Écologie à la sauce Hulot-macroniste

Dans Le Canard enchaîne, le journaliste objecteur de croissance jean-Luc Porquet note : « La logique qui sous-tend l’écologie à la sauce Hulot-macroniste est simple. En paroles, on se positionne à la pointe du combat et on fixe des objectifs très ambitieux. Mais on s’empresse de les repousser à la saint-glinglin, pour se contenter de mesures immédiates qui ne perturbent pas le jeu économique… […] Quelles décisions, par exemple, sur la mega-polluante Montagne d’or, en Guyane, le contournement autoroutier de Strasbourg, le délirant projet de centre commercial Europacity à
Garges-les-Gonesse, le percement pharaonique du mont Blanc pour la ligne SNCF Lyon-Turin ? Des feux verts, bien entendu. »

Jean-Luc Porquet oublie que, comme ministre d”État et n° 3 du gouvernement, Nicolas Hulot porte aussi la responsabilité, pour ne prendre qu’un exemple, dans les frappes en Syrie, et plus largement de toute la politique techno-libérale mise en œuvre par Emmanuel Macron. « En matière d’écologie, aucune reforme d’ampleur n’est en vue… Alors qu’il était le fer de lance du mouvement écologiste il y a moins d’un an, Nicolas Hulot s’en éloigne progressivement… », se désole un de ses anciens soutiens Simon Persico, « professeur de sciences politiques » dans les colonnes du journal de MM. Niel et Pigasse (Le Monde, 9 mai 2018).

Hulot « fer de lance du mouvement écologiste » ? « Vaut mieux entendre ça que d’être sourd » comme disait ma grand-mère ! Pour ce comique involontaire, « le monde de l’écologie était très optimiste quand il a appris, en mai 2017, la décision de Nicolas Hulot d’entrer au gouvernement en tant que ministre de la transition écologique ». Pour les « experts » du quotidien de MM. Niel et Pigasse, et tous les grands médias. le « monde de l’écologie » se limite aux partisans du capitalisme vert libéral, à Europe Écologie-les Verts et autres associations officielles.

La Décroissance, premier titre d’écologie politique en France, et bien d’autres, ça n’existe tout simplement pas. Même la presse des affaires – que Hulot a pourtant tant servie – car « bien sûr, Hulot ne joue pas […] contre l’ensemble du système médiatique, dont il est l’un des avatars les plus aboutis » observait l’hebdo des droitards Valeurs actuelles le 18 fevrier – feint de le critiquer. Ainsi Les Échos titre : « L’an I de Nicolas Hulot au gouvernement se solde par un bilan très mitigé » (14 mai 2018). Nicolas Hulot lui-même croit-il encore « que l’écologie avance » avec son gouvernement ? Soit c’est un gros mensonge, soit… Bref, ça sent le retour au « kite [qui] crée du lien » (Nicolas Hulot, Paris Match, 1er février 2011).

Extrait d’un dossier Hulot dans La Décroissance de juin 2018.

Tout électrique, tout nucléaire

Quand le choix irréversible du « tout électrique, tout nucléaire » a été pris par l’État-EDF au début des années 1970, les promoteurs de l’atome assuraient que la Science [finirait par trouver une aolution au problème des déchets radioactifs. Bien sûr, il n’en a rien été. Et les rebuts de leurs centrales, les technocrates n’ont plus qu’à les glisser sous le tapis. Depuis trente ans, des luttes sont menées contre les projets d’enfouissement des déchets ; comme à Angers, où une manifestation a réuni 15 000 personnes en 1990. […]

On est saisi de stupeur devant l’ampleur des enjeux, l’absence de débats réels, la violence froide de l`État. Depuis 20 ans ce territoire à la frontière de la Meuse et de la Haute-Marne est en cours de colonisation et de militarisation pour assurer la survie de la filière nucléaire française. […]

En second lieu, on achète les consciences en arrosant financièrement ce département rural plutôt pauvre. À Bure (82 habitants), les équipements urbains sont flambant neufs, les trottoirs ont été rénovés, une salle des fêtes est même sortie de terre tandis que la commune voisine de Mandres-en-Barrois (124 habitants) a désormais des terrains de sport. Entre 2007 et 2016, les collectivités territoriales, les entreprises et les associations du département auraient par ailleurs touché 271 millions d’euros, auxquels s’ajoute une aide annuelle de 480 euros par habitant versée aux communes situées dans un rayon de dix kilomètres autour du site.
Face à un tel déluge d’argent, il n’est pas étonnant que beaucoup se soient résignés et que tant d’élus choisissent le camp de l’Andra.

