Progrès technique, progrès social ?

L’histoire environnementale a bien mis en évidence ces dernières années que le XIXe siècle n’était pas un siècle de consensus et de célébration du progrès technique, mais aussi d’interrogation et de contestation.
Contestation qui ne venait pas seulement d’intellectuels ou de savants, mais également de populations qui pouvaient être directement touchées par les nuisances : les émissions de fumées par exemple, la pollution des eaux. Elles voyaient bien la transformation de leur environnement, et elles ont porté des revendications face à ces atteintes qu’elles subissaient.

Les entreprises et les États ont dû gérer ces contestations. Dès le début du XIXe siècle, toute une série de mesures sont prises pour que l’industrie puisse continuer à se développer, malgré les oppositions locales : avec la mise en place de compensations financières, ou encore une adaptation du droit de manière à protéger les entreprises au détriment des riverains.

[…] la progressive installation d’un imaginaire technicien facilite peu à peu l’acceptation de ces procédés industriels […]

L’imaginaire technicien qui se met en avant, l’idée que le progrès technique sera le fer de lance du progrès social, se propage petit à petit. Cette idée est largement partagée y compris par les mouvements  socialistes, qui ont facilité sa propagation dans toute une partie de l’opinion publique et notamment chez la classe ouvrière, il ne faut pas le négliger.

Il y a eu des innovations d’ordre juridique, qui ont désarmé les populations touchées par des nuisances industrielles pour faire valoir leur droit.
Tout un gouvernement de la critique s’est peu à peu affiné, et a fourni une série de procédures qui permettaient de gérer ces situations-là. Quand une nouvelle infrastructure de production s’installait, une usine qui fonctionnait au charbon ou même une centrale nucléaire par la suite, on constate des procédures assez similaires : des tentatives de ralliement des élites locales par exemple, pour faciliter l’acceptation de ces projets, la mise en avant des retombées financières et des créations d’emplois…

[…]

Les énergies renouvelables ne permettent absolument pas une « transition », mais elles servent à conforter un modèle de société fondé sur l’abondance énergétique. Alors qu’une réelle transition énergétique impliquerait un autre rapport à l’énergie, une sobriété radicale, une rupture avec cet imaginaire technicien à la fois du progrès technique et de l’énergie abondante.

[…] les gens veulent croire que la société de l’abondance énergétique perdurera et tiennent les modes de vie actuels pour acquis. Faire vaciller cette conviction, c’est un saut dans l’inconnu.

Pourtant j’ai tendance à croire à l’issue du travail que nous avons mené dans ce livre (Face à la puissance)que cette société de l’abondance énergétique ne peut pas être durable. Elle rend impossible une relation apaisée entre l’homme et son milieu. Parce qu’une mobilisation abondante de l’énergie suppose de mettre en coupe réglée l’environnement, et suppose aussi des dégâts sociaux extrêmement importants : les mines dans lesquelles sont extraits les minerais indispensables, pour les éoliennes, les panneaux photovoltaïques ou les batteries de voitures électriques, sont loin d’être le paradis des travailleurs, C’est le moins que l’on puisse dire.

Extraits d’un entretien avec Alexis Vrignon dans le journal La Décroissance d’avril 2020.

Nucléaire et rupture culturelle

La thèse de l’arrêt immédiat du nucléaire est simple. On part du postulat que le nucléaire est une catastrophe. Quand un immeuble brûle, on ne se demande pas si l’on aura des
logements pour reloger les sinistrés, on les évacue « immédiatement ». Pourtant, les antinucléaires ont longtemps mis en avant le renouvelable (fort long à mettre en œuvre et inadapté à une société
industrielle) pour arrêter le nucléaire, envoyant ainsi le message qu’il n’était pas si dangereux que cela puisqu’on avait le temps.

