Autoritarisme et répression au service du nucléaire

Entre les militant-es de Bure et la justice, c’est une longue histoire d’hostilité qui s’écrit depuis 2016. En quatre ans, une soixantaine de procès en lien avec l’opposition au projet Cigéo d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure ont eu lieu, dont un certain nombre dans cette petite salle du tribunal de Bar-le-Duc. Le procès qui s’est déroulé du 1er au 3 juin était aussi attendu que redouté. Attendu, car il met fin à une enquête lourde, agressive, intrusive. Attendu aussi car des rassemblements de soutien festifs étaient organisés chaque jour sur le parvis du tribunal. Redouté, car les peines pouvaient atteindre jusqu’à dix ans d’emprisonnement.

Les sept prévenu-es ciblées par l’instruction judiciaire ouverte en 2017 étaient poursuivi-es pour de nombreux motifs : dégradation et vol en réunion, organisation d’une manifestation non déclarée, attroupement après sommation de dispersion, détention de substances ou d’engins incendiaires, parfois pour violences. Mais, surtout, pour association de malfaiteurs.

Au fil de la lecture de l’ordonnance de renvoi puis des interventions des avocats de la défense, on comprend que le dossier de 22 000 pages contient beaucoup de vide. […]
Preuve que le dossier s’est dégonflé : l’Andra n’était plus partie civile. […]

Le 15 août 2017, les anti-Cigéo avaient prévu de se rassembler pour alerter sur la mise en danger d’un site néolithique par le projet Cigéo. Ce jour-là, les forces de l’ordre ont effectué 21 tirs de LBD et lancé 320 grenades lacrymogènes ainsi que 37 grenades GLI-F4. Robin Pagès, un manifestant, a été gravement blessé au pied. Me Muriel Ruef n’en démord pas : sans les décisions prises par les forces de l’ordre, les affrontements n’auraient sûrement pas eu lieu. À l’aide de plans de la zone brandis sous le nez du juge, elle retrace quasiment minute par minute le déroulé de la journée. Elle pointe le fait que les gendarmes sont sortis de leur mission, qui consistait à surveiller les bâtiments de l’Andra à Bure pour dévier l’itinéraire, obligeant les manifestants à s’éparpiller dans les champs.

« L’autorité civile n’a pas interdit cette manifestation, mais l’autorité militaire a bloqué la route de son propre chef, assène l’avocate. Des difficultés dans le maintien de l’ordre qui n’ont jamais été analysées, ni dans le dossier ni dans cette audience. »

[…] Une enquête menée par Reporterre et Mediapart a révélé la disproportion des moyens utilisés pour débusquer et surveiller les militants : géolocalisation, perquisitions, plus de 85 000 conversations et messages interceptés, plus de seize ans de temps cumulé de surveillance téléphonique, des contrôles routiers sur tout le territoire, l’utilisation du logiciel Anacrim (habituellement utilisé pour résoudre les crimes graves), pose de balises sur les voitures, et même la création d’une cellule de gendarmerie spéciale Bure… pour un coût estimé à 1 million
d’euros!
« j’ai un budget illimité pour toutes instructions », a seulement déclaré le juge. Parmi les moyens utilisés pour cette surveillance hors norme, l’utilisation d’IMSI-catchers, des valises-espions qui capturent les données téléphoniques présentes aux alentours – une technologie rendue légale en 2016 dans le cadre de la lutte antiterroriste. Le juge d’instruction en avait autorisé la pose lors d’une audience au tribunal de Bar-le-Duc concernant des personnes liées au mouvement anti-Cigéo.
Des conflits d’intérêts, une partialité des représentants de la justice dans la Meuse et une obsession sécuritaire qui avaient déjà été remarqués.
En 2019, la Ligue des droits de l’homme avait publié un rapport sans équivoque dénonçant le « harcèlement contre les opposants, destiné à criminaliser leur position et leur manifestation, qui a pour effet de porter atteinte aux libertés individuelles ». La Fédération internationale des
ligues des droits de l`homme avait envoyé un observateur indépendant lors d’une journée d’audience consacrée à des affaires impliquant seulement des militant-es anti-Cigéo. Un dispositif particulier mis en place par le tribunal de Bar-le-Duc. Le 5 février 2019, Me Jacques Englebert, avocat au barreau de Namur, avait noté un certain nombre de pratiques et de réactions le laissant très perplexe, et avait été catégorique : « Il s’agit d’une justice qui fait tout pour décourager l’idéal que chaque citoyen nourrit à son égard. Le lien social que devrait nouer la justice avec le citoyen est ici totalement nié. »