Troisième stratégie : la communication, ou plutôt la propagande, qui se déploie de façon débridée dans le département : organisation de sorties scolaires pour apprendre aux enfants les bienfaits du nucléaire, armées de communicants et de sociologues embarqués travaillant à l’acceptabilité du risque, à la diffusion de message rassurants ou fatalistes. […]

Depuis deux ans, l’Andra et le gouvernement ont déclaré la guerre aux opposants, en les caricaturant voire en les insultant, en cherchant à les diviser ou en en faisant de dangereux activistes cagoulés. Je peux témoigner combien les fameux opposants « radicalisés », décrits par le pouvoir comme des quasi-délinquants, sont d’abord et avant tout des militants intelligents, conscients et
inquiets, des citoyens engagés, courageux, sidérés devant la folie qui nous pousse à accepter l’inacceptable ; soucieux de maintenir vivant un espace de débat démocratique contre le monopole
de l’expertise et de la décision ; sacrifiant leur confort individuel à une cause plus large. […]

Les failles du projet sont nombreuses mais sont sans cesse euphémisées, niées, au nom de la confiance dans le génie des ingénieurs et de l’absence d’alternative. Une fois de plus, nous sommes face
aux alternatives infernales déjà utilisées lors de la controverse OGM : vous refusez les OGM ? Eh bien vous ne pourrez pas résoudre la faim dans le monde, vous ferez fuir les scientifiques vers des cieux plus elements et vous nous mettrez en retard dans la grande compétition économique. La même rhétorique est à l’œuvre pour imposer la solution de l’enfouissement des déchets nucléaires, alors même que dans plusieurs pays les habitants s’opposent à de tels projets et que des rapports d’experts – comme celui de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucleaire (IRSN) – pointent les
risques d’incendie et les lacunes en matière de sécurité. En Australie un comité d’enquête a choisi de repousser un projet du même type l’année dernière, en Allemagne et aux États-Unis plusieurs sites d`enfouissement ont connu des problèmes et ont dû fermer, partout ce type d’installation provoque la colère et l’opposition des habitants.

Extraits d’un long article de François Jarrige dans La Décroissance d’avril 2018.

Libéralisation du marché agricole

En cinquante ans, la France a perdu plus de trois millions de paysans. Et chaque semaine, deux cents fermes mettent la clé sous la porte. Depuis la libéralisation du marché agricole planétaire lancée dans les années 1990, la course à la productivité fait des ravages, éliminant brutalement ceux qui ne parviennent (ou ne veulent) pas s’adapter aux injonctions du système agro-industriel. D’où un phénomène de concentration massif, qui voit les riches agro-businessmen, nouveaux seigneurs des campagnes, accaparer les terres agricoles et les fermes.

L’agriculture répond à notre besoin primaire le plus élémentaire : se nourrir. En ce sens, elle est la tête de pont d’un capitalisme toujours plus empressé à nous déposséder de nos moyens de subsistance. Après la privatisation des terres à partir du XVIIIe siècle, l’exode rural et la mécanisation des campagnes, puis le culte du progrès technique et de la productivité à outrance
durant les Trente Glorieuses, l’agriculture est entrée dans une nouvelle phase d’industrialisation.
Macron ne s’y trompait guère quand, lors de la traditionnelle visite présidentielle au Salon de l’agriculture le 24 février, il déclarait : « L’agricuIture française est une terre de conquête. »

De « conquête » et d’argent, surtout : pour les acteurs de l’agro-industrie, il y a un sacré paquet de blé à la clé. Avec la privatisation du vivant via la certification des semences ou grâce aux OGM. Avec la normalisation des pratiques agricoles en procédures industrielles. Et avec la robotisation.
Pour les agriculteurs, par contre, ces « conquêtes » sont d’abord synonymes de précarisation des conditions de travail : en 2017, 30% des agriculteurs français gagnaient moins de 354 € par mois – ils n’étaient que 18% dans cette situation en 2014…

Cette industrialisation à marche forcée se traduit dans nos campagnes par un désastre social sans précédent. Les agriculteurs se retrouvent englués dans des logiques d’endettement, provoquées par la nécessité d’investir en permanence pour rester compétitif. Ils sont aussi soumis à des contrôles administratifs de plus en plus intrusifs. Et stigmatisés comme des « ploucs » maltraitant leurs
animaux. Bref, les paysans français vont mal : deux d’entre eux se suicident chaque jour (soit trois fois plus que pour les autres professions).