Cependant, que ce soit dans le nucléaire civil ou militaire, les nombreux accidents ont les nombreux accidents ont prouvé combien le nucléaire est une industrie incontrôlable et aux effets dévastateurs. Thernobyl aurait généré un million de victimes, les essais de la bombe atomique plusieurs millions, mais à cela il faut rajouter les territoires rendus inhabitables dont la superficie n’a cessé d’augmenter.
Le tout avec la bénédiction d’une normalisation qui a toujours préféré défendre la santé d’une industrie plutôt que celle des populations. Après avoir baissé durant des années, après l’accident de Tchernobyl, les normes minimales « acceptables » n’ont cessé d’augmenter afin d’obliger les populations à vivre avec la contamination radioactive.

Ceci posé, surgit la question sur les alternatives à l’électronucléaire. Il existe au moins deux possibilités, soit reprendre tout ce qui existe au moment de la décision, et actuellement le
renouvelable et le thermique, soit être prêt à une rupture culturelle et ne recourir qu’au renouvelable.
Ne s’appuyer que sur le renouvelable existant reviendrait à accepter de se contenter de cinq fois moins d’électricité avec six fois moins de capacité. Chose impensable aujourd’hui.
Cela étant, l’évolution de la destruction de la société et de la biosphère a atteint un tel degré que de plus en plus de gens sont convaincus que nous sommes face à un effondrement, nécessitant
une véritable rupture culturelle.

En ce qui concerne la première option, peu de gens savent que les centrales thermiques au gaz sont sous-utilisées en France. Il suffirait de porter leur taux d’utilisation au maximum pour, avec
le renouvelable, pouvoir arrêter immédiatement deux tiers du parc. Pour le reste, les importations favorisées par la mise en place de fortes puissances d’interconnexions transfrontalières ainsi que les groupes électrogènes installés sur l’ensemble du territoire devraient suffire.

Mais quid des gaz à effet de serre ? Le nucléaire dans le monde, c’est 2 % de la consommation finale d’énergie, c’est-à-dire rien. Dans ces conditions, l’enjeu n’est pas de savoir par quoi le remplacer mais de l’arrêter. Non seulement on peut arrêter la catastrophe nucléaire (une de moins !), mais on met le doigt sur les véritables causes des gaz à effet de serre : elles ne sont pas essentiellement techniques mais culturelles et politiques.
Elles se trouvent dans le pétrole et son monde, dans le déferlement d’engins motorisés, dans une société industrielle de production et de croissance où il faut produire à tout prix, tout et n’importe quoi poussé par la concurrence.

Or beaucoup d’écologistes oublient ces faits, cédant aux sirènes du développement durable et du « verdissement » et mettant en avant le renouvelable, persuadés que l’enjeu est essentiellement technique. Ils oublient que le remède aux dégâts générés par la technique n’est pas technique et que la solution pour sauver le climat se trouve dans une organisation sociale structurée autour de la sobriété, mais il est vrai que la société industrielle se défend, utilisant des voies détournées et qu’elle a toujours essayé de faire passer pour « écolo » ses pollutions.

Article de Jean-Luc Pasquinet dans L’Écologiste de mars – mai 2020.

Les milliards du nucléaire

On en arrive même à des situations surréalistes, comme l’expose un  responsable finlandais dans une dépêche AFP du 19 décembre dernier : « Les nombreux délais nous obligent à assurer la maintenance de l’équipement et des composants déjà installés. »
Incroyable : les retards sont tels que les pièces installées depuis 2005 doivent être changées ou réparées alors même que le réacteur n’est pas entré en service !

Et, alors qu’Areva a déjà versé 450 millions d’euros de dédommagement aux Finlandais, la même dépêche nous apprend que, depuis début 2020, Orano (nouveau nom d’Areva) doit rajouter 20 millions par nouveau mois de retard ! Et dire qu’il y a encore des imbéciles pour croire que la France atomique gagne de l’argent en exportant des réacteurs !