Extraits d’un article de Vanina Delmas dans Politis du 10 juin 2021.

L’écologie depuis un siècle

Dans une passionnante analyse, le juriste Gabriel Ullmann dresse le nombre (impressionnant) d’alertes et d’actions sans lendemain qui visaient à empêcher le déraillement définitif de notre chère espèce sur les cendres d’une planète fumante.

Dès le début du XX* siècle, et les premiers graves dégâts commis par la révolution industrielle, les scientifiques alertent sur le danger de l’épuisement des ressources et le coût engendré par la pollution – y compris le réchauffement planétaire. Dès 1920, l’économiste anglais Arthur
Pigou suggère d’intégrer le coût de cette pollution dans la production des biens : la fiscalité verte n’en est même pas là cent ans plus tard.

Les premières batailles sociales environnementales éclatent dès ces années-là, comme les premières révoltes contre la dégradation des paysages par des usines dégueulasses ou des mines ultra-polluantes.
Dès les années 1940, l’analyse du réchauffement planétaire est documentée, le danger de la pollution aussi. De l’Europe à l’Amérique en passant par l’Afrique, les États créent des réserves pour protéger leur environnement.
En 1948, les atteintes déjà visibles à la biodiversité provoquent la création de l’Union internationale de la conservation de la nature (UICN), organisme à l’origine de l’élaboration de listes d’espèces en danger. Mais la destruction s’accélère.
Les années 1950 sont celles de l’industrialisation de l’agriculture, une des premières sources de gaz à effet de serre. Le recours massif aux pesticides est en grande partie responsable du déclin des insectes, des oiseaux, et de la pollution des rivières et du littoral (ah, que serait le littoral breton sans ses chères algues vertes!).

Par un retour de balancier, les années 1960 sonnent l’heure des grandes résolutions pour les États. L’écologie entre dans le champ du politique. On l’a oublié mais la loi sur la protection de la nature et la loi littoral ont été votées par le Parlement en 1976, sous Giscard, par des élus de droite comme de gauche… Le choc pétrolier accélère une prise de conscience étatique de la limite des ressources. La société civile s’empare du sujet, l’heure est aux grands combats écolos (le Larzac), René Dumont fait naître l’écologie politique. Lois et décrets engendrent notre
actuel droit de l’environnement.

La suite, vous la connaissez : frénésie de la société de consommation, dérégulation, le tout assorti d’authentiques avancées législatives (loi sur l’eau, de protection des espèces…) impulsées par la très libérale Union européenne. Et la contradiction tend aujourdhui au sublime. Emmanuel Macron proclame: « Make the planet great again » tout en déchiquetant le droit de l’environnement pour le grand plaisir des promoteurs. Les élus locaux renchérissent sur le développement durable et expliquent ensuite à leurs administrés que telle zone industrielle « créera de l’emploi » même si, au passage, elle détruira des terres agricoles (et les emplois existants avec).

Extrait d’un article de Blandine Flipo dans Siné mensuel de mai 2021.

Politiques agricoles contre la nature

Le système agroalimentaire qui a pris racine au cours des dernières décennies constitue une menace pour notre environnement et notre santé. Responsable de près de 20 % des émissions de CO2, l’agriculture productiviste a également ruiné la biodiversité et les sols, par l’usage intensif des engrais et des pesticides. Les aliments transformés issus de l’agro-industrie sont à l’origine de maladies en forte augmentation telles que le diabète, l’obésité, les troubles cardio-vasculaires, les cancers. Ce système agro-industriel hyper-concentré autour de grands
groupes, comme Lactalis ou Danone, ne parvient pas à rémunérer décemment les agriculteurs, dont 22,4 % vivent en dessous du seuil de pauvreté, soit deux fois plus que la moyenne nationale.