En ce qui concerne l’environnement, le tableau n’est guère plus reluisant : malgré les incantations étatiques louant l’agro-écologie, la consommation de pesticides ne cesse de croître (+25% entre 2009 et 2014). L’été 2017 a ainsi connu un nouveau record de prolifération des algues vertes, à cause de l’agriculture intensive bretonne. Et les empires agroalimentaires n’hésitent pas à mettre en danger la santé des consommateurs pour sauvegarder leurs marges bénéficiaires – la récente contamination à la salmonelle de produits infantiles de Lactalis en est une parfaite illustration.

Extrait d’un article de Mickaël Correia dans CQFD de mars 2018.

Accaparement des terres

Depuis quinze ans, organisations de la société civile et médias attirent notre attention sur les accaparements de terre et leurs conséquences désastreuses dans des pays en développement. Aujourd’hui, c’est en Europe et en France que le phénomène s’étend.

En 2008, lorsque l’ONG GRAIN lance un cri d’alarme avec un premier grand recensement, l’accaparement s’apparente à l’acquisition de terres à très grande échelle dans les pays du Sud. Parfois
accompagné d’expulsions et de violences, il passe aussi par des voies légales. Il se fait toujours aux dépens de l’accès à la terre des paysans, de la sécurité alimentaire des communautés locales et de l’environnement.

À l’origine, des entreprises et des États

Au départ, l’accaparement est le fait d’entreprises ou d’États qui cherchent à sécuriser leur approvisionnement alimentaire, dans un contexte d’émeutes de la faim et de crise financière internationale.
L’exemple emblématique est le projet d’achat par Daewoo de 1,3 million d’hectares à Madagascar, en 2009. L’entreprise sud-coréenne dut finalement renoncer face à l’indignation et aux mobilisations nationales et internationales.

Mais depuis, l’accaparement s’étend à des pays d’Europe comme l’Ukraine ou la Roumanie en raison de la qualité et du faible prix de leurs terres et des possibilités de connivence avec des pouvoirs locaux. En 2013, la coordination européenne Via Campesina publie un rapport qui met pour la première fois en lumière des cas d’accaparement dans douze pays d’Europe, révélant la continuité entre l’accaparement et les phénomènes de concentration foncière.

Stade ultime de la financiarisation

Via Campesina souligne alors que ces phénomènes sont des développements « naturels » de l’intensification et de la financiarisation de l’agriculture. Si le débat tend à porter sur le caractère positif ou négatif des investissements étrangers dans l’agriculture, des voix s’élèvent pour le recentrer sur la question essentielle : quels modèles d’agriculture promeuvent ces investissements et
quelles sont les conséquences sociales et environnementales de cette agriculture de type « extractive » ?

En 2016, Via Campesina intègre dans la notion d’accaparement l’usage qui est fait des terres « à des fins de spéculation, extraction, de contrôle des ressources ou de réification au détriment
des paysans, de l’agroécologie, de la gestion des terres, de la souveraineté alimentaire et des droits de l’Homme. » (voir la définition sur Via Campesina)

Mutation de l’agriculture

En France, au-delà de cas emblématiques tels que l’achat de domaines viticoles par des opérateurs étrangers ou les « grands projets inutiles » (Notre-Dame-des-Landes, extraction de gaz de schiste, projet ferroviaire Lyon-Turin), c’est bien à une mutation profonde du système agricole que 1’on assiste.

Dès 2015, le président de la fédération nationale des Safer tire la sonnette d’alarme: « Les changements s’accélèrent. La financiarisation est galopante, la concentration des exploitations s’emba1le. L’accaparement des terres n’est pas ailleurs, il est chez nous aujourd’hui en France. C’est le moment d’agir, il sera vite trop tard. »
La financiarisation croissante de l’agriculture, la constitution d’unités de production gigantesques pour gérer en bloc des milliers d’hectares, souvent dans une grande opacité, se déroulent aux dépens de l’agriculture paysanne, de l’économie de proximité, de la diversité des paysages et de l’environnement. La réalité de l’accaparement en Europe et en France a été très récemment reconnue par le Parlement européen ainsi que par la loi contre l’accaparement des terres portée par le député Potier en 2017.