La situation est au moins aussi critique à Flamanville où EDF se prépare à tenter une opération désespérée : réparer des soudures quasiment inaccessibles, situées dans l’interstice séparant les deux enceintes de confinement. Du coup, la mise en service de l’EPR, si par malheur elle doit avoir lieu un jour, est une nouvelle fois reportée : il serait question de 2022, ou 2023, ou…

Et c’est là que l`affaire devient croustillante, dans la mesure où elle est liée au destin de l’antique centrale de Fessenheim (Alsace). Alors que vous lisez ces lignes, le réacteur n° 1 de cette centrale est en passe d’être fermé à la date du 22 février, le second devant suivre le 30 juin.

Pendant des années, les dirigeants d’EDF ont continuellement repoussé l’échéance – rappelez-vous, Hollande avait annoncé que ce serait avant la fin de son mandat, en 2017 – pour que la fermeture de cette centrale ait lieu seulement quand l’EPR serait en service.

Toujours aussi arrogants et suffisants, nos grand « responsables » ont fini par choisir début 2020, certains qu’alors le dinosaure de Flamanville produirait enfin de l’électricité. Mauvaise pioche !

Mais, grâce aux largesses du regrettable Macron, EDF n’a pas tout perdu à Fessenheim : l’État entend lui reverser pas moins de 4,5 milliards de dédommagement, correspondant au manque à gagner en supposant que la centrale aurait fonctionné jusqu’en. .. 2041. Vu qu’elle a été mise en service en 1977, cela veut donc dire qu’elle aurait fonctionné jusqu’à 64 ans : l’age pivot !

Pour mémoire, les centrales « françaises » – elles sont en réalité américaines, EDF ayant payé fort cher les licences au yankee Westinghouse – ont été conçues pour durer 30 ans.
Prolonger leur fonctionnement à 40 ans est déjà insensé, mais postuler un fonctionnement jusqu’à 64 ans relève tout simplement de la folie furieuse, ou plus exactement du hold-up.

Extrait d’un article de Stéphane Lhomme dans le journal La Décroissance de février 2020.

Biocarburants

La FNSEA l’avait bien compris, l’avenir de l’agriculture française, c’est l’industrie des biocarburants. Rien n’avait été laissé au hasard et tout est allé très vite. En une décennie le décor était planté dans le  paysage français.

Les trémolos et envolées lyriques des élus dans l’hémicycle sur l’indépendance énergétique et l’emploi, les succions assurées des subventions de la PAC et de l’État, sans oublier l’image de marque affinée au greenwashing… bref le package promotionnel de lancement de son nouveau réseau de biocarburants fut très tôt irréprochable à tous les points de vue. Le Syndicat de l’agrobusiness avait tout prévu et planifié avec brio à l’échelle nationale… sauf peut-être que Total partage aussi vite son point de vue et décide de faire cavalier seul en lançant au national sa filière végétale internationale. Le géant pétrolier tricolore, lui aussi, a su accélérer son aggiornamento dans le renouvelable pour faire du blé et de l’oseille dans la filière des biocarburants.

On les avait presque oubliés dans le bruitage médiatique des bonnes intentions des COP au chevet du réchauffement climatique et, durant les années 2000, leur filière s’était retrouvée largement éclipsée par la brutale ruée générale sur les hydrocarbures non conventionnels – gaz de schiste et sables bitumineux. Ainsi avec la puissance de frappe politique de la FNSEA, et contrairement aux autres « énergies vertes », les biocarburants ont pu discrètement et très rapidement s’intégrer dans le paysage agricole français.

Dans le même temps, presque aussi vite, mais pas suffisamment pour arrêter l`imposture, le vrai visage mortifère de la filière avait été démasqué. Nul ne l’ignore aujourd’hui, les biocarburants font des ravages à l’échelle de la planète et avec l’huile de palme on a la totale : la déforestation, l’écocide, la pollution bien sûr mais aussi la ruée actuelle d’accaparation des terres, la guerre aux chaumières, les expropriations et, spécificité culturelle française du temps, de sordides marchandages de l’industrie de l’armement tricolore avec les juntes militaires.

