investir aujourd’hui dans l’économie [13].
3) Y avait-il, avant cette réforme, « des centaines de milliers d’entrepreneurs » qui s’en allaient du fait de l’Impôt de solidarité sur la fortune ?

Et bien non, c’est faux. France 2 les a comptés aussi : ils n’ont été « que » 8 114, en dix ans, selon un rapport de Bercy [14].
4) La hausse de la Contribution sociale généralisée imposée aux retraités a-t-elle été décidée pour pouvoir baisser les cotisations salariales de « tous les travailleurs de France » ?

Et bien non, c’est faux. Les Décodeurs du Monde ont fait le tri : la baisse ne concernent ni les fonctionnaires, ni un quart des travailleurs indépendants [15].
5) Y a-t-il déjà « presque un tiers des contribuables qui ne paient pas la taxe d’habitation » ?

Et bien non, c’est faux. 15 % seulement des ménages ne la paient pas. C’est le quotidien dijonnais Le Bien public qui a retrouvé le chiffre dans une étude de l’OFCE, l’Office français des conjonctures économiques [16].
6) « Il n’y aura pas d’économies sur l’hôpital durant le quinquennat » ?

Et bien non, c’est toujours faux. RMC l’a noté : d’ores et déjà, si le dernier budget de la santé est en hausse de 2 %, il ne parvient pas à couvrir la hausse des charges programmées – une hausse de 4 % –, ce qui oblige les établissements à réduire leur personnel [17].
7) « Toutes les petites communes ont vu leur dotation maintenue » ?

Et bien non, c’est faux. Là, plusieurs médias, en avalanche, ont tiqué : si l’enveloppe globale des dotations est stable, dans le détail, 22 000 communes verront la leur baisser [18]. C’est aussi l’Association des maires de France qui le dit [19].
8) On va, à la prochaine rentrée, « ouvrir 1 000 classes dans le rural » ?

Et bien non, c’est encore faux. Il y en aurait plutôt 200 à 250 en moins, d’après les chiffres de l’Éducation nationale que Le Monde a retrouvés [20].
9) Un cinquième des élèves ne savent-ils ni lire ni écrire au CM2 ?

Et bien non, c’est toujours faux. Le Monde, encore lui, a fait le distingo : les chiffres d’Emmanuel Macron ne portent pas sur la capacité des élèves à lire ou à écrire. Mais sur des compétences qu’il leur est demandé de maîtriser comme savoir « dégager le thème d’un texte, repérer dans un texte des informations explicites, inférer des informations nouvelles ». C’est-à-dire des compétences qui vont au-delà de la lecture [21].
10) Était-il faux, de la part d’Edwy Plenel, de dire qu’un demandeur d’asile pouvait se retrouver devant un écran lors du traitement de sa demande ?

Et bien non, c’était vrai ! Ou plutôt, Emmanuel Macron avait une fois de plus faux de dire que c’était faux. Et Europe 1 a eu raison de noter que si le demandeur d’asile pouvait s’opposer à ce mode d’examen de sa demande, le projet de loi du gouvernement réformant le droit d’asile, lui, voulait lui imposer [22].

Alors où est le malaise, me direz-vous ? Il n’est pas tant dans l’incroyable capacité d’Emmanuel Macron à faire usage de faux. Nous avions déjà repéré – souvenez-vous – en février 2017 la capacité du candidat à l’élection présidentielle à « oublier » sa propre signature au bas d’un décret qui autorisait l’exploitation de sables sous-marins en Bretagne – ce qu’il niait [23]…

Non, le malaise ne provient pas tant de cette capacité phénoménale. Il vient de ce que nous, chasseurs de faux – et au-delà de nous, la presse en général –, avons tellement le nez sur le guidon, sommes tellement à l’affût de la proie, c’est-à-dire de l’erreur, du mensonge ou de l’approximation, que nous en perdons de vue l’essentiel.