Article de Véronique Rioufol dans Chemin de terre de mars 2018, journal publié par l’association Terre de liens.

Réchauffement

À l’évidence, ce monde connaît un tournant historique. Nous allons vers un réchauffement de trois à quatre degrés par rapport à 1880, et cela d’ici la fin du XXIe siècle. Un chaos climatique s’annonce. Et si rien n’est fait, il pourrait rendre inhabitables de grandes parties de cette planète – à l’orée 2300, c’est carrément un réchauffement de 8 à 13 degrés qui est envisagé… Dans ce contexte, les négociations pour le climat que mène la petite caste des gouvernants, à l’abri dans des bureaux climatisés, paraît bien risible.

Alors oui, la situation est catastrophique, non seulement au vu des conséquences très réelles et physiques de ce « crime » climatique, mais aussi en regard de l’hégémonie de ces gouvernants qui prétendent apporter les solutions aux problèmes qu’ils ont eux-mêmes initiés. Il est aussi de plus en plus clair que ce n’est pas la prétendue « transition énergétique » qui apportera le salut de l’humanité, puisque celle-ci consiste en réalité en une addition des énergies fossiles, nucléaires et renouvelables.

Les historiens de l’énergie et de l’extractivisme, par exemple Christophe Bonneuil, Philippe Bihouix ou encore Anna Bednik, l’ont bien montré : cette transition est d’abord et avant tout une transition de l’économie en recherche de nouveaux gisements. La fusion entre les technologies de l’information et le high tech énergétique incarne cette troisième révolution industrielle louée par les apôtres de l’économie verte. Une fusion qui n’est possible qu’avec l’extraction pharaonique de métaux et terres rares, nécessairement accompagnée d’immenses ravages environnementaux et humains. Voyez le dernier livre de Guillaume Pitron, La Guerre des métaux rares, c’est édifiant.

La fable de l’économie verte est ainsi en train de tomber. Seulement voilà, malgré l’urgence de la situation, nous allons perdre 50 ans en nous lançant dans cette nouvelle religion verte de l’hyper-industriel. Un demi-siècle d’extractivisme fou, jusqu’à l’épuisement de ces nouvelles mines… Non décidément, la solution ne viendra pas de ces géo-ingénieurs et autres intendants de la planète.

Comment croire des êtres qui prétendent gouverner le monde depuis un point de vue si manifestement étranger à celui-ci ? Comme s’ils pilotaient le globe depuis une cabine spatiale – rien de ce qui arrive ne semble les toucher sensiblement. Si nous devons prendre à bras- le-corps les problèmes de notre temps, ce sera sans eux. Comme le montrent bien les camarades de l’Amassada à travers leur lutte contre le méga-transformateur RTE et les méga- centrales éoliennes du Sud-Aveyron. Ce n’est pas à une politique de gestion technocratique, de management écologique, quel qu’il soit, ou de gouvernance climatique qu’il faut en appeler, mais bien à un radical retour sur Terre. En finir avec cette vue surplombante sur les êtres, qui les réduit à des lignes d’algorithmes et à des plans comptables, serait déjà un bon début.

Il s’agit donc d’habiter ce monde, au plein sens du terme. C’est-à-dire partir de là où on vit, de là où on lutte, partir de nos situations singulières, élaborer des liens entre les êtres qui sont là, humains et non-humains, commencer à regarder les sols non comme une matière première mais comme une architecture vivante, comprendre une forêt non comme un stock sur pied mais comme une communauté de vie. Tout est à réapprendre à ce niveau sensible des connaissances. Cela s’annonce passionnant. Et augure de bien des alliances inédites. L’objectif est d’en finir avec la posture universelle d’un Homme maître et possesseur de la nature. Nous en avons assez soupé de cette pathologie toute occidentale.