Cette agriculture productiviste génère des excédents – la France est le cinquième exportateur agricole dans le monde – mais ne permet pas de lutter contre la malnutrition : 3,9 millions de Français (6 % de la population) ont recours à l’aide alimentaire.

Les politiques publiques aggravent la crise du système agroalimentaire. Avec 58 milliards d’euros d’aides par an, dont 9 milliards pour la France, la politique agricole commune (PAC) est le plus gros budget de l’Union européenne. Cette PAC vient d’être renouvelée pour 2023-2027 et affiche des objectifs écologiques qui sont du « greenwashing ». Selon la plateforme Pour une autre PAC, qui regroupe une cinquantaine d’organisations, cette politique agit « au mépris des enjeux sociaux, environnementaux et alimentaires », car les aides restent concentrées sur les grandes fermes, les élevages industriels, les grandes surfaces céréalières, au détriment des petites et moyennes exploitations et de l’agriculture durable.

Il est pourtant démontré scientifiquement que l’agriculture durable – l’agroécologie – est la plus performante en matière économique, sanitaire et environnementale, comme l’illustre une étude récente de France Stratégie (Les performances économiques et environnementales de l’agroécologie). Sans surprise, les lobbys agro-industriels s’opposent à une réorientation de la PAC vers le soutien à l’agriculture durable, ce qui suppose l’abandon du modèle agro-industriel dominant.

Favoriser une agriculture diversifiée et plus intensive en main-d’œuvre implique de plafonner les aides par actif. L’adoption de nouvelles pratiques culturales nécessite une plus forte conditionnalité environnementale des aides, comme l’interdiction des produits phytosanitaires. Les aides à la conversion doivent être revalorisées pour accélérer le mouvement vers l’agriculture durable. Le gouvernement, qui dispose d’une grande marge de manœuvre pour attribuer les aides de la PAC, a présenté ses choix le 21 mai. Approuvés par la FNSEA, principal lobby de l’agriculture productiviste, ils ont été rejetés par les organisations qui défendent l’agriculture durable, telles que la plateforme Pour une autre PAC et la Confédération paysanne. Selon le WWF, « on a une PAC qui fait comme si tout allait bien, alors qu’on assiste à un effondrement de la biodiversité et à un climat qui ne cesse de se réchauffer »

Article de Dominique Plihon dans Politis du 03 juin 2021.

Notre rapport à la nature

Je ne vous cacherai pas que je suis très déprimé… Si nous ne repensons pas radicalement notre rapport à la nature et aux animaux, nous entrerons dans une ère de confinement chronique qui nous coûtera très cher humainement et économiquement. » Malik Peiris, virologue sri-lankais, résume à lui seul le sentiment de la soixantaine d’universitaires que la journaliste Marie-Monique Robin a interviewés pour son dernier livre, La Fabrique des pandémies. L’auteure d’une
palanquée d’excellents ouvrages et documentaires s’est coltinée un maximum d’entretiens pour tenter de comprendre ce qui nous est tombé dessus. Et, surprise : aucun des scientifiques ne l’était, surpris.

En revenant sur la genèse d’autres maladies (Ebola, VIH, Sars), sur des études déjà publiées et des travaux en cours, l’enquête de la journaliste pointe les conséquences désastreuses de la destruction des forêts et de la biodiversité, ainsi que le rôle des monocultures et de l’élevage
intensif. Et rappelle que les causes des nouvelles grandes maladies infectieuses sont anthropiques.

Une chose est sûre : la destruction des écosystèmes provoque une multiplication des contacts entre animaux sauvages et humains, entraînant la disparition d’espèces animales qui jouaient jusqu’alors le rôle de tampons. Dans le même temps, des scientifiques ont prouvé que l’exposition à
une biodiversité riche renforce nos systèmes immunitaires. Quant à la possibilité d’une sortie du marasme, le dernier chapitre du livre donne la parole à des chercheurs qui ont étudié des comportements humains et animaux afin de montrer qu’une autre conception de la nature est possible. Elle passe notamment par une approche scientifique davantage transdisciplinaire ; et une attention plus fine aux enseignements de cultures non occidentales.