Et, facteur aggravant, contrairement aux hydrocarbures non-conventionnels qui ne peuvent être exploités que là où sont les gisements, les biocarburants, huile de palme en tête, arrivent avec le potentiel d’expansionnisme qu’en moins d’une décennie il était possible de décrire un nouvel impérialisme avec ses millions de victimes à l’echelle planétaire.

Début d’un article de Jean-Marc Sérékian dans la revue Les Zindigné(e)s de septembre 2018.

Poubelle nucléaire : un pognon dingue !

Bure, dans la Meuse. Ses 80 habitants, ses champs de céréales à perte de vue et… sa future poubelle nucléaire. C’est ici, à 500 mètres sous terre, dans un Centre de stockage géologique (Cigéo), que la filière atomique veut enfouir ses déchets les plus dangereux. De drôles de colis qui resteront radioactifs pendant des centaines de milliers d’années.
Forcément, la perspective est inquiétante. Alors, l’État sort le chéquier : élus invités dans les meilleurs restaurants, millions d’euros de subventions … « Une sorte de corruption institutionnelle », persiflent les récalcitrants.

[…]

Il faut dire aussi que la lutte anti-Cigéo a pris un gros coup sur la tête à la fin du printemps, du fait d’une méchante vague de perquisitions. Suivies d’arrestations, […] (terrorisme d’état)

À l’issue de leur garde à vue, sept personnes sont mises en cause pour « association de malfaiteurs ». Un délit flou, qui ne réprime pas des actions illégales, mais l’appartenance à un groupe ayant de supposées intentions délictueuses. Une boîte de pandore qui permet d’imbriquer actes et responsabilités à tous les niveaux de la lutte et de criminaliser celle-ci dans sa globalité.

« Ça permet de rendre responsable à peu près tout le monde et n’importe qui des faits qui ont été commis », résume une des personnes mises en cause.
« Les autorités postulent que le mouvement est pyramidal, hiérarchique, qu’il y a des responsables qui donnent l’ordre à telle ou telle composante de la lutte de se livrer à des dégradations. Ce qui est complètement irréaliste quand on connaît cette mobilisation », commente Charlotte Mijeon, du réseau Sortir du nucléaire.

Parmi les mis en cause, on trouve des personnes connues pour avoir un rôle social à l’interface entre les différentes composantes de la lutte, avec les habitants et même entre les groupes de travail – automédia, collectif anti-répression, groupe juridique… Ainsi de l’avocat Étienne Ambroselli, qui a vu son matériel de travail saisi, au mépris de tout droit à la confidentialité (au bout d’une semaine, il a finalement pu récupérer son matériel, la perquisition le visant ayant été jugée illégale après coup).

Extraits d’un article de Clair Rivière dans le mensuel CQFD de novembre 2018.

Nucléaire omerta

J’ai développé un cancer de la thyroïde pendant que j’exerçais mon activité professionnelle (Patrice Girardier était technicien de maintenance nucléaire pour une filiale d’0rano, ex-Aréva).
La médecine du travail et la sécurité sociale ont considéré que ce cancer était probablement d’origine génétique. Puisque 95% des cancers de la thyroïde sont d’origine accidentelle, industrielle et professionnelle, la lecture statistique qu’en fait le corps médical est pour le moins surprenante, pour ne pas dire abusive.

À l’issue de ce cancer, j’ai été déclaré invalide, et comme mon employeur n’avait pas d’autre poste à me proposer, j’ai été licencié. Fin de l’histoire pour l’employeur et la sécurité sociale, mais pas pour moi, car je conteste cette décision.

Grâce au site de l’association Ma zone contrôlée et au soutien du Réseau Sortir du nucléaire, je suis contacté par une personne qui est interpelée par mon cas. Il lui apparaît un certain nombre d’incohérences. Elle se demande comment l’entreprise peut se dédouaner de toute forme de responsabilité sur mon exposition et sur quelles bases médicales la médecine du travail et la sécurité sociale, peuvent exclure tous risques professionnels.