Extrait d’un entretien de Jean-Baptiste Vidalou (auteur de Être forêts – Habiter des territoires en lutte) dans CQFD de février 2018.

lobbying contre la consigne

la consigne pour réemploi des emballages, qui implique des productions plus localisées et des emballages en verre résistants ne trouve plus sa place dans la stratégie des multinationales du secteur. Au point que certaines d’entre elles voient d’un mauvais œil la popularité dont bénéficient ces dispositifs et font un lobbying actif contre leur réintroduction. Ainsi, quand des documents stratégiques internes à Coca-Cola Europe ont fuité dans la presse à l’automne 2016, la consigne et les objectifs de réutilisation des emballages figuraient en bonne place dans les priorités de lobbying de l’entreprise, identifiés comme « ayant un risque de se matérialiser » et classés dans la catégorie « fight back ».

Pour empêcher la réintroduction de la consigne, ses opposants contestent régulièrement son impact environnemental positif. […]

Pour fonder leur argumentaire, les opposants à la consigne se basent principalement sur un scénario où très peu de bouteilles seraient rapportées, diminuant de ce fait le bénéfice économique et environnemental de la réutilisation. C’est en effet une donnée importante de l’exemple des bières alsaciennes, sur laquelle se fonde l’étude de 2009 précitée : le taux de retour des bouteilles consignées est élevé. Et pour cause : les consommateurs alsaciens bénéficient de nombreuses possibilités pour rapporter leurs bouteilles puisque nombre de petites supérettes et de supermarchés acceptent de les récupérer. Voilà une des clés du succès de la consigne : multiplier les points d’apport pour faciliter le geste du consommateur et garantir ainsi une réutilisation maximale de l’emballage. C’est là que le secteur de la grande distribution entre en scène.

Les magasins des chaînes de la grande distribution sont présents sur l’ensemble du territoire et l’immense majorité des consommateurs français s’y rendent régulièrement pour faire leurs courses. Les supermarchés sont ainsi le chaînon incontournable d’une réintroduction de la consigne sur les bouteilles à grande échelle en France. En acceptant de reprendre les bouteilles consignées, ces enseignes pourraient permettre à des dispositifs de consigne de (re)voir le jour. À l’inverse, en supprimant des machines de déconsignation là où elles existent encore, la grande distribution menace à terme la permanence de dispositifs de réutilisation existants comme celui des bières alsaciennes.

Malheureusement, si certains supermarchés ont choisi de faire de la consigne un avantage concurrentiel, le secteur de la grande distribution dans son ensemble se montre franchement réticent à l’idée d’accepter de récupérer les emballages consignés, arguant du coût supplémentaire induit (main d’oeuvre, machines, espaces de stockage…) et s’alliant régulièrement aux opposants de la consigne pour entretenir le doute sur l’impact environnemental ou économique du réemploi. […]

Heureusement, des porteurs de projets n’ont pas attendu que les géants de l’agroalimentaire ou de la grande distribution avancent pour faire progresser la consigne. Partout en France, des entreprises et des porteurs de projets bataillent pour maintenir des dispositifs existants (lire Le retour des bouteilles consignées en France) ou pour réintroduire des systèmes de réutilisation des emballages (comme Jean Bouteille, Club Maté en région parisienne, Bout à Bout en Pays de Loire, j’aime mes bouteilles dans le Jura, Boréal dans le Nord ou Ecoscience Provence en PACA). […]

Extraits d’un article du site Zero Waste France : Pourquoi la consigne sur les bouteilles peine à revenir en France ?.

Finance climaticide

[…] les ONG se mobilisent depuis quelques années auprès des institutions publiques ou privées pour le désinvestissement total des énergies fossiles. Car, pour maintenir le réchauffement global sous la barre des 2 °C, il est vital de laisser 80 % des combustibles fossiles dans le sous-sol.

En 2015, plusieurs institutions internationales se sont sérieusement penchées sur la question. Les chiffres donnent le tournis.
L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) recensait près de 800 programmes de dépenses et allégements fiscaux dans ses 34 pays membres et dans les six grandes économies émergentes du G20 (Brésil, Chine, Inde, Indonésie, Russie et Afrique du Sud) incitant à produire ou à consommer des combustibles fossiles.
Total : 160 à 200 milliards de dollars par an, soit « plus d”argent que nécessaire pour atteindre les objectifs de financement climatique fixés à Copenhague en 2009, qui prévoyait la mobilisation de 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 ».