Et c’est quoi l’essentiel ? Et bien qu’un chef d’État, le président de la République française, peut aujourd’hui asséner contrevérités sur contrevérités, des erreurs ou des mensonges, et que cela n’émeut plus personne. Pas un mot dans les journaux, les sites, les radios, les télévisions, pour s’indigner de cette multitude de faux. Non, juste un renvoi, dans chaque média, au factchecking quotidien : la routine ! Le Monde renvoie même pour plus d’exhaustivité à la compilation très bien faite des étudiants de l’école de journalisme de Tours, qui ont recensé les vérités et contrevérités présidentielles [24].

Et bien, moi, voyez-vous, je ne m’y résous pas.

Les automobilistes voient les points de leur permis diminuer à mesure qu’ils font des erreurs, les chômeurs sont blacklistés s’ils oublient de s’actualiser : un président d’une république non bananière devrait finir par être éjecté au troisième mensonge à ses administrés.

Notes :

[1] Emmanuel Macron, BFMTV-RMC-Mediapart, 15 avril 2018.
[2] Emmanuel Macron, TF1, 12 avril 2018.
[3] Emmanuel Macron, BFMTV-RMC-Mediapart, 15 avril 2018.
[4] Emmanuel Macron, BFMTV-RMC-Mediapart, 15 avril 2018.
[5] Emmanuel Macron, BFMTV-RMC-Mediapart, 15 avril 2018.
[6] Emmanuel Macron, TF1, 12 avril 2018.
[7] Emmanuel Macron, BFMTV-RMC-Mediapart, 15 avril 2018.
[8] Emmanuel Macron, TF1, 12 avril 2018.
[9] Emmanuel Macron, TF1, 12 avril 2018.
[10] Emmanuel Macron, BFMTV-RMC-Mediapart, 15 avril 2018.
[11] Emmanuel Macron, BFMTV-RMC-Mediapart, 15 avril 2018.
[12] Géraldine Woessner, « Emmanuel Macron s’est-il arrangé avec la vérité lors de son interview ? », Europe 1, 16 avril 2018.
[13] L’Œil du 20h, « ISF : les « carabistouilles » d’Emmanuel Macron », France 2, 16 avril 2018.
[14] L’Œil du 20h, « ISF : les « carabistouilles » d’Emmanuel Macron », France 2, 16 avril 2018.
[15] Adrien Sénécat, « ISF, pouvoir d’achat, SNCF : les arguments discutables d’Emmanuel Macron », Le Monde, 15 avril 2018.
[16] Pierre Madec et Mathieu Plane, « Évaluation de la réforme de la taxe d’habitation d’Emmanuel Macron », Policy Brief, Office français des conjonctures économiques et Sciences Po Paris, 26 juin 2017.
[17] Marie Dupin, « Erreurs, imprécisions et annonces : le « fact-checking » de l’interview d’Emmanuel Macron », RMC, 16 avril 2018.
[18] Laura Thouny, « La « carabistouille » d’Emmanuel Macron sur les collectivités locales », L’Obs, 12 avril 2018.
[19] « Emmanuel Macron défend ses réformes », Maire Info, 13 avril 2018.
[20] Samuel Laurent, Anne-Aël Durand et Adrien Sénécat, « ISF, retraités, SNCF…, les « carabistouilles » d’Emmanuel Macron sur TF1 », Le Monde, 13 avril 2018.
[21] Adrien Sénécat, « ISF, pouvoir d’achat, SNCF : les arguments discutables d’Emmanuel Macron », Le Monde, 15 avril 2018.
[22] Géraldine Woessner, « Emmanuel Macron s’est-il arrangé avec la vérité lors de son interview ? », Europe 1, 16 avril 2018.
[23] Là-bas si j’y suis, « Macron en marche vers la post-vérité », 2 février 2017.
[24] Factoscope 2017-2022, « Le Récap’ du vrai et du faux de la semaine », le blog de l’école publique de journalisme de Tours, 20 avril 2018.

