Gaz de schiste : il faudra beaucoup creuser

L’économiste Thomas Porcher estime que la folle rentabilité des gaz de schiste américains s’écrit déjà au passé et qu’espérer une manne d’emplois pour la France relève de l’illusion.

Les entreprises américaines ont gagné en compétitivité parce que le prix du gaz a baissé. En France, ce prix est moins flexible, car il est déterminé par des contrats de long terme indexés sur le prix du pétrole. Par ailleurs, aux Etats-Unis, maintenant que le prix du gaz est faible, la rentabilité du gaz de schiste n’est plus évidente et la production stagne. (…) Aux Etats-Unis, il y a eu 600 000 emplois créés, c’est énorme, du jamais vu. Leur secret, c’est de forer sans cesse. Ils ont déjà creusé 500 000 puits, rien que pour le gaz. Pour créer 100 000 emplois en France, il faudrait creuser 90 000 puits, soit 30 par jour jusqu’en 2020. C’est impensable ! En moyenne, dans le monde, 750 000 euros de production de gaz ne créent que deux emplois.

Extraits d’un entretien de l’économiste Thomas Porcher dans Terraeco d’octobre 2013.

Sortir du nucléaire, catastrophe industrielle ou remède au chômage ?

Au cours du « grand débat sur la transition énergétique », industriels et syndicats n’ont eu que ce mot à la bouche : sortir du nucléaire, c’est licencier en masse et ouvrir la voie aux délocalisations massives.

En novembre 2011, Henri Proglio, patron d’EDF, évoquait un million d’emplois menacés (…) Faisant référence à une étude commandée au cabinet PriceWaterhouse Cooper, l’ancienne PDG d’Areva table plutôt 400 000 emplois, dont 125 000 directement liés à la filière. (…) Une enquête menée par Bastamag [2] revoit encore à la baisse ce dernier chiffre. 18 000 salariés d’EDF employés dans les centrales, environ 20 000 sous-traitants pour la maintenance, quelque 47 000 « collaborateurs » d’Areva, 16 000 employés du Commissariat à l’Énergie Atomique et environ 2000 dans différentes institutions (ASN, Andra…), donneraient environ 106 000 emplois directs. Pas négligeable, mais on est loin du million.
(…)
Surtout, sortir du nucléaire, ce n’est pas seulement fermer des réacteurs ! C’est aussi mettre en place une autre politique énergétique, reposant sur la réduction des consommations d’énergie et le développement d’autres moyens de production d’électricité : des activités qui ne peuvent s’effectuer sans main-d’œuvre !
L’association Négawatt s’est ainsi attaquée à une évaluation économique de son scénario de transition énergétique publié en 2011, qui propose l’abandon du nucléaire et une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre [3]. Pilotée par l’économiste Philippe Quirion, une étude minutieuse s’est attachée à décliner pour 118 secteurs d’activité les impacts de ce scénario [4], en calculant le nombre d’emplois par millions d’euros dépensés dans chaque branche, et en comparant ces résultats avec ceux obtenus dans un scénario « tendanciel » où la production nucléaire actuelle serait maintenu, les réacteurs existants prolongés, de nombreux EPR construits et les énergies fossiles toujours massivement utilisées.
(…)
Au final, les secteurs favorisés par la transition énergétique étant beaucoup plus intensifs en emplois, l’effet net sur l’emploi est largement positif. On aboutit donc en 2020 à 235 000 emplois de plus que dans le scénario tendanciel, et 632 000 en 2030 ! Nulle délocalisation massive au final, et au contraire une meilleure répartition d’emplois locaux sur tout le territoire. Et ce, sans surcoût, puisqu’on part d’un même investissement de départ, réparti différemment, dans les deux scénarios. Mieux encore : le projet Négawatt, caractérisé par les économies d’énergie et l’abandon du nucléaire, permet d’économiser 5 milliards d’euros par rapport au scénario tendanciel.

Extraits d’un article publié en mai 2013 par le réseau Sortir du nucléaire et consultable sur le site sortirdunucleaire.org

Le nucléaire fait taire

A la fin du mois d’août 1945, Frédéric Joliot est nommé directeur du CNRS, le 3 janvier 1946, il est nommé Haut commissaire au CEA, le 19 mars 1950, il signe à Stockholm, un appel historique (signé par dix à quinze millions de personnes en France et plusieurs centaines de millions dans le monde, qui s’en souvient aujourd’hui ? Et qui sait que les Japonais ont déposé le 16 juin 2012 une pétition de sept millions et demi de personnes demandant l’arrêt du nucléaire ?). Cet appel proclame, entre autres, l’interdiction absolue de l’arme atomique.

Le 29 avril 1950, il est révoqué de ses fonctions et toute recherche pratique dans le domaine nucléaire étant considérée comme relevant de la défense nationale lui est désormais interdite. De fait, le gouvernement a tranché il n’y a pas de nucléaire civile ou militaire : il y a le nucléaire et c’est tout !

Extrait d’ « Atomes Crochus », une publication du réseau Sortir du nucléaire.