Plus éloquent encore, le Fonds monétaire international (FMI) a montré que la somme consacrée à soutenir les entreprises extractrices d’énergies fossiles s’élevait à 5 300 milliards de dollars par an, ou « 10 millions de dollars par minute ». Ses experts ont pris en compte les subventions directes, mais aussi le coût des dommages subis par les populations locales. Une défaillance du secteur public qui incite à se tourner vers le secteur privé. En ligne de mire : les banques.

[…]

Si la mobilisation concernant le secteur du charbon commence à porter ses fruits, qu’en est-il des autres énergies fossiles telles que les sables bitumineux ou le gaz ? Un rapport publié début novembre par les Amis de la Terre France, Bank Track, Rainforest Action Network et neuf autres organisations, montre que 33 grandes banques ont accordé plus de 115 milliards de dollars de financements aux entreprises actives dans la production et le transport des sables bitumineux entre 2014 et 2017, notamment le Crédit agricole et la Société générale.

Cette dernière accumule les mauvais points et se retrouve dans le collimateur des ONG depuis la découverte de son soutien au projet de construction d’un des trois terminaux d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL), le Rio Grande LNG, situé au sud du Texas.
Porté par l’entreprise Nextcade, ce projet s’étendra sur 400 hectares près de la frontière mexicaine, et prévoit d’exporter 100 millions de mètres cubes de gaz chaque jour. Les risques de pollution de l’air sont importants, tout comme ceux d’explosions dues aux fuites de méthane. La réserve naturelle nationale protégée de Laguna Atascosa, dans laquelle devraient échouer les terminaux, n’en sortira sûrement pas indemne, tout comme les peuples autochtones des Esto’k Gna, dont les droits sont en péril. Ils ont d’ailleurs lancé l’opération « Sauver la vallée du Rio Grande du gaz naturel liquéfié » (gaz de schiste en réalité).

Extraits d’un article de Vanina Delmas dans l’hebdomadaire Politis du 07 décembre 2017.

Sur-pollution

La sur-pollution émise par les plus riches, c’est ce qu’on appelle l’effet barbecue, un concept évoqué la première fois en 2002, au départ pour contester le mode urbain compact (lire aussi : Les ravages des villes monde). L’effet barbecue, ou comment les riches flinguent leur bilan carbone le week-end – quand ils prennent leur yacht, par exemple, ou se font un petit aller-retour à New York (une tonne de CO2 par passager, un quart des émissions annuelles de gaz à effet de serre d’un Français) – alors qu’en semaine ils mangent bio, se chauffent au solaire, roulent en hybride… Les salauds de pauvres, ces banlieusards, ces fainéants qui « foutent le bordel », eux, par contre, mangent du poulet en batterie, se goinfrent de pesticides de supermarché, roulent en vieille diesel. Mais comme ils restent chez eux les week-ends, et qu’ils se font des barbecues dans leur jardin plutôt que des balades en yacht, au final, ils polluent moins.

Alors bien sûr, les pauvres, on a bien essayé de les taxer pour qu’ils arrêtent de polluer. Le problème c’est que ça ne fonctionne pas : le « signal prix » n’a d’effet que si l’on est en capacité de changer de comportement. Or en matière de mobilité, selon le ministère du Développement durable, parmi les 14,6 millions d’actifs ayant un lieu fixe et régulier de travail et utilisant leur voiture, seuls 6,3 millions d’entre eux – essentiellement en zones urbaines – pourraient ne pas l’utiliser. En zone rurale, où réside 40 % de la population, où les transports en commun se font rares, voire inexistants, difficile de ne pas prendre sa voiture… C’est ce qu’on appelle la « mobilité contrainte », qui concerne les personnes les plus précaires obligées, à cause de la hausse du prix de l’immobilier, de quitter les centres urbains et d’utiliser leur voiture au quotidien. Selon l’Insee, c’est 27 % des motifs de déplacement. Alors on peut toujours leur augmenter le prix de l’essence ou les taxer parce qu’ils se rendent au travail, font leurs courses, ou emmènent leurs gamins à l’école : ils continueront à prendre leur voiture. Inévitablement. Puisqu’ils n’ont pas d’autre choix.