On retrouve les mêmes constats dans La chauve-souris et le capital d’Andreas Malm : « La déforestation n’est pas seulement un moteur de la perte de biodiversité, c’est aussi un facteur direct de débordement zoonotique », soit de maladies qui se transmettent entre l’humain et l’animal. Le géographe, marxiste revendiqué, charge le capitalisme : le commerce des animaux sauvages, l’explosion du trafic aérien, le réchauffement climatique sont selon lui responsables des crises.
Prenons l’exemple de la chauve-souris : réservoir naturel de virus comme le Covid-19, certaines vivent dans des forêts tropicales et entrent en contact avec les humains quand leur habitat est détruit. Autre élément d’importance, le trafic d’animaux sauvages, là encore motivé par une course aux profits.
L’auteur suédois souligne l’absurdité des solutions envisagées par certains, qui décident de détruire les foyers de vie de ces animaux considérés comme responsables. Las, « éradiquer les chauves-souris ne ferait que contribuer encore davantage à la perte de biodiversité, puisqu’elles jouent un rôle crucial dans la pollinisation des plantes, la dispersion de leurs graines et le contrôle de la population des insectes nuisibles ».

Extrait d’un article de Margaux Wartelle dans le mensuel CQFD de mai 2021.

Revenir aux racines du conflit israélo-palestinien

[…] Les bombes israéliennes comme les roquettes du Hamas sont la conséquence du conflit, et non la cause. En se déplaçant sur le terrain militaire, hautement favorable à la puissance israélienne, la crise relègue la question coloniale à l’arrière-plan. Inlassablement, il faut donc revenir aux expulsions de Palestiniens de Jérusalem, et aux destructions de maisons, si on ne veut pas seulement arracher une « trêve », mais aller aux racines du mal. […]

Dans un essai édifiant, le politologue Samy Cohen retrace la dérive de la politique israélienne au cours des dernières décennies (Israël, une démocratie fragile). L’entrée des troupes israéliennes dans Jérusalem-Est en juin 1967 en constitue le point de départ quand les colons les plus fanatiques ont cru voir l’accomplissement de la promesse divine. L’histoire est ensuite celle de la duplicité de la gauche, et de la complicité d’une droite impliquée moralement dans l’assassinat d’Itzhak Rabin en 1995. Le Bloc de la foi, le mouvement Kach du rabbin Kahane et aujourd’hui son héritier en racisme, Itamar Ben-Gvir, ont pu dicter leur volonté aux gouvernements successifs.
Il n’est pas exagéré de dire que la région a sombré dans un délire mystique qui opère directement sur la réalité. Ce délire a d’abord été le fait des extrémistes juifs avant d’être islamiste.
Des politiques pourtant doués de raison ont cru pouvoir jouer avec cette folie pour bricoler leurs petites majorités. Benyamin Netanyahou est évidemment le pire exemple de ce cynisme teinté d’idéologie coloniale. Capable de s’allier, à l’intérieur, avec les colons les plus racistes, il s’est rapproché, à l’extérieur, de Trump, de Bolsonaro et des illibéraux antisémites d’Europe de l’Est. Il a criminalisé les ONG de défense des droits humains, légalisé un apartheid affiché sans fard par une loi qui réserve le droit à l’autodétermination au seul peuple juif. Déjà victimes d’une discrimination économique et sociale, près de deux millions de Palestiniens israéliens sont désormais promis à une ségrégation politique. C’est ce système plongé dans une crise politique profonde et cette idéologie que soutiennent chez nous des politiques de droite et, souvent, de gauche, trop contents d’expliquer ce conflit par la première roquette du Hamas.
[…]
De la France, hélas, il ne faut rien attendre. Elle produit ce qu’il y a de pire en Europe. Le ministre de l’Intérieur, soutenu par une camarilla d’intellectuels au discours bien rodé, a interdit à Paris la manifestation de solidarité au peuple palestinien. Le préfet de Paris est allé – comble du ridicule – jusqu’à faire arrêter le président de l’association France Palestine Solidarité au sortir d’une délégation que celui-ci conduisait au ministère des Affaires étrangères. Tout cela nous en dit plus sur l’extrême-droitisation et l’arabophobie ambiantes que sur la situation au Proche-Orient.