Afin de corréler ce premier constat, elle me demande de récupérer mon dossier médical auprès du Laboratoire de biologie médicale de Saint-Denis. Ce que je tente de faire en leur adressant un courrier avec accusé de réception, avec justiftcatif d’identité tout en demandant une liste détaillée des informations avec justification de traçabilité et rapports techniques de mesures.

La directrice bottera en touche, tout en m’invitant à prendre contact avec mon médecin du travail. Cette réponse est pour le moins étrange. En effet, tout patient a un droit d’accès à son dossier médical s’il en fait la demande explicite, celui-ci n’étant pas la propriété, ni du laboratoire, ni du médecin.
[…]
La directrice, en conditionnant un passage obligé par la médecine du travail, qui elle-même refuse de me recevoir, me prive des données qui sont la base de ma contestation. À en croire l’étrange attitude de la médecine du travail, il semble apparaître que « le téléphone ait bien fonctionné ». Comment fait-on alors pour accéder aux éléments médicaux en pareille situation ?

J’adresse un second courrier : aucune réponse. Puis un troisième courrier avec copie auprès des autorités de contrôles, dont l’Autorité de sûreté nucléaire.
À ce jour, je n’ai toujours reçu aucune réponse.
[…] vous vous rendrez vite compte que vous êtes bien seul et démuni devant un monstre qui use et abuse de moyens totalement illégaux pour faire barrage, au plus basique des principes, celui de pouvoir se défendre sur la base de documents officiels qui vous sont normalement accessibles. […]

Quand les autorités de contrôle et le Laboratoire font barrage en se distinguant par leur silence, cela soulève des questions qui rendent légitimes les suspicions.
[…]
Toute personne susceptible d’avoir été exposée est en droit de contester un refus de reconnaissance en maladie professionnelle et doit pouvoir accéder à
son dossier médical pour faire valoir ses droits.
Quand les moyens légaux sont verrouillés, il existe d`autres moyens, notamment celui de la mobilisation pour faire pression.
C’est pourquoi je vous demande de relayer ce message massivement, pour que ce genre d’entrave ne soit plus la règle et qu’un maximum de personnes soient au courant de ce genre de pratique totale-
ment illégale mais cautionnée par les autorités.

Extraits d’un article de Patrice Girardier dans la revue Sortir du nucléaire du printemps 2017.

Le nucléaire bon pour notre avenir et notre planète ?

Des mines d’uranium aux déchets nucléaires en passant par les rejets radioactifs et chimiques des usines et des réacteurs, toute la filière nucléaire est polluante. On détecte jusqu’à 2 fois plus de leucémies infantiles à proximité immédiate des centrales nucléaires.
300 000 tonnes de combustibles nucléaires usés ont déjà été accumulées au niveau mondial. Ces déchets hautement radioactifs seront dangereux pendant des centaines de milliers d’années. Les États nucléarisés prévoient de les enterrer… mais les seuls sites d’enfouissement profond existants (Asse en Allemagne et le WIPP aux États-Unis) sont d’incroyables fiasco qui ont déjà contaminé leur environnement, alors même qu’ils abritent des déchets moins radioactifs, depuis tout au plus quelques dizaines d’années.
[…]
L’institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) lui-même estime désormais qu' »il est indispensable pour les élus de se préparer à l’idée d’un accident nucléaire », et qu’un accident majeur serait « une catastrophe européenne ingérable » qui pourrait coûter jusqu’à 760 milliards d’euros.
[…]
Même en France, qui fait figure d’exception mondiale avec une électricité issue à 75 % du nucléaire, les émissions de gaz à effet de serre sont 4 fois trop élevées pour atteindre les objectifs climatiques.
[…]
Extraction minière et enrichissement de l’uranium ; fabrication, transport et retraitement des combustibles ; construction et démantèlement des installations nucléaires. À toutes ces étapes, la filière nucléaire émet des gaz à effet de serre.. À l’instar des émissions de l’éolien, du solaire ou de l’hydro-électricité, les émissions de gaz à effet de serre du nucléaire sont certes très inférieures à celles du charbon ou du pétrole.