Mais l’effet barbecue, en quelque sorte, « allège » leur bilan carbone en fin de semaine. Et fait d’autant plus prendre conscience que ce sont « les riches qui détruisent la planète ». Idée défendue par le journaliste Hervé Kempf, qui s’appuie sur les travaux de l’économiste et sociologue américain Thorstein Veblen et sa Théorie de la classe de loisir. Lui parle de « rivalité ostentatoire » : dans chaque classe sociale, les individus prennent comme modèle le comportement en vigueur dans la couche supérieure. À travers la pub et la mode par exemple, c’est elle qui nous montre ce qu’il faut faire, ce qui est chic, etc. Ce qui amène le publicitaire Jacques Séguéla à déclarer sans gêne : « Si à 50 ans on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie. » Résultat : dans une société très inégalitaire, cette rivalité ostentatoire, nous dit Hervé Kempf, « génère un gaspillage énorme, parce que la dilapidation matérielle de l’oligarchie – elle-même en proie à la compétition ostentatoire – sert d’exemple à toute la société. Chacun à son niveau, dans la limite de ses revenus, cherche à acquérir les biens et les signes les plus valorisés. »

Au final, on estime que 20 à 30 % de la population mondiale consomme 70 à 80 % des ressources naturelles chaque année. Que huit milliardaires possèdent autant de richesses que la moitié de la population mondiale la plus pauvre – il en fallait 388 en 2010. Que 10 % des plus riches représentent la moitié des émissions de gaz à effet de serre liées à la consommation.

Ce phénomène est confirmé par le Cerema, le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement, qui a réalisé 20 000 entretiens individuels en 2008 au cours de l’enquête nationale « transports et déplacements » et analysé les conséquences de 125 000 trajets quotidiens et de 18 000 voyages de plus de 80 kilomètres, quel que soit le mode de transport choisi. Le résultat est sans appel : 20 % des Français sont responsables de 60 % des émissions, […]

Néanmoins, on focalise souvent sur les trajets quotidiens, mais entre « grands navetteurs », « grands voyageurs » et « hypermobiles », ce ne sont pas les périurbains qui consomment le plus. La catégorie des « hypermobiles », qui sont les plus gros pollueurs, présente les caractéristiques suivantes : diplômés, actifs et aisés, ils sont aussi très motorisés et vivent dans les banlieues cossues des métropoles. Ils ne représentent que 5 % de la population mais émettent 19 % des rejets globaux.

Extrait d’une chronique de Corinne Morel Darleux sur le site la-bas.org/.

La terre, bien commun

Ci-dessous un extrait d’un dossier La terre, bien commun dans Chemin de terre journal publié par l’association Terre de liens.

[…] Depuis lors, l’appropriation privée de la terre agricole n’a cessé jusqu’à prendre la forme extrême de l’accaparement. Les auteurs d’un rapport sur les biens communs rappellent à cet égard qu’aujourd’hui, à Madagascar, au Soudan, en Ouganda, au Brésil, au Pakistan, en Ukraine, en Roumanie, pour ne citer qu’eux, la concurrence pour la terre fait rage, bien plus encore que dans l’Hexagone.
Par millions les hectares sont accaparés par des États ou des multinationales préoccupés de sécuriser la production alimentaire ou de développer des agrocarburants voire de la biomasse pour l’industrie chimique.

Cette appropriation aboutit à capturer toute la valeur et tous les bénéfices attachés aux terres pour le bénéfice d’un seul propriétaire au détriment et à 1’exclusion de tous les autres usagers potentiels.
En parallèle de cet accaparement, des projections estiment à 25 % la part des terres arables qui auront disparu d’ici 2050 sous 1’effet de 1’artificia1isation ou de l’épuisement des sols (voir La terre nourricière, si elle venait à nous manquer ?). L’accaparement et la disparition des terres fertiles sont deux tendances qui vont bien à contre-courant d’une préservation de la ressource pour les générations à venir.

Que signifierait aujourd’hui traiter la terre comme un bien commun ? Pour Olivier Petitjean, traducteur français de La renaissance des communs de David Bollier, « parler d’une ressource comme d’un bien commun, c’est d’abord pointer une dimension éthique et valoriser son importance, la nécessité de la préserver, de l’entretenir ou de l’augmenter pour les générations futures ».

Parce qu’elle est essentielle et non substituable pour la vie, la terre est une ressource à laquelle chaque être humain devrait pouvoir avoir accès. Non pas un accès physique, mais bien un accès aux usages ou aux bénéfices associés qu’elle procure: une alimentation saine, des ressources naturelles non polluées, des paysages diversifiés… Parce qu’elle est en quantité et en qualité limitée, l’usage de la terre doit être régulé pour garantir sa pérennité.