Extraits d’un article de Denis Sieffert dans Politis du 20 mai 2021.

Brevets et vaccins

[…] le 28 avril, le Parlement européen se prononçait massivement contre la levée des brevets sur les vaccins contre le Covid-19. Côté français, les députés LREM, LR, RN mais aussi PS, votaient contre, eux aussi…
Pour ne pas lever les brevets, nos dirigeants sortent la carte Covax. La belle excuse, Covax ne fonctionne pas : les pays riches gardent tout pour eux (voir encadré).
Alors, on sort de belles promesses, de la part des entreprises pharmaceutiques, cette fois. « Nous vendrons les doses de nos vaccins à prix coûtant », ont d’abord assuré AstraZeneca, et l’Américain Johnson & Johnson. Le PDG de Pfizer rassurait : le profit pour son groupe serait « marginal ».
Et même mieux : ne pas faire de bénéfice, ce serait un principe « radical et fanatique ».
Mais qui a vraiment espéré ?
Qui les a vraiment crus ?
Aussitôt les vaccins sur le marché, c’est un autre principe, bien plus « radical et fanatique » qui a triomphé : faire payer, le plus cher possible.

« Au départ, le vaccin Pfizer coûtait 12 euros la dose, puis le prix a augmenté à 15,50 euros. Aujourd’hui, des contrats sont signés pour 900 millions de vaccins à hauteur de 19,50 euros la dose », enrage Boyko Boríssov. En ce début de printemps, le Premier ministre bulgare goûte aux vertus de la concurrence libre et non faussée.
L’Afrique du Sud, pressée par les dégâts de « son » variant, a elle dû négocier directement avec AstraZeneca. Et payé pour ses doses 2,5 fois le prix de l’Union européenne. Moderna vend lui la même dose 12,5 euros aux USA, et 15 en Europe.
Une chose reste certaine : pour Big Pharma, c’est tout bénéf. Le montant total de la facture de l’UE auprès de Pfizer dépasse les 17 milliards d’euros. Un analyste américain estime que la marge commerciale du groupe, sur ce coup-là, se situera entre 60 et 80 % : pas mal pour un profit « marginal ». Voilà qui devrait permettre à Pfizer de faire mieux que ses 9,6 milliards de bénéfices de 2020, alors que le cours en bourse de son partenaire BioNTech s’est lui envolé de 245 %.

Le plus drôle, ou le pire, dans tout ça ? Qui a investi, massivement investi ? Pas les labos, mais nos impôts : les citoyens paient ainsi leurs doses deux fois. Car c’est l’argent public, largement, qui a financé la recherche en amont : 12 milliards de dollars versés à l’industrie pharmaceutique, rien que pour les six vaccins candidats à l’homologation de l’Union européenne. Pfizer, à lui seul, en a reçu 450 millions de l’UE, sans aucune contrepartie, ni sur le contrôle des prix ni sur l’exigence d’une vaccination mondiale. Selon la société d’analyse de données scientifiques Airfinity, les organisations à but non lucratif ont fourni près de deux milliards d’euros. Big Pharma, quant à elle, n’aurait mis la main à la poche que pour 3 milliards d’euros… Et sans grand risque : les contrats de livraison étaient signés à l’avance… avec les fonds de la Sécu.

Extrait d’un long dossier sur les vaccins dans le journal Fakir de mai 2021.