Extraits d’un article de la revue Sortir du nucléaire de novembre 2015.
Le dossier complet est à consulter sur Le nucléaire ne sauvera pas le climat.

L’intensité énergétique de l’économie

L’innovation technique est devenue la principale piste de sortie de crise, qui permettrait de retrouver le chemin de la croissance, telle que mesurée par le PIB. Les immenses progrès réalisés notamment en matière de technologies de l’information font espérer que, bien utilisées, ils permettront une croissance découplée de l’usage des matières premières, et en premier lieu des énergies fossiles.
Cet espoir est probablement vain. Une courbe permet de s’en rendre compte : celle de l’évolution de la quantité d’énergie pour créer de la « richesse », mesurée en dollar de PIB mondial.
On appelle ce ratio l’intensité énergétique de l’économie (ou du PIB), et c’est un bon indicateur de l’efficacité de notre économie mondialisée. Mais il ne s’améliore que très lentement, de l’ordre de 0,7 % par an depuis 40 ans, et, pire, ce taux ne s’améliore plus depuis quelques années.
L’activité économique requiert toujours autant d’énergie, et aucun signe ne montre que les choses s’améliorent. Certes un pays peut faire mieux, par exemple en externalisant sa production industrielle, mais ça ne change rien au total, car l’énergie se retrouve incorporée dans les biens importés.

Cette évolution va à l’inverse de ce que souhaitent les chantres de la « croissance verte » et autre « troisième révolution industrielle », et renforce les analyses des rares économistes pour qui l’énergie est le vrai moteur de la transformation du monde.
[…]
Plusieurs causes expliquent selon moi cette stagnation de l’amélioration de l’efficacité de l’économie mondiale. Citons l’effet rebond (par exemple les voitures sont plus efficaces, mais deviennent plus lourdes et plus nombreuses), le fait qu’il faille de plus en plus d’énergie pour extraire les matières premières et produire de l’énergie, les rendements décroissants de la recherche (de plus en plus d’argent est investi, et pourtant le rythme des innovations baisse), le libéralisme économique (qui cherche à améliorer la rentabilité financière, et non énergétique), l’inertie sociétale (accepter de payer plus cher, ou de changer d’activité…), le montant et l’orientation des investissements (de plus en plus vers le court terme), et le cannibalisme énergétique (il faut de l’énergie pour développer les énergies « renouvelables » et améliorer l’efficacité énergétique).
Certes des politiques publiques pourraient améliorer les choses, comme soutenir la rénovation des logements, mais elles ont leurs limites, et globalement on ne voit aucune raison pour que le découplage s’améliore fortement.
Des économistes « classiques » commencent à s’inquiéter de ce qu’ils appellent une « stagnation séculaire », et à douter du rôle du progrès technique. Ils constatent que la « nouvelle économie », celle de Amazon, AirBnB ou Uber, détruit des emplois et crée bien peu de croissance au total.

Extraits d’un article de Thierry Caminel dans le journal La Décroissance de novembre 2015.

Nucléaire : le rapport que l’État voulait cacher

Magnifique ratage du lobby nucléaire. La suppression subreptice, début avril, de la présentation du rapport final de l’ADEME (Agence nationale de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie) sur le thème « Vers un mix électrique 100 % renouvelable en 2050 » lors d’un colloque qui avait lieu les 14-15 avril, n’est pas passée inaperçue. Au contraire, cette tentative grossière d’enterrement en première classe d’un rapport gênant pour le lobby nucléaire a généré une couverture médiatique inattendue. Et dès le 8 avril, Médiapart rendait publique l’intégralité du rapport, que vous pouvez également retrouver sur notre site web.