« La seconde dimension des biens communs, poursuit Olivier Petitjean, c’est la manière dont ils sont gérés. En fait, un bien commun est plus qu’une chose, c’est une manière de gérer où un collectif, un groupe à géométrie variable gère ensemble une ressource comme une fin en soi, pour la faire perdurer. »
Cette gestion est caractérisée par la recherche d’un bénéfice pour le plus grand nombre, la prise en compte du très long terme et l’auto-gestion ou l’auto-organisation du collectif d’usagers.

Enfonçons le clou avec un extrait de David Bollier: « les commoneurs [personnes impliquées dans la gestion d’un bien commun, ndlr] parviennent souvent à trouver des solutions (…) sans recours ni aux marchés, ni aux bureaucraties d’État. Ils sont capables de créer les structures générales pour gérer collectivement une ressource, ainsi que les procédures pour établir des règles et des normes opérationnelles efficaces. Ils savent mettre en place et imposer les pratiques nécessaires pour empêcher la surexploitation d’une forêt, d’un lac ou des terres agricoles. Ils arrivent à négocier entre eux une allocation équitable de devoirs et de droits. (…)

Douar Didoull

[…] Goulven du collectif Douar Didoull (« la terre sans trou »), à l’origine de la manifestation, est revenu sur les débuts d’une contestation initiée fin 2013. « Tout est parti de l’annonce par Macron, alors ministre de l’Économie, que plusieurs Permis exclusifs de recherche minière (Perm) allaient être délivrés dès 2014, notamment dans le Massif armoricain. Ces Perm donnent toute latitude aux sociétés minières pour procéder à des forages sur des surfaces allant jusqu’à 400 km2. »

La géologie bretonne a particulièrement attisé les convoitises de Variscan Mines, entreprise à capitaux australiens qui espère dénicher de gros filons de cuivre, zinc, tungstène et autres ressources nécessaires à la fabrication des produits high-tech.
[…]
« La mobilisation a porté ses fruits, notamment en obligeant les candidats aux législatives, y compris les macronistes, à se positionner contre les projets miniers. Le conseil régional, pourtant à la solde de l’actuelle majorité présidentielle, a également demandé un moratoire sur ce dossier. Mais rien n’est gagné tant que les Perm n’auront pas été annulés », constate lucidement Goulven.

[…] les nouveaux dirigeants de Variscan […] jouent les pleureuses – ils se plaignent de malentendus susceptibles d’enflammer des oppositions de type Zad. Et agitent du même élan le chantage aux emplois directs et indirects associés au lancement d’une exploitation minière. Des arguments battus en brèche par Goulven : « C’est un écran de fumée classique dans ce genre d’opération de communication où l’on affirme que si les gens sont contre les projets, c’est parce qu’ils n’ont pas compris quel est leur intérêt. »
Quant aux emplois, ils sont souvent occupés par des techniciens ou des ingénieurs déjà sous contrat avec les multinationales du secteur. Et ils sont de toute façon ultra-précaires : une fois le filon épuisé, on va creuser ailleurs, laissant les collectivités et la population locale se débrouiller avec les dégâts causés à l’environnement.

[…] il ne s’agit pas seulement d’action de type Nimby (Not in My BackYard, « Pas dans mon jardin »). Mais plus généralement de revendiquer un autre modèle de société, moins productiviste, moins consumériste et moins obsédé par le tout-technologique.

[…] deux représentants des collectifs opposés à la construction du tunnel du col de Tende, sur la frontière franco-italienne, ont témoigné de l’intense répression qui frappe celles et ceux pratiquant une solidarité de base avec les migrants. Ils ont aussi raconté l’incroyable rebondissement, au début du mois de juin dernier, qui a conduit à l’arrêt du chantier et à une procédure des autorités italiennes contre l’entreprise chargée des travaux de doublement du tunnel. Pour dissimuler l’économie d’une fondation en béton armé, la boite a falsifié plusieurs rapports constatant un éventrement et un affaissement de 1’ouvrage sur plusieurs mètres. Ou quand les promoteurs des grands projets inutiles et leurs complices sabotent eux-mêmes le boulot…

Extraits d’un article d’Iffik Le Guen dans CQFD de septembre 2017.