Gauche sioniste

Un autre grand mérite du livre de Vescovi est de révéler ce qui nous parait être aujourd’hui une évidence. Ce courant sioniste. celui de Golda Meir, de Shimon Peres et de Yitzhak Rabin, n’a jamais voulu la paix parce qu’il n’a jamais admis l’idée d’un véritable État palestinien. La guerre de 1967 présentée comme un acte de défense, fut en réalité le point de départ d’une intense colonisation de Jérusalem, de la Cisjordanie et de Gaza. Effet d’aubaine ou projet mûri en secret ? Vescovi incline vers la seconde hypothèse.

La mainmise sur les Territoires palestiniens a été l’occasion pour la gauche sioniste de fusionner idéologiquement avec les droites, religieuse ou « révisionniste » (celle de Begin et de Netanyahou), jusqu’à être écrasée par ces courants qui avaient la logique sioniste pour eux. Au passage, l’auteur égratigne la légende Rabin. Jamais le Premier ministre assassiné en 1995 n’a mis un terme à la colonisation. Avec le processus d’Oslo, nous dit Vescovi, il a surtout cherché à « réformer les modalités d’une occupation qui suscite la révolte des Palestiniens, sans mettre fin pour autant à la présence israélienne dans les Territoires occupés ».

Shimon Peres, qui lui succède, n’aura de cesse de donner des gages à la droite, jusqu’à favoriser son retour au pouvoir. Et c’est encore un « sioniste de gauche », Ehud Barak, qui portera le coup de grâce au processus de paix, avec la vraie-fausse négociation de Camp David (juillet 2000),
qui provoquera la deuxième Intifada. Pour le parti des fondateurs d’Israël, ce sera un suicide politique. Le mérite de Vescovi est enfin de mettre en évidence la relation entre cette dérive politique et les évolutions de la société plongée dans un ultralibéralisme qui a emporté, en même temps que la paix, les valeurs collectives, celles des Kibboutzim, qui étaient au cœur de l’utopie de la gauche sioniste.

Extrait d’un article de Denis Sieffert, au sujet du livre L’échec d’une utopie. Une histoire des gauches en Israël de Thomas Vescovi, dans Politis du 13 mai 2021.

Le contre-pouvoir qui défend les libertés

Où est donc cette presse qui n’a de cesse de se présenter comme le dernier rempart de la Liberté ? Au contraire, ce qui a marqué le discours des mass media depuis un an, c’est bien la surenchère permanente pour le confinement.
L’industrie médiatique s’est découvert une véritable passion d’auxiliaire de police dans cette crise. La stratégie de la peur ne cesse d’être alimentée par le combustible des mots terrifiants : « angoisse », « alarmant », « inquiétant », […]

Nous subissons le fonctionnement actuel des grands médias fondé sur le clivage entre les « gentils », promouvant le modèle libéral-libertaire globalisé, face aux « méchants » de tous bords (C’est le propre de la société du spectacle que d’écraser la différence entre le message et celui qui l’émet. Dans ce cas de figure, 100 % de ce que dit M. Obama est « bien » tandis que 100 % des propos de M. Trump est nécessairement « mal »).
Cette stratégie aura été portée au pinacle pendant la crise. Les pays qui confinent le plus sont les « gentils ». Un seul exemple avec la Nouvelle-Zélande. Le quotidien « de référence » de MM. Pigasse, Niel et Krétinsky titre le 14 octobre 2020 : « En campagne pour sa réélection, jacinda Ardern s’appuie sur sa bonne gestion de la crise sanitaire. » En fait, une des plus délirantes et tyranniques du monde, conduisant cette icône progressiste à transformer son pays en dictature policière (Comment le virus a percé la Forteresse Nouvelle-Zélande). La conséquence est de coincer la population dans une logique de confinements perpétuels. Cela n’a pas empêché Mme Ardern d’être célébrée et érigée en modèle par les grands médias.
[…]