Comme l’écrit Benjamin Dessus, économiste et président de l’association Global Chance, lui-même auteur d’un scénario de sortie du nucléaire en 20 ans, « à la lecture du scénario [de l’ADEME], on comprend bien pourquoi les services du ministère de l’Écologie et de l’Énergie ont tout fait pour qu’il reste le plus longtemps possible dans un tiroir.[…] si l’ADEME, appuyée d’un centre d’études du propre sérail du Corps des Mines (Armines Persée), se met à justifier en détail ce genre de scénario, la menace devient sérieuse. L’ADEME démontre en effet, chiffres à l’appui, que l’idée d’un système électrique totalement renouvelable à l’horizon 2050 est non seulement techniquement, mais aussi économiquement crédible : des coûts d’électricité de 11,5 à 12 centimes d’euro par Kwh (contre 9,1 centimes actuellement) qui risquent fort de se révéler inférieurs à ceux associés à une poursuite de la politique nucléaire actuelle. »
Selon Médiapart, l’ADEME identifie « plusieurs mix possibles 100 % renouvelable, permettant de répondre à la demande sans défaillance, c’est à dire en satisfaisant la consommation à tout moment du jour et de la nuit. Dans leur cas de référence, la production se décompose entre 63 % d’éolien, 17 % de solaire, 13 % d’hydraulique et 7 % de thermique renouvelable (incluant la géothermie). »

Les auteurs de l’Étude de l’ADEME estiment « le coût de l’énergie à 119 euros par MWh, dans un système 100 % renouvelable. Un montant à mettre en regard du coût actuel de l’électricité, à 91 €/MWh. Surtout, ils le comparent à ce qu’il serait avec moins de renouvelables, et donc plus de nucléaire. Et là, surprise : avec 40 % seulement de renouvelables en 2050 (et donc 50 % de nucléaire [ce qui est la promesse de campagne de François Hollande]), ce coût est évalué à 117 €/MWh, soit quasiment le même niveau.
Rappelons que le coût prévisionnel de l’électricité produite par les EPR de Hinkley Point en Grande-Bretagne est déjà de 112 €, et que le coût de l’EPR de Flamanville, à supposer qu’il entre un jour en fonction, va encore exploser du fait des défauts de fabrication de sa cuve récemment révélés.

Extrait du magazine Sortir du nucléaire de mai 2015 relatant un article de Médiapart.

Gaspillage énergétique

Selon l’Agence internationale de l’énergie (rapport « More Data, Less Energy : Making Network Standby More Efficient in Billions of Connected Devices »), les quelques 14 milliards d’appareils électroniques connectés à internet (ordinateurs, consoles de jeux, box…) disséminés dans le monde ont consommé 616 TWh (Téra Watts heure) d’électricité en 2013, dont environ 400 TWh (soit autant que la production du parc nucléaire français!) représentent un simple gaspillage dû à des technologies de connectivité inefficaces. Du coté des consommateurs, ce sont près de 80 milliards de dollars qui sont partis en fumée.
La majeure partie de la consommation de ces appareils – jusqu’à 80 % – vient en effet du seul maintien de leur connexion au réseau. La faute, d’une part, estime l’AIE, à des protocoles de communication qui demandent aux appareils d’être allumés et en mesure de répondre en permanence. D’autre part, ces appareils ne sont pas capables de réguler leur consommation d’énergie en fonction du volume de données échangées. Selon l’AIE, les technologies permettant de réduire ce gaspillage existent. Elles sont d’ailleurs utilisées dans les smartphones, contraints par la taille limitée de leur batterie. Leur application dans les appareils non nomades pourrait réduire de 65 % leur consommation d’énergie. L’AIE en appelle aux politiques pour imposer des normes d’efficacité.

Article paru dans le magazine Sortir du nucléaire de novembre 2014.