Chronique du 03 mai 2018 de Jean-Michel Dumay sur la-bas.org.

Les médias et la ZAD de Notre-Dame-des-Landes

[…] Une information notamment circule de plateaux en plateaux : les zadistes se seraient dangereusement armés en prévision d’une éventuelle intervention des gendarmes.
Dans le JT de France 2, Anne-Sophie Lapix prévient d’emblée : « Les forces de l’ordre craignent une réplique ultra-violente des zadistes, ils les disent armés de boules de pétanque hérissées de clous, de piques et de herses. » Puis le reportage, musique angoissante à l’appui, passe en revue des témoignages anonymes de gendarmes, publiés dans la presse, évoquant l’arsenal des zadistes. « Dans les états-majors, les militaires parlent de herses plantées de clous géants, de boules de pétanques hérissées de lames de rasoir. »
Le reportage cite ensuite une « note interne » révélant la présence de « stocks d’engins incendiaires, de pièges dans les bois et même d’armes à feu », avant de reprendre les propos d’un haut gradé livrés au JDD : « Ils nous attendent, ils se préparent à l’affrontement et on peut craindre des morts. »
[…]
Sur CNews le 14 décembre, dans l’émission « L’heure des pros », le journaliste du Point Jérôme Béglé brode autour de témoignages similaires, sans citer de sources, sans nuance, mais en continuant d’entretenir le flou : « On rentre quand même dans quelque chose qui est qu’on a une occupation illégale d’un terrain depuis donc dix ans par des gens qui, de ce qu’on comprend, ont constitué une réserve de cocktails molotov, ont dressé des herses, ont dressé des pièges, ont été violents avec les forces de l’ordre et qui disent que de toute façon ils seront de nouveau violents. Il va falloir aussi qu’on fasse quelque chose là-dessus. »

Sur France 5, l’animatrice de « C dans l’air » prend encore moins de précautions : « Ils ont piégé cette zone de 1200 hectares, lit-on ces derniers jours » affirme-t-elle à propos des habitants de la ZAD. Une information qui semble confirmée par un reportage de BFM-TV, image à l’appui : « La ZAD est occupée par deux cents à trois cents personnes en état de siège permanent ».

Sur Canal +, Christophe Barbier met lui aussi en garde contre les « professionnels de la contestation des pouvoirs » que sont les habitants de la ZAD et prophétise : « Il y aura de la violence, et de la violence grave parce qu’en face il faut réussir à mobiliser une force policière apte quantitativement et qualitativement à dégager un terrain pareil […] On est plus proche d’une guérilla type Vietnam des pauvres que de la simple répression d’une manifestation. »
[…]

Les révélations « exclusives » du JDD

Mais à quelle source se sont nourris ces prophéties alarmistes et commentaires anxiogènes ?

Les « révélations » sur l’armement des zadistes vont prendre un tour définitivement grotesque avec la publication, par le JDD, des fameuses photos citées ou décrites de façon allusive dans plusieurs articles et reportages, et issues, comme on l’apprendra plus tard, d’un dossier établi… par la gendarmerie.

En effet, « l’exclusivité » et le sensationnalisme tournent court lorsque l’on apprend que ces « photos secrètes de la ZAD » s’avèrent être en réalité une collection de clichés récupérés sur les réseaux sociaux, non crédités et interprétés de manière totalement fantaisiste voire mensongère. Val K., une photographe à qui une photo a été « empruntée », en a fait le commentaire sur Twitter. […]
Suite aux réactions suscitées, le scoop du JDD a été « démonté » sur le site de Libération, du Monde, ou encore d’Arrêt sur images. Hervé Gattegno, le directeur du JDD, a même dû présenter ses excuses pour avoir présenté comme « secrètes » des photos volées, non sourcées et tirées des réseaux sociaux. Mais si le journaliste rétro-pédale sur la question de l’origine des clichés, il assume pleinement l’interprétation qui leur est donnée : « Ces photos montrent l’organisation et les moyens dont disposent les occupants de la zone ». On a connu mieux en matière de déontologie journalistique…

Article de Frédéric Lemaire pour Acrimed

Delahousse

Dimanche 17 décembre, Laurent Delahousse et Emmanuel Macron conviaient les téléspectateurs à une petite déambulation élyséenne, courtoisement appelée « entretien », mais qui avait toutes les caractéristiques du « coup de brosse à reluire ».