La question centrale est : pourquoi ce parti pris des mass media pour le toujours plus de confinement ? Et pourquoi ces héros de la liberté ne remplissent-ils pas leur devoir en s’inquiétant au contraire, et en s’interrogeant en permanence sur l’anéantissement de libertés publiques ? Leurs titres sont éloquents. Un seul pour exemple ; « Il [Emmanuel Macron] attend quoi [pour reconfiner] », s’indigne Libération en une, le 30 mars 2021. « Monsieur le Président, quand allez-vous enfin réincarcérer ces Français irresponsables ?! », hurle d’une seule voix le chœur des journalistes.
Le dimanche 21 mars, à Annecy, la manifestation contre l’état d’urgence passe de quelques centaines à deux milliers de personnes. Il n’en faut pas plus pour faire débarquer la police de la pensée.
Deux jours plus tard, un article de l’hebdomadaire Marianne titre : « À Annecy, un parfum rouge-brun à la manifestation contre les règles sanitaires ». La démonstration du rédacteur, Thierry Vincent, est imparable : « le nom du collectif organisateur; “le grand rassemblement“, peut faire penser au « grand remplacement », la thèse popularisée par l’écrivain d’extrême droite Renaud Camus. » D’ailleurs Jacques Roura, du collectif organisateur « Gardons le sourire », a deux yeux, comme Hitler. […]

Extraits d’un article de Vincent Cheynet dans le journal La Décroissance de mai 2021.

Les années de plomb

On a envie de poser une question, une seule : pourquoi maintenant ? Quel événement nouveau, quelle soudaine révélation justifie aujourd’hui que la France autorise l’extradition de neuf ressortissants italiens soupçonnés d’avoir commis des attentats dans l’Italie des
années 1970 ? La réponse, sans rapport avec le droit, ni avec le comportement des ex-activistes, nous plonge dans ce que la politique peut montrer de plus médiocre.
Il s’agit d’abord, et à l’évidence, d’offrir au Premier ministre italien, Mario Draghi, un trophée qui lui vaut les félicitations du postfasciste Matteo Salvini.

[…] le président de la République et son garde des Sceaux doivent aussi falsifier l’histoire. Certes, il ne s’agit pas ici de nier les crimes qui ont été commis entre 1970 et 1980 par les « brigadistes », ou autres enfants perdus de l’extrême gauche italienne, mais de resituer le contexte de ce que la cinéaste Margarethe Von Trotta a appelé « les années de plomb ». On fera un sort particulier à Cesare Battisti, qui croupit déjà dans les prisons italiennes. À l’époque plus délinquant que révolutionnaire, celui-là a avoué ses crimes et s’est même vanté d’avoir dupé ceux qui l’ont soutenu (dont Politis). Ce qui, toutefois, ne devrait pas autoriser l’Italie à ignorer sa vie « d’après » et à lui réserver des conditions de privations indignes.

Mais revenons à l’histoire. L’Italie était alors gangrenée par la mafia et ses loges maçonniques, qui tenaient le pouvoir « démocrate chrétien ». L’État déliquescent fécondait une extrême droite liée à la police. Et c’est de ce côté, celui du mouvement fasciste Ordre nouveau, infiltré par les « services », que sont venus les attentats les plus aveugles et les plus sanglants, dont les noms résonnent encore dans la mémoire de l’Italie : place de la Loggia, à Brescia, Piazza Fontana, à Milan, Italicus Express, gare centrale de Bologne. Tous commis au milieu de la foule. Au total, des centaines de morts. Et de sordides manipulations pour en attribuer la responsabilité à l’extrême gauche.
Le climat était à la menace de coup d’État et d’un retour au fascisme. Les nostalgiques de Mussolini étaient nombreux (ils existent encore et se réjouiront de la décision du président français).

