Auto-critique libérale

Des jours, avec Romaric Godin comme rédac’chef adjoint, le site La tribune prend des allures de brulot iconoclaste. Ainsi au lendemain des municipales, l’éditorialiste notait un « mouvement de rejet des partis traditionnels dans toute la zone euro. La montée des populismes n’est donc pas un mal français. C’est un mal commun à la zone euro qui s’est renforcé depuis quatre ans, autrement dit depuis le début de la crise de la dette. (…) L’austérité est désormais la politique économique officielle de la zone euro. Telle est l’Europe nouvelle : une zone de compétition entre pays où le seul ajustement possible se fait sur la demande intérieure. Autrement dit, sur le bien-être des peuples. »

L’auteur en vient au « désarmement de la démocratie » : « Enfin, dernière raison : les dirigeants européens, sachant combien leurs politiques sont peu populaires, ont construit des digues contre l’opinion des peuples. Les premières sont institutionnelles.
S’inspirant de la doxa ordo-libérale que le peuple ne doit pas se mêler d’économie, la nouvelle zone euro a mis des garde-fous contre la démocratie. C’est la règle d’or et les instances budgétaires indépendantes du politique et imposées par le pacte budgétaire, c’est la surveillance bruxelloise des lois de finances, sans parler de l’indépendance de la BCE qui n’est pas une nouveauté.
Le sentiment qui en découle, c’est une impuissance du peuple à modifier la politique économique. »

Le journaliste s’interroge, pour conclure : « Si les choix économiques ne sont pas négociables, si les budgets sont encadrés par des structures non élues, si toute discussion est impossible, à quoi bon voter ?
Logiquement, un sentiment se développe : celui de l’impuissance du politique. Que faire alors ? Il est désormais urgent pour les partis démocratiques de construire de vraies offres économiques alternatives. L’euro doit cesser d’être un tabou, de même que les traités européens. La critique de l’euro et de l’Europe doit cesser d’être considérée comme le seul apanage des extrêmes. Elle doit êtree réinvestie par les partis démocratiques. Pourquoi la critique d’une monnaie et de sa gestion serait-elle anti-démocratique ? Pour survivre, la démocratie doit jouer son rôle, celui de l’examen des alternatives. Il faut en finir avec Tina (There is no alternative). Ou Tina en finira avec la démocratie. »

Commentaires sur un article du journal « La Tribune » dans Fakir de mai-juin 2014.

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