Comment refouler l’ordre marchand ? Avec de l’audace !

Les néolibéraux ont si bien enraciné l’idée qu’il n’y avait pas d’alternative qu’ils en ont persuadé leurs adversaires, au point que ceux-ci en oublient parfois leurs propres propositions…
Rappelons-en quelques-unes en conservant à l’esprit que plus elles semblent ambitieuses aujourd’hui, plus il importe de les acclimater sans tarder. Et sans jamais oublier que leur rudesse éventuelle doit être rapportée à la violence de l’ordre social qu’elles veulent défaire.
Cet ordre, comment le contenir, puis le refouler ? L’extension de la part du secteur non marchand, celle de la gratuité aussi, répondrait d’un coup à ce double objectif.
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Il conviendrait peut-être de définir démocratiquement quelques besoins élémentaires (logement, nourriture, culture, communications, transports), de les faire financer par la collectivité et d’en offrir à tous la satisfaction. Voire, comme le recommande le sociologue Alain Accardo, d’étendre rapidement et continûment le service public jusqu’à la prise en charge gratuite de tous les besoins fondamentaux à mesure de leur évolution historique, ce qui n’est économiquement concevable que moyennant la restitution à la collectivité de toutes les ressources et toutes les richesses servant au travail social et produites par les efforts de tous. Ainsi, plutôt que de solvabiliser la demande en augmentant fortement les salaires, il s’agirait de socialiser l’offre et de garantir à chacun de nouvelles prestations en nature.
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Un tel programme comporterait un triple avantage. Politique : bien que susceptible de réunir une très large coalition sociale, il est irrécupérable par les libéraux ou par l’extême droite. Ecologique : il évite une relance keynésienne qui, en prolongeant le modèle existant, reviendrait à ce qu’une somme d’argent soit injectée dans les comptes en banque pour être redirigée vers la consommation marchande par la police publicitaire (Le plan B n°22, Paris, février-mars 2010). Il privilégie aussi des besoins qui ne seront pas satisfaits par la production d’objets inutiles dans les pays à bas salaires, suivie de leur transport en conteneurs d’un bout à l’autre de la terre. Un avantage démocratique enfin : la définition des priorités collectives (ce qui deviendra gratuit, ce qui ne le sera pas) ne serait plus réservée à des élus, à des actionnaires ou à des mandarins intellectuels issus des mêmes milieux sociaux.
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Le garrot imposé à la collectivité se desserrera d’autant plus vite que celle-ci recouvrera les recerttes fiscales que trente ans de néolibéralisme ont dilapidées. Pas seulement lorsqu’on a remis en cause la progressivité de l’impôt et s’est accomodé de l’extension de la fraude, mais quand on a créé un système tentaculaire dans lequel la moitié du commerce international de biens et de services transite par des paradis fiscaux . Leurs bénéficiaires ne se résument pas à des oligarques russes ou à un ancien ministre français du budget : ils comptent surtout des entreprises aussi dorlotées par l’État (et aussi influentes dans les médias) que Total, Apple, Google, Citigroup ou BNP Paribas.

Quelques extraits d’un long article de Serge Halimi dans Le Monde Diplomatique de septembre 2013.

Gaz de schiste : il faudra beaucoup creuser

L’économiste Thomas Porcher estime que la folle rentabilité des gaz de schiste américains s’écrit déjà au passé et qu’espérer une manne d’emplois pour la France relève de l’illusion.

Les entreprises américaines ont gagné en compétitivité parce que le prix du gaz a baissé. En France, ce prix est moins flexible, car il est déterminé par des contrats de long terme indexés sur le prix du pétrole. Par ailleurs, aux Etats-Unis, maintenant que le prix du gaz est faible, la rentabilité du gaz de schiste n’est plus évidente et la production stagne. (…) Aux Etats-Unis, il y a eu 600 000 emplois créés, c’est énorme, du jamais vu. Leur secret, c’est de forer sans cesse. Ils ont déjà creusé 500 000 puits, rien que pour le gaz. Pour créer 100 000 emplois en France, il faudrait creuser 90 000 puits, soit 30 par jour jusqu’en 2020. C’est impensable ! En moyenne, dans le monde, 750 000 euros de production de gaz ne créent que deux emplois.

Extraits d’un entretien de l’économiste Thomas Porcher dans Terraeco d’octobre 2013.

Sortir du nucléaire, catastrophe industrielle ou remède au chômage ?

Au cours du « grand débat sur la transition énergétique », industriels et syndicats n’ont eu que ce mot à la bouche : sortir du nucléaire, c’est licencier en masse et ouvrir la voie aux délocalisations massives.

En novembre 2011, Henri Proglio, patron d’EDF, évoquait un million d’emplois menacés (…) Faisant référence à une étude commandée au cabinet PriceWaterhouse Cooper, l’ancienne PDG d’Areva table plutôt 400 000 emplois, dont 125 000 directement liés à la filière. (…) Une enquête menée par Bastamag [2] revoit encore à la baisse ce dernier chiffre. 18 000 salariés d’EDF employés dans les centrales, environ 20 000 sous-traitants pour la maintenance, quelque 47 000 « collaborateurs » d’Areva, 16 000 employés du Commissariat à l’Énergie Atomique et environ 2000 dans différentes institutions (ASN, Andra…), donneraient environ 106 000 emplois directs. Pas négligeable, mais on est loin du million.
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Surtout, sortir du nucléaire, ce n’est pas seulement fermer des réacteurs ! C’est aussi mettre en place une autre politique énergétique, reposant sur la réduction des consommations d’énergie et le développement d’autres moyens de production d’électricité : des activités qui ne peuvent s’effectuer sans main-d’œuvre !
L’association Négawatt s’est ainsi attaquée à une évaluation économique de son scénario de transition énergétique publié en 2011, qui propose l’abandon du nucléaire et une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre [3]. Pilotée par l’économiste Philippe Quirion, une étude minutieuse s’est attachée à décliner pour 118 secteurs d’activité les impacts de ce scénario [4], en calculant le nombre d’emplois par millions d’euros dépensés dans chaque branche, et en comparant ces résultats avec ceux obtenus dans un scénario « tendanciel » où la production nucléaire actuelle serait maintenu, les réacteurs existants prolongés, de nombreux EPR construits et les énergies fossiles toujours massivement utilisées.
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Au final, les secteurs favorisés par la transition énergétique étant beaucoup plus intensifs en emplois, l’effet net sur l’emploi est largement positif. On aboutit donc en 2020 à 235 000 emplois de plus que dans le scénario tendanciel, et 632 000 en 2030 ! Nulle délocalisation massive au final, et au contraire une meilleure répartition d’emplois locaux sur tout le territoire. Et ce, sans surcoût, puisqu’on part d’un même investissement de départ, réparti différemment, dans les deux scénarios. Mieux encore : le projet Négawatt, caractérisé par les économies d’énergie et l’abandon du nucléaire, permet d’économiser 5 milliards d’euros par rapport au scénario tendanciel.

Extraits d’un article publié en mai 2013 par le réseau Sortir du nucléaire et consultable sur le site sortirdunucleaire.org

Dette, protectionisme, lutte des classes, la bataille des idées.

Dans l’aquoibonisme ambiant, je tenais à rappeler çà : qu’on avance. Qu’on a déjà avancé. Jamais aussi vite qu’on le voudrait, évidemment. Mais que de chemin parcouru, en une poignée d’années ! Et je tenais à le rappeler maintenant. Pourquoi maintenant ?

Parce que nous ne sommes pas, pas encore, au cœur de la tempête. Nous vivons comme un palier dans la crise, un temps suspendu. Des choses bougent, dans les têtes, dans les urnes, mais sans fracas pour l’instant, comme en souterrain.

Profitons-en. Que nos armes soient affûtées pour les prochaines secousses. Que nous ne rations pas le coche, cette fois. Car que s’est-il produit, en 2008, après la chute de Lehman Brothers ? Nos adversaires eux-mêmes, les libéraux, déclaraient leur système coupable, pourri, pervers, et promettaient qu’ils ne recommenceraient plus. Ils ont recommencé. Cinq ans plus tard, tel un phénix renaissant de ses cendres, leur système coupable, pourri, pervers, est à nouveau debout. Mais la faute à qui ? Parce qu’ils étaient trop forts ou parce que nous étions trop faibles ? Un boulevard était ouvert, mais nos idées n’étaient pas mûres, et sans force politique pour les porter, et nous avons défilé, par trois fois, par millions, au printemps 2009, avec ce slogan creux, insignifiant : Nous ne paierons pas leur crise.