Face à cela, les futurs extradés de M. Macron se sont crus investis du droit d’assassiner (ils disaient « exécuter ») des policiers, des militaires, des banquiers, et même un Premier ministre, Aldo Moro, en 1978. Ce sont des crimes, certes « ciblés », comme on dit, mais que le chaos ne peut excuser.
Quoi qu’il en soit, le silence sur toute cette réalité constitue une honteuse falsification de l’histoire. Le pire dans ce registre est venu, hélas, de l’ancien avocat Éric Dupont-Moretti, qui, dimanche, sur France Inter, a posé cette question faussement innocente : « Que dirait-on si l’Italie abritait aujourd’hui les terroristes du Bataclan ? » En confondant les jeunes gens égarés des années de plomb avec les jihadistes de Daech, il donne la vraie réponse à la question « pourquoi maintenant ? » : exploiter encore un peu plus, et dans un contexte préélectoral, l’émotion que provoque confusément et instantanément dans l’opinion le mot « terrorisme ». Le ministre a-t-il seulement conscience de l’énormité de son propos ? Imagine-t-il les terroristes de Daech reconvertis en travailleurs sociaux dans les hôpitaux italiens ? En défendant l’indéfendable, il s’est vanté de ne pas avoir « d’état d’âme ». On le croit volontiers.

Extraits d’un article de Denis Sieffert dans Politis du 6 mai 2021.

Le capitalisme n’a plus besoin de la démocratie

[…] Une cause majeure de cet affaissement moral des médias est que leurs directeurs et hiérarchie, le plus souvent, répercutent le mode de pensée de l’oligarchie, dont ils se sentent membres à part entière. Des rémunérations élevées leur paraissent naturelles, une voiture avec chauffeur va de soi, et ils suivent avec entrain les coutumes de la classe dirigeante. Voici ce que notait le chroniqueur mondain de la fête fastueuse donnée par le milliardaire Pinault à Venise : étaient là « tous les patrons de presse, au bras de leurs épouses, tout comme les patrons des chaînes de radio et de télévision ».

Le directeur nomme le rédacteur en chef, qui désigne ses chefs de service, qui dirigent les journalistes. Qui choisit le directeur ? Le propriétaire du média. S’il arrive que celui-ci ait la passion de l’information et de la liberté, il est plus souvent guidé par ses intérêts. À Hong Kong, par exemple, « sur les trente quotidiens de la ville, seul l’Apple Daily est indépendant et critique Pékin, estime le député Martin Lee. Pourquoi ? Parce que son propriétaire n’a pas d’intérêts en Chine. Tous les autres ont investi sur le continent et ne veulent pas perdre de l’argent ».

Le capitalisme n’a plus besoin de la démocratie

Comment la banalisation de la torture, la multiplication des lois sécuritaires, l’extension des pouvoirs de la police, la prolifération des instruments de surveillance, la démission de la presse sont-elles possibles ? Comment une telle dégradation de l’esprit de la démocratie s’est-elle produite ? Par le fait que, depuis la chute de l’URSS, la classe dirigeante s’est convaincue qu’elle n’avait plus besoin de la démocratie. Auparavant, la liberté était le meilleur argument pour contrer le modèle collectiviste. Elle était bonne pour les individus, et elle favorisait une bien plus grande réussite économique.
Mais dans les années 1990, le paradigme qui associait liberté et capitalisme s’est dissous. D’une part, la droite extrême a élaboré aux États-Unis, sous l’influence des « néo-conservateurs », une idéologie plaçant la priorité sur le maintien de l’ordre social institué et de la puissance américaine. D’autre part, la montée impressionnante de l’économie chinoise dans un contexte de répression continue et de parti unique a habitué les esprits à ce découplage possible entre libertés publiques et dynamisme économique.

Ainsi, la démocratie devient antinomique avec les buts recherchés par l’oligarchie : elle favorise la contestation des privilèges indus, elle alimente la remise en cause des pouvoirs illégitimes, elle pousse à l’examen rationnel des décisions. Elle est donc de plus en plus dangereuse, dans une période où les dérives nuisibles du capitalisme deviennent plus manifestes.

Qui plus est, le maintien du gaspillage ostentatoire implique une forte consommation de pétrole et d’énergie. Comme les réserves les plus importantes en sont situées au Moyen-Orient, il faut mener une politique visant à contenir la contestation politique dans cette région. Cette politique prend le nom de « lutte contre le terrorisme ». Elle présente l’avantage de justifier les restrictions aux libertés au nom de la sécurité, ce qui permet de réprimer les mouvements sociaux qui commencent à se réveiller.

Extrait de l’essai d’Hervé Kempf Comment les riches détruisent la planète.