Le spectacle et les quantités invraisemblables de cirage déversées par l’animateur de France 2 sur son hôte ont suscité l’indignation, dont celle de journalistes de nombreux grands médias, disposés pour une fois à critiquer – le temps d’un buzz, ne rêvons pas trop – « l’art de l’interview » tel que pratiqué par un ténor de l’info.

Pourtant, les mêmes qui se sont émus de l’excès de prévenance pleine d’admiration envers Emmanuel Macron se délectent habituellement de la spectacularisation de l’information portée par ces grand-messes télévisuelles que sont les interviews présidentielles et n’avaient par exemple rien trouvé à redire lorsque Laurence Ferrari et David Pujadas avaient laissé Nicolas Sarkozy transformer un entretien du même genre en monologue monarchique.

[…]

Ainsi donc, les impertinents ayant critiqué le journalisme de révérence à la mode Delahousse sont « jaloux », « grincheux », « haineux », « aigris » et « perfides » ! Il est vrai que mesuré à l’aune de sa pugnacité et du ton que leur héros réserve à ses puissants interlocuteurs, le monde doit sembler bien cruel au fan-club de Laurent Delahousse…

Nous écrivions dans notre précédent article qu’à n’en pas douter, les candidats honorés – c’est une condition sine qua non – d’être conviés à badiner avec le souverain en sa demeure ne manquent pas. La liste est-elle pré-établie ?

Nous remercions Laurent Delahousse d’avoir compilé pour nous les éloges futiles et complaisants de son exercice de communication. En plus d’être une mise en scène égocentrée et pathétique, cette revue de presse a le mérite d’illustrer deux traits des journalistes dominants : l’incapacité à questionner leurs pratiques et la défense corporatiste et jusqu’au-boutiste d’une vision servile et superficielle de leur métier.

Article de Pauline Perrenot pour Acrimed

Le problème en France…

Ils sont vallsistes, ces fameux chantres de la laïcité à tout crin. Toute cette rive droite des « gauches irréconciliables », conspuant à l’envi ceux qu’ils nomment les « gauchistes », « islamo-gauchistes », ou encore « rouges-bruns »… nous autres. Comme si être de gauche signifiait être nazi et/ou islamiste.

Évidemment, on est tous antisémites, à l’instar de Corbyn en Angleterre (dixit Caroline Fourest). Car, comme l’a expliqué Apathie à Cambadélis, ceux qui s’attaquent à la finance sont des antisémites.
Le problème des Philippe Val et consorts, cette gauche qui fréquente Le Siècle, qui se tape sur le ventre avec Sarkozy, c’est qu’en soutenant Valls, ils soutiennent une politique très favorable au commerce avec les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite.
Alors, c’est bien beau de voir des antisémites partout, mais il faudrait aussi comprendre que vendre des engins de guerre et acheter du pétrole à des dingues qui ne rêvent que de rayer Israël de la carte, c’est un peu incohérent.

À moins que ces procès en sorcellerie, ces prises de parole entamées systématiquement par « le problème en France, c’est l’antisémitisme » ne servent qu’à des intérêts personnels. Mais je n’ose le croire.
Le jour où Valls sera président, ces thuriféraires l’accompagneront en voyage d’affaires dans des pays où l’on graisse la patte des salafistes, de Daech, des Frères musulmans et autres saloperies téléguidant des attentats jusque… chez Charlie Hebdo. Cherchez l’erreur.

Article de Yan Lindingre dans Siné mensuel de janvier 2018.