C’est la mère des batailles, les idées. Si on la perd, ou qu’on ne la mène pas, si les esprits ne sont pas conquis et prêts à conquérir, difficile, derrière, de se lancer dans les luttes sociales, dans l’affrontement électoral – ou alors sur des bases fragiles, étriquées.

Extrait d’un dossier « La bataille des idées » signé François Ruffin dans le journal Fakir n°62 de septembre 2013.

Silence médiatique sur un rapport de l’OCDE

Le 16 juillet dernier, l’OCDE a publié ses « Perspectives de l’Emploi 2013 ».
Où l’on découvre que la rigidité ou la flexibilité des législations du travail au sein de ses États membres n’a absolument aucune corrélation avec leur niveau de chômage. (…)

L’OCDE s’est livrée à une analyse des taux de chômage de ses différents membres (total, longue durée, jeunes, senior, etc), mais aussi des différentes protections de l’emploi dans ses États membres.(…)

Sur les 5 pays au taux chômage le plus bas dans l’OCDE, l’Autriche (4,35% de chômage) est plus protectrice que la moyenne OCDE sur les 4 critères; la Norvège (3,2%) est plus protectrice que la moyenne OCDE sur 3 des 4 critères; et la Corée du Sud (3,2%) est plus protectrice que la moyenne OCDE sur 2 des 4 critères (sur les licenciements individuels et le travail temporaire). Seuls la Suisse (4,2%) et le Japon (4,35%) sont plus souples que la moyenne.

La Norvège, qui est en situation de plein-emploi, a l’un des niveaux les plus élevés de réglementation contre le travail temporaire (après la France, le Luxembourg et la Turquie).
L’Allemagne figure parmi les pays les plus protecteurs de l’emploi (*); elle est même plus protectrice que la France contre les licenciements collectifs ou individuels ! Le tout avec un taux de chômage plus bas (5,5% contre 10,3%) !

En matière de protection des travailleurs contre les licenciements individuels ou collectifs, les pays les plus « flexibles » sont anglo-saxons, avec pourtant des résultats en matière de chômage à peine meilleurs que la moyenne (8% en 2012) ! Nouvelle Zélande (chômage à 6,9%); Etats-Unis (chômage à 8,1%); Canada (chômage à 7,2%); Royaume Uni (chômage à 7,9%).

Extraits d’un billet du blog sarkofrance publié le 16 août 2013.
L’auteur du blog parle d’un silence au sujet de ce rapport. Personnellement, j’écoute beaucoup la radio et je n’ai pas entendu parler une seule fois de ce rapport.

La pensée unique vue par Emmanuel Todd

Il n’y a rien dans la pensée unique, qui est en réalité une non-pensée, ou une pensée zéro. Cette pensée zéro se contente de hurler l’inévitabilité de ce qui est ou de ce qui advient. Aux États-Unis, elle clame l’inévitabilité de l’ultra-libéralisme. En France, celle de la monnaie unique et du libre-échange. (…) Le trait central et unificateur de la pensée zéro est une glorification de l’impuissance, une célébration active de la passivité que l’on doit bien désigner par un terme spécifique : le passivisme. (…) Même la monnaie unique, à l’origine projet positif quoique mal pensé, n’apparaît plus à la veille de sa réalisation que comme un « machin qui arrive », qu’on ne peut empêcher, qu’on accepte sans même croire au moindre de ses avantages économiques. On s’y soumet désormais, comme au libre échange, par passivisme.(…)

Les bonnes intentions d’une classe fortement éduquée s’investissent dans la défense des valeurs morales, dans l’hostilité à la peine de mort, dans le refus du racisme, et dans un attachement sans faille à la liberté d’expression. Ses bons revenus et sa bonne intertion sur le marché du travail s’expriment par le passivisme : acceptation du libre-échange et de la politique du franc fort, indifférence ou ou tolérance aux souffrances des milieux populaires.

Extraits d’un entretien entre François Ruffin et Emmanuel Todd paru dans le journal Fakir n°61.

Au cours de cet entretien, Emmanuel Todd explique, entre autres choses, pourquoi la sortie de l’Euro et une remise en cause du libre-échange sont incontournables et pourquoi le passivisme a colonisé les esprits d’une majorité de nos concitoyens. Un long entretien (quatre pages) riche